Bilan

Annuaires en ligne, les dessous du marché suisse

Petit nouveau sur le marché des annuaires en ligne, Zip.ch se positionne comme l'alternative à Swisscom. Les convictions de son fondateur sont renforcées après la fusion entre local.ch et search.ch. Interview.
  • Alexandre de Senger, le fondateur de Zip.ch

    Crédits: Crédit : Zip.ch
  • Page d'accueil de Zip.ch

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Le marché des annuaires en ligne s'agite. Swisscom, propriétaire de local.ch, a acquis search.ch de Tamedia (éditeur de Bilan) et va exploiter les deux plateformes sous Swisscom Directories SA. Le capital-actions sera détenu à 69% par Swisscom et à 31% par Tamedia. La COMCO a récemment donné son feu vert à la fusion entre search.ch et local.ch.

Contactée, la COMCO assure que "la fusion ne supprimera pas ou n'empêchera pas l'émergence d'une concurrence efficace. Il n’y a pas d’addition de parts de marché sur le marché de l’acquisition de données, et la concentration ne va pas entraîner de modification de la structure de ce marché".

Une nouvelle en écho à l'entrée de Zip.ch annoncée il y a une dizaine de jours. Son fondateur, Alexandre de Senger, s'était montré particulièrement offensif dans le communiqué de presse, et avait qualifié la situation de Swisscom de "monopolistique". Zip.ch avait également averti le lancement de "procédures légales pour mettre un terme à ces abus". Le fondateur Alexandre de Senger revient sur cette actualité, et ne démord pas sur l'avenir et les ambitions de Zip.ch

 

Bilan : Quelle est votre réaction concernant la fusion search.ch et local.ch ?

Alexandre de Senger : Nous avions anticipé la nouvelle, mais nous restons dans le domaine de l’absurde. La COMCO avoue noir sur blanc que Swisscom se retrouve en position dominante, et accepte la situation. La motivation annoncée de contrer Google est un faux prétexte. Selon Alexa (le service de statistiques web d’Amazon, ndlr) plus de 50% du trafic de local.ch et seach.ch dépend aujourd’hui d’un référencement organique sur la plateforme Google. Quand je rentre le nom et prénom d’une personne dans le moteur de recherche, les premières réponses me renvoient sur les deux sites suisses. C’est le résultat le plus pertinent, et surtout, il est gratuit. Ils ne vont pas s’attaquer à leur source de trafic.

Comment rentrer alors dans ce marché maintenant monopolistique ?

A.d.S : Avec un seul concurrent maintenant, la Suisse se retrouve face à un monopole, et il n'a vraiment plus le choix. Si on offre un service en dehors, il sera tenté de l'utiliser. J'aime prendre comme exemple Internet Explorer, qui a été de loin le navigateur web le plus utilisé pendant plusieurs années. A l'arrivée de Firefox, les utilisateurs l'ont massivement adopté. 

La situation perdure depuis bientôt 10 ans, mais comme je l’ai mentionné, l’offre n’est plus adaptée au marché. Il est plus important aujourd’hui pour une entreprise ou un indépendant d’avoir l’adresse de sa page web et son logo inscrits dans un annuaire que son adresse postale.

Aujourd’hui, nous achetons les données régulées de l’annuaire public. Leurs prix paraissent respecter le principe des coûts stipulés dans la Loi Fédérale sur les Télécommunications. Nous payons environs 8'000.- par mois pour des informations incomplètes. Par exemple, si un indépendant ou une entreprise souhaite compléter son inscription avec une rubrique supplémentaire (« pizzeria » en plus de « restaurant »), ou avec son site internet, aucune donnée concernant cette entreprise ne nous sera communiqué. Ceci constitue un obstacle considérable à l’entrée de nouveaux concurrents sur ce marché.

Peut-on avoir accès tout de même à ces informations complémentaires ?

A.d.S : Oui on peut y avoir accès, mais elles sont payantes auprès de Swisscom Directories/local.ch, et ne sont accessibles que dans le cadre d’un contrat de livraison complémentaire. Dans un contrat transmis par Swisscom Directories, un tarif de base est fixé à CHF 190'000.-, auquel s’ajoute un tarif complémentaire en fonction des visites. D’après nos calculs, sur la base d’un trafic comparable à celui de search.ch en 2014 (via Net-Metrix-Audit), cette charge s’élèverait à plus de 4.5 millions de francs pour des informations qui ont déjà été payées. Et là, nous sommes dans une violation du principe de non-discrimination et du principe de coûts définis à l’article 21 al. 3 LTC.

Quelle est la genèse de Zip.ch ?

A.d.S : Il y a un an, nous travaillions sur un projet de site d’annonces immobilières. Après une analyse du marché Internet en Suisse, nous avons constaté que local.ch et search.ch se trouvent parmi les sites les plus fréquentés en Suisse. Pourtant, ces deux annuaires n’avaient pas vraiment évolué depuis des années. Nous nous sommes dit qu’il y avait une place à prendre. Mais lorsque Tamedia a fait sa première offre sur Publigroupe, notre conviction s’est renforcée et nous avons décidé de passer à l’action. Il nous fallait un bon nom et surtout une équipe pour développer la plateforme. Et tout cela dans un laps de plusieurs mois.

Quel est votre modèle de revenus ? 

A.d.S : Nos revenus proviendront de la publicité, et de nos offres premium visant à améliorer le référencement, via la vente aux enchères de mots-clés. Courant 2ème trimestre, la 2ème version offrira la possibilité à chaque personne ou entreprise ayant un numéro de téléphone en Suisse de créer et d’éditer son inscription. L’abonné aura la possibilité de rajouter gratuitement ses rubriques, son logo, un descriptif de son activité, ses adresses Web, ses identifiants de réseaux sociaux. Une de nos ambition est de devenir le premier Social Media Directory de Suisse.

Quels sont vos ambitions en terme de part de marché ?

A.d.S : D’après Media focus, le marché des annuaires en ligne représentait un chiffre d’affaire de 125 millions de francs en 2014. Nous visons 50% du trafic sur les annuaires suisses en ligne. Une des clés de notre succès repose sur ce référencement organique des inscriptions Zip.ch sur Google.

Comptez-vous développer d’autres services, en dehors de ceux cités ?

A.d.S : Nous avons beaucoup de projets, mais notre priorité aujourd’hui est le lancement de cette deuxième version.

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