Bilan

Capital-risqueurs: la relève se prépare

Un événement original baptisé UPComingVC vient d’avoir lieu à Genève. Il s’agissait de mettre en situation de futurs capital-risqueurs afin de repérer leur capacité à dénicher les pépites de demain.
  • Le jury était composé de professionnels aguerris du secteur.

    Crédits: Dr
  • Les lauréats (de g. à dr.): Nicolas Christe, Dominique Lachal et Gabriela Znamenackova.

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Indispensables pour faire grandir les start-up, les firmes de venture capital sont sollicitées par des centaines de dossiers chaque jour. Comment repérer rapidement les jeunes pousses au fort potentiel et faire le tri au milieu des projets farfelus, pas encore matures ou mal préparés?

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«Les experts du capital-risque sont aujourd’hui très recherchés: il faut avoir l’œil, savoir poser les bonnes questions très vite, connaître le secteur et ses enjeux, analyser la symbiose entre les porteurs du projet… Autant de défis qui ne sont pas évidents», résume Raphael Grieco, spécialiste de la finance et du capital-risque. Or, disposer d’un bon réseau de «scouts» aptes à repérer et sélectionner très tôt les jeunes entreprises à soutenir, «c’est au moins aussi important que de mettre en place les conditions favorables à leur éclosion, assure Raphael Grieco. Car, sans financement, elles sont condamnées à végéter ou à être rachetées par des investisseurs étrangers, donc potentiellement relocalisées.»

A l’heure où l’Europe et la Suisse cherchent qui pourront être demain les Google, Uber ou Airbnb du Vieux-Continent, il est temps de structurer et de professionnaliser ce secteur. C’est l’idée forte qui a guidé Raphael Grieco en imaginant UPComingVC: un événement avec des start-up, mais où ce ne sont pas les entrepreneurs qui sont jaugés mais ceux qui les auditionnent. «Des entrepreneurs qui se relaient pour des pitches devant un jury d’aspirants venture capitalist, qui eux-mêmes sont supervisés par des professionnels aguerris du secteur», explique le concepteur d’UPComingVC. 

Immersion totale

Une fois le concept défini, restait à trouver les participants. Pour les start-up, un tel rendez-vous permet d’accéder à davantage de visibilité mais aussi de s’exercer à l’art du pitch. Une quinzaine de start-up ont donc accepté de rallier l’incubateur Fintech Fusion fin avril pour deux jours de présentation. Elles ont retrouvé là des investisseurs expérimentés de plusieurs firmes internationales et des étudiants intéressés à devenir les futurs radars des sociétés de capital-risque.

«UPComingVC se présentait comme une occasion unique d’expérimenter cet univers, de mieux le comprendre et d’apprendre énormément», témoigne Nicolas Christe, l’un des aspirants. «On s’est retrouvés en immersion totale pendant deux jours au contact de plus d’une quinzaine de start-up sur des sujets diversifiés: application mobile pour les sports de montagne, plateforme de réservation pour port et mouillage, logiciel avancé pour le contrôle des drones... J’ai ainsi pu mettre en pratique diverses compétences: analyse marché, évaluation stratégique et financière», renchérit Dominique Lachal, autre étudiant candidat.

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Pour leurs aînés, il est alors crucial d’observer l’attitude de cette relève potentielle. Pendant une bonne partie de l’événement, ils supervisent discrètement les challengers, scrutant leur attitude, leurs questions, leurs réactions et la façon dont ils analysent le business des start-up. «Les apprentis VC ont fait de leur mieux pour poser les bonnes questions et identifier les points clés pour chaque start-up. J’ai été étonné de la capacité de raisonnement et le sens critique de certains, qui restent à mon sens deux points clés», témoigne Jonathan Sadoun, analyste investissement chez Polytech Ventures. Par équipes, les jeunes étudiants sont évalués et notés par les seniors et les meilleurs sont couronnés. 

Un bilan très satisfaisant

Au terme des pitches des entrepreneurs vient l’heure du débriefing: chacun des impétrants se retrouve à son tour à pitcher devant un jury et a droit à une analyse de ses compétences par les experts. «Si seulement j’avais pu avoir un feedback directement après chaque pitch sur ma prestation, mais je suis déjà très satisfaite d’avoir pu développer mon réseau, me familiariser avec de nouvelles idées, appréhender la variété des questions à poser et des aspects à prendre en compte pendant le processus de due diligence», insiste Gabriela Znamenackova, étudiante en PhD dans la finance et lauréate du challenge avec Dominique Lachal et Nicolas Christe.

Trois lauréats, mais quinze «challengers» issus de sept pays différents et plus de cent candidatures: pour Raphael Grieco, cette première édition est «manifestement un succès, notamment en termes d’attractivité du concept et d’intérêt pour la thématique». L’organisateur d’UPComingVC retient aussi que l’investissement intéresse les plus jeunes: «Nos challengers avaient 24 ans de moyenne d’âge et 53% sont encore étudiants, issus de quatorze écoles ou universités différentes. Or, ils se sont préparés consciencieusement et ont abordé ces deux jours avec une mentalité très professionnelle déjà.»

Autre point de satisfaction: l’intérêt des investisseurs. «Nous avons pu réunir sept firmes de capital-risque et une M&A boutique, issues de trois pays différents et ayant déjà à leur actif plus de 400 financements de start-up, dont une soixantaine d’exit. Avoir de telles expériences et compétences pour guider les jeunes, c’est extraordinaire pour ces derniers. Sans compter qu’il y a aussi eu des interactions très positives avec les start-up», se réjouit  le créateur de l’événement.

Et c’est le troisième point positif noté par Raphael Grieco: les start-up ont joué le jeu. Ayant déjà levé 108 000 euros en moyenne, les jeunes pousses ayant pris part à ce rendez-vous sont actuellement engagées dans des rounds de financement moyens de 560'000 euros. Pour elles, s’exercer face à des professionnels et des débutants présente de nombreux avantages, dont une meilleure perception des attentes des investisseurs, un ciblage plus précis de leurs atouts et de leurs faiblesses…

Des répliques à l’étranger?

Et pour l’avenir? Raphael Grieco travaille d’ores et déjà sur une deuxième édition de son événement. Et si des initiatives plus ou moins similaires semblent éclore aux Etats-Unis, l’Europe et la Suisse n’avaient encore rien vu de tel mis sur pied pour favoriser l’éclosion de spécialistes de l’investissement dans les start-up. Raphael Grieco confie avoir déjà reçu «des signes d’intérêt émanant d’autres hubs de l’innovation», que ce soit en Suisse ou ailleurs en Europe. De quoi imaginer à terme des déclinaisons à Zurich, Paris, Londres ou Berlin? «Ce n’est pas impossible, mais il faut déjà rééditer cette première expérience en améliorant encore le concept», assure le fondateur, déjà tourné vers l’avenir.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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