Bilan

Boas inaugure son premier hôtel genevois

Avec le Lake Geneva Hotel de Versoix, Boas devient le 4e plus grand opérateur hôtelier de Suisse derrière la chaîne Accor, le groupe Fassbind et la chaîne alémanique Welcome Hotels.
  • Lake Geneva Hotel

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Loin derrière le géant français Accor, premier opérateur hôtelier mondial qui exploite en direct ou via des contrats de franchise (53 en Suisse), le petit groupe vaudois Boas commence à se faire un nom. Ces dernières semaines, il a multiplié les ouvertures :en décembre 2013, l’Hôtel Nendaz 4 Vallées (4 étoiles supérieur), ses 62 chambres et son centre wellness de 2200 m2 ; en mai, le Discovery Hotel au Centre d’affaires de Lausanne-Crissier (3 étoiles supérieur), avec ses 98 chambres ; et, depuis le 3 mars, le Lake Geneva Hotel (3 étoiles supérieur) à Versoix, doté de 103 chambres.

Après avoir créé et développé un groupe leader dans le secteur des EMS en Suisse, Anne et Bernard Russi ont décidé voici quelques années de se diversifier dans l’hôtellerie. Même s’ils ne possèdent généralement pas les murs de leurs établissements, ils ont tout de même réussi à gérer à ce jour pas moins de neuf établissements hôteliers, totalisant 480 chambres. Trois autres ouvertures sont d’ores et déjà prévues : en fin d’année, l’Hôtel Aquatis à Lausanne Vennes (3 étoiles supérieur) avec 143 chambres ; au printemps 2015, l’Hôtel des Sources à Saxon (3 étoiles) ; et, courant 2016, un second hôtel à Saillon où le groupe exploite les Bains (4 étoiles supérieur) doté de 78 chambres. Fin 2016, Boas exploitera ainsi 12 hôtels et très précisément 793 chambres. Un exploit !

Reste que Boas n’est pas le No 2 de Suisse dans le secteur. En effet, le groupe Fassbind détient les murs et exploite également neuf hôtels, totalisant 1016 chambres : trois à Lausanne, le Senator à Zurich racheté en 2011, trois à Genève, et deux à Berne.

«Nous restons à la recherche d’hôtels dans les cinq grandes villes suisses», confie Eric Fassbind. Le City à Lausanne est en travaux pour ajouter une dizaine de chambres, refaire la réception et créer un bar à vin.Quant au Senator, le chantier devrait s’ouvrir au plus tard au premier semestre 2015 et durera un an afin de transformer un étage pour y créer une quarantaine de chambres supplémentaires, ainsi qu’un spa. «Depuis le décès de notre père, le 16 juillet 2010, mon frère et moi avons investi environ 90 millions de francs, y compris avec les acquisitions du Senator et de l’Hôtel des Nations à Genève plus récemment.»

C’est en 1961 que Georges et Doris Fassbind, issus d’une famille d’hôteliers, avaient acheté leur premier hôtel. Le parcours n’est pas identique pour l’ancien gendarme Bernard Russi, lequel achète en 2007 Le Petit Manoir à Morges, son premier hôtel.

Des baux de 20 ans

Relevons l’existence d’un 3e groupe, présent uniquement en Suisse alémanique : Welcome Hotels. Ce dernier exploite aussi 9 hôtels, des 3 et 4 étoiles situés à Zurich, Baden, Berne et Bâle, représentant 681 chambres. Là aussi, il s’agit d’un groupe familial : ses dirigeants sont Hansjörg et Marcel Wohlgemuth.

Parmi les autres chaînes, Starling Hotels & Resorts opère trois établissements, dont le plus grand hôtel du pays (496 chambres), accolé à Geneva Palexpo ; Manotel détient six hôtels genevois (610 chambres) ; le Groupe Sidorov et ses six établissements totalisant près de 300 chambres); ou encore, Hôtels et Patrimoine, également six hôtels (254 chambres). Ces groupes sont généralement propriétaires des murs de leurs établissements, contrairement à Boas.

Le niveau d’endettement du groupe Boas est de l’ordre de 70%, « beaucoup trop élevé », comme l’avait qualifié lui-même Bernard Russi, à nos confrères de l’Agefi en octobre 2013. Dans l’idéal, ce dernier souhaiterait détenir les murs de ses hôtels, mais il n’en a pas les moyens. Par contre, le groupe négocie généralement des baux d’une durée de 20 ans. «Etre locataire n’est absolument pas avantageux et la différence au niveau des coûts peut être déterminante.»

Voilà pourquoi, la famille Fassbind préfère grandir moins vite, mais en s’autofinançant. Une logique qu’elle suit aussi pour d’autres aspects. Par exemple, contrairement à Boas qui a choisi d’externaliser le nettoyage des chambres de ses deux derniers établissements auprès d’une société spécialisée, Fassbind s’y refuse. «A mes yeux, c’est le cœur de notre métier. De plus, si quelqu’un peut gagner de l’argent avec, autant s’en charger soi-même», souligne Eric Fassbind.

Même divergence en ce qui concerne les lits. Boas a équipé ses trois derniers hôtels de matelas dotés d’une puce qui indique à la société Elite combien de nuits le matelas en question a été utilisé avant de refacturer en fonction du « taux d’usure ». Chez Fassbind, on n'apprécie guère la formule du leasing. «D’après mes calculs, cela revient généralement plus cher que lorsque je réalise un appel d’offres auprès des principaux fabricants.»

Enfin, relevons que ce qui permet à ces chaînes de se développer encore, c’est aussi la volonté d’avoir des hôtels qui ne se ressemblent pas tous, dotés d’une âme, d’une identité propre. Même si Accor multiplie les marques (ibis Budget, MGallery Collection, Pullman, Novotel, Mercure, ibis, Adagio) pour varier les cibles et les positionnements, ces différences ne sont rien en comparaison avec les efforts fournis par certaines petites chaînes. Deux illustrations avec Hôtels et Patrimoine: sur la porte de chacune des 49 chambres ou suites de l’Hôtel des Inventions à Ecublens figure une plaque avec le nom d’un inventeur suisse et de son invention. La salle du petit-déjeuner de l’hôtel «A la gare» à Lausanne est dotée de bancs reproduisant ceux du wagon-restaurant du célèbre Orient-Express. Mais surtout, à travers le sol transparent de la salle, on peut admirer un petit train circuler sur une maquette. De son côté, Boas a misé sur la thématique de la découverte pour son hôtel Discovery avec notamment des photos de la planète Terre vue de l’espace.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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