Bilan

Chefs d’entreprise: se confier rend plus fort

Deux organisations - Entrepreneur Organization et Groupement des chefs d’entreprise -, proposent un réseau de partage d’expériences. Leurs avantages et leurs différences.
  • Fondateur d’Enigma, Olivier Kennedy préside EO pour la Suisse romandie.

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  • Normand Lemire est responsable du développement du Groupement pour la Suisse et la France.

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  • Arnaud Grobet a cofondé EO Switzerland Romandie en 2005.

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Lorsque l’on est un manager, il est relativement facile de réseauter, y compris via les clubs services (Lions, Rotary, Kiwani). Par contre, il est nettement plus compliqué d’échanger sur ses difficultés de chef d’entreprise, cela dans un cadre respectant la confidentialité. C’est pourquoi deux organisations en Suisse romande mettent en valeur le partage d’expérience, que ce soit par rapport à sa vie familiale, à sa vie professionnelle ou encore à des aspects encore plus personnels. 

«On s’aperçoit généralement que les piliers personnels et familiaux sont tout aussi importants que le pilier professionnel. Lorsqu’un couple ne va pas très bien, par exemple, ces échanges peuvent sauver au final l’entreprise. En ce qui me concerne, cela m’a permis de mieux allouer du temps à ma famille et à mon épanouissement personnel», confie Arnaud Grobet, qui a dirigé l’agence de marketing digital label.ch avant de créer Emakina. Ce dernier a cofondé EO Switzerland Romandie en 2005 avec Raphaël Dana (alors à la tête du magazine market.ch, entre autres), Sébastien Tondeur (CEO de l’agence événementielle MCI) et Yarom Ophir (fondateur de Katana, spécialisée dans la destruction de données). 

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C’est Raphaël Dana qui avait été convié à un événement EO à l’étranger par un de ses membres. Créée en 1987 aux Etats-Unis, l’organisation EO compte aujourd’hui plus de 12  000 membres dans le monde. En Suisse romande, elle ne compte pour l’heure que 30 membres, dont entre autres Allen Adler (issu de la 4e génération de cette famille de joailliers), Grégory Féret (qui dirige le courtier en assurances Qualibroker), Miles Hopwood (CEO du groupe de conseil Integraal), Isabelle Chillier (CEO du fabricant d’aiguilles de montre Fiedler) ou encore Emeric Segard (fondateur de la société de location de jets LunaJets). Depuis peu, son président pour la Suisse romande est Olivier Kennedy, fondateur de l’agence de communication Enigma (30 salariés). 

Très exclusifs

Face à ce géant anglo-saxon, le Groupement des chefs d’entreprise. Né au Québec en 1974, ce réseau réunit aujourd’hui 1900 membres, dans plus de 235 clubs au Canada, en Belgique, en France et en Suisse. Dans notre pays, il existe à l’heure actuelle 9 clubs regroupant près de 80 chefs d’entreprise à Genève, Vaud et Fribourg. Dans l’un des trois clubs présents sur Genève, on trouve par exemple Christophe Barman (fondateur de Loyco, active dans le soutien administratif), Claude Devillard (leader dans les solutions documentaires), Christian Wahl (les fournisseurs BJ-Office et BJ-Coffee) ou encore Alain Moser (propriétaire de l’Ecole Moser). 

«Cette organisation sans but lucratif continue aujourd’hui de faire une différence à toutes les étapes de la vie des chefs d’entreprise. Nous travaillons sur un parcours de progression. Tout nouveau membre est propulsé par un désir de progresser. Il veut s’améliorer, se développer, devenir un meilleur leader, s’ouvrir à du neuf, bref, il veut grandir comme personne et comme chef. Le Groupement l’aide, entre autres, à mieux développer son entreprise, à structurer son organisation, à préparer sa continuation et à réussir un meilleur équilibre de vie. Nous nous occupons du chef en premier, si lui va bien, son entreprise ira bien aussi», résume Normand Lemire, directeur du développement du Groupement pour la Suisse et la France.

Une précision d’importance: EO et le Groupement sont très exclusifs. EO ne s’adresse ainsi qu’aux propriétaires d’entreprise ou actionnaires majoritaires dont le chiffre d’affaires dépasse 1 million de francs. Tandis que le Groupement ne comprend que des propriétaires de PME comptant plus de 10 employés.

En petit comité

Chez EO, un «forum» comprend entre 6 et 10 membres. On ne peut y croiser un concurrent, un associé ou un membre de sa famille. «On ne peut y faire de la promotion de prestations, par exemple», relève Arnaud Grobet. Huit fois par an se tient une séance d’environ trois heures au sein de chaque forum. Après un tour de table où chacun propose quelques idées clés qui serviront de thématiques pour des prochaines réunions, la séance met en avant le partage d’expérience. 

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Au sein du Groupement, un club possède entre 8 et 10 membres. Une rencontre dure en moyenne quatre heures et demie chez un membre à tour de rôle, environ une fois par mois. L’animateur externe organise tout d’abord un tour de table pour voir quelles sont les préoccupations actuelles des personnes présentes. «Nous leur demandons s’ils ont besoin d’un coup de pouce. Cela signifie que le problème sera alors présenté par la personne concernée, puis les membres présents partagent leur expérience. C’est généralement le cas, ce qui est très riche, affirme Normand Lemire. L’intérêt de notre méthode est que nous amenons des avis neutres, dégagés de tout intérêt.»

La rencontre se poursuit avec une thématique choisie lors de la précédente réunion. «Une des préoccupations qui ressort régulièrement est comment parvenir à maintenir un bon équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle», observe Normand Lemire. Enfin, chaque séance se termine avec un tour de table visant à s’enrichir des meilleures pratiques, et il arrive qu’un expert externe soit convié pour amener du contenu. 

Deux visions

Patrick Thiébaud, CEO de Wealthings (service fiduciaire et de gestion d’entreprises qui emploit une centaine de collaborateurs) a fait partie d’un forum EO avant de rejoindre le Groupement. «Il y a peu de différences dans le mode de fonctionnement des deux réseaux. La principale est le fait que les membres du Groupement peuvent s’appuyer sur l’animateur-médiateur professionnel au lieu de devoir trouver par eux-mêmes des sujets à traiter, ce qui est parfois compliqué quand on est très occupé. Une autre différence majeure est liée au fait qu’EO fonctionne à l’américaine, en favorisant les success storys. Le but est surtout de voir son chiffre d’affaires grimper. Alors qu’au Groupement l’état d’esprit et  la philosophie sont plus européens, certes moins dynamique, mais avec les pieds davantage sur terre.»

Le son de cloche d’Arnaud Grobet n’est pas le même: «EO s’appuie sur des réseaux à l’international et sur des partenariats avec des écoles prestigieuses, tel le MIT avec des programmes de formation où des entrepreneurs réputés viennent partager leurs expériences.» Bref, c’est à chacun, selon son profil personnel, de trouver le réseau lui correspondant le mieux. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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