Bilan

André Kudelski, le sacre d’un innovateur

Nommé à la tête d’Innosuisse, le Vaudois a toujours su miser sur les technologies clés du futur, le contrôle des accès numériques, et maintenant la cybersecurité.
  • Crédits: Alessandro Velloni
  • Kudelski fournit les systèmes de contrôle d’accès à la plupart des stations de ski.

Pour André Kudelski, l’année 2017 vient consacrer une belle réussite. En termes de chiffre d’affaires, l’entreprise a dépassé le milliard de francs fin 2016. En termes d’activités, Kudelski, leader mondial de la sécurité des contenus numériques et des accès publics, maîtrise aujourd’hui ce qui se retrouve au cœur des stratégies de sécurité: la technologie qui permet de «protéger le contenu de telle façon à ce que l’ayant droit le maîtrise de bout en bout, à chaque étape du processus de distribution», comme le résume André Kudelski. Le groupe vise aussi à devenir un acteur mondial de premier plan dans la cybersécurité.

Au même moment, André Kudelski se voit aussi doté d’un autre milliard symbolique, celui du budget 2017-2020 d’Innosuisse, l’agence d’innovation de la Confédération dédiée à l’encouragement de l’innovation. Sa nomination à la présidence du conseil d’administration fait de lui le Monsieur Innovation helvétique. Diriger cette agence, qui remplacera l’ancienne Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) au 1er janvier 2018, sonne comme une reconnaissance pour celui qui, depuis trente-trois ans, œuvre à innover dans son secteur.

C’est aussi, paradoxalement, un retour aux sources. Car l’entreprise, certes basée dans le canton de Vaud, a d’abord un fort ancrage international. Si Kudelski fournit par exemple les systèmes de contrôle d’accès à la plupart des stations de ski suisses, au parking du Flon à Lausanne, de Palexpo à Genève ou encore  à l’aéroport de Zurich, et conçoit des systèmes pour Cablecom, l’entreprise s’est surtout développée sur les grands marchés internationaux. 

Reste que la fibre innovatrice d’André Kudelski, personnalité vaudoise de premier plan, fait l’unanimité. Depuis qu’il est devenu président et CEO de l’entreprise familiale en 1991, le Vaudois a sans cesse hissé l’ancienne NAGRA, fondée en 1951 par son père Stefan Kudelski, inventeur du célèbre enregistreur à bande magnétique, parmi les entreprises en pointe dans le domaine des solutions d’accès à la télévision payante et du contrôle d’accès numérique.

Son père, c’était l’inventeur. Lui, c’est le stratège, doublé de l’expert technique. «La technologie à elle seule n’est pas forcément créatrice de valeurs, explique-t-il. Elle doit être combinée au bon modèle d’affaires. Les premiers téléphones portables, par exemple, n’avaient pas le bon business model.»

En 2016, le groupe Kudelski, par le biais de sa société SKIDATA, était numéro un mondial dans le domaine de l’accès public sécurisé aux parkings «off street» et aux remontées mécaniques des stations de sport d’hiver. «Cette activité, qui représente le tiers des revenus du groupe, a l’avantage d’être peu affectée par les phases de conjonctures difficiles», souligne le CEO. Les revenus de la TV digitale, cybersécurité incluse, représentaient les deux tiers du résultat. 

L’an dernier, le groupe a ouvert un deuxième siège à Phoenix, dans l’Arizona, aux Etats-Unis. C’est à partir de là que se développera la nouvelle activité de cybersécurité pour le marché américain, appelée à prendre de l’essor. «Nous avons cherché un endroit complémentaire au canton de Vaud, explique l’ingénieur de 56 ans. Dans la région de San Francisco, où nous avons deux entités, les atouts et les faiblesses sont assez proches de ceux de la région lémanique. En Arizona, les structures de coûts sont plus compétitives. C’est une région neuve, qui offre encore du potentiel. Et elle est à 1 h-1 h 30 d’avion des principaux endroits qui comptent pour nous, la Silicon Valley, Los Angeles, Denver, Dallas.»

Aujourd’hui, sur un total de plus de 3500 employés à travers le monde, le groupe emploie plus de 600 personnes aux Etats-Unis et près de 800 en Suisse. «En relation avec l’importance du marché américain, le nombre d’employés aux Etats-Unis croît rapidement», souligne le CEO. En revanche, il précise que les développements pour le marché suisse et international de la cybersécurité resteront basés en Suisse, et en particulier la recherche et développement.

Présent depuis plus de cinquante ans aux Etats-Unis, Kudelski a également choisi d’entrer sur le marché de la cybersécurité américain, de loin le premier du monde.

La Silicon Valley en 1979

André Kudelski a baigné très tôt dans l’innovation. Il nous décrit comment l’état d’esprit de la Silicon Valley l’a marqué en profondeur voilà déjà trente-huit ans: «La première fois que j’ai visité
la Silicon Valley à la fin des années 1970, c’était encore un grand verger. J’y suis retourné en 1986, en mission pour l’entreprise dans le cadre de réflexions technologiques. J’y ai alors découvert un vivier d’idées, une ruche.

Cette région avait déjà dix ans d’avance sur le reste du monde. A l’époque, c’était encore peu connu par le grand public, ce qui permettait d’observer cette avance sans qu’on en parle beaucoup. Il y avait déjà une réflexion sur la nature et le «bio». Une fois qu’on est passé par là, le décalage paraît grand par rapport au reste du monde, et y compris par rapport aux autres régions des Etats Unis. J’ai eu la chance de découvrir cette région aussi tôt, ce qui a certainement influencé ma façon de penser et a donné une forte impulsion à la suite de ma carrière en m’encourageant à réfléchir de façon disruptive. Ce qui est aussi intéressant, c’est de voir que la Silicon Valley était l’endroit différent jusqu’à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, c’est la ville de San Francisco qui a pris ce relais.» 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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