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Acquérir Syngenta ? "Plus facile que d'acheter un terrain en Suisse"

Alors que l’Union européenne et d'autres pays envisagent de renforcer la surveillance des investissements étrangers pour protéger leurs entreprises, la Suisse ne compte pas agir. Mais des parlementaires se mobilisent.

Les investissements chinois en Suisse inquiètent les parlementaires fédéraux.

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Le Valaisan Beat Rieder est inquiet. «La Suisse se retrouve dans une situation étonnante où un étranger peut racheter sans entraves une entreprise comme Syngenta pour 43 milliards de dollars, alors qu'il doit obtenir une autorisation pour acquérir un simple terrain à construire», constate le conseiller aux Etats démocrate-chrétien. Dans une motion, il exige que «le Conseil fédéral crée des bases légales pour contrôler les investissements directs depuis l'étranger dans des entreprises suisses, en particulier en mettant en place une autorité d'approbation chargée de contrôler les transactions visées.» 

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Beat Rieder n’est pas le seul parlementaire à mener ce combat. Le conseiller national socialiste Corrado Pardini veut aussi obliger le gouvernement à «instituer une entité de service public qui devra, après examen, autoriser ou non les reprises et les fusions d'entreprises revêtant une importance en termes de stratégie industrielle et dans lesquelles sont investis des capitaux étrangers sous la forme d’une participation.» 

De leur côté, le conseiller aux Etats socialiste Hans Stöckli et son collègue démocrate-chrétien Pirmin Bischof ont déposé, chacun, un postulat dont l’objectif est identique. Ils demandent que le Conseil fédéral publie un rapport sur les avantages et les inconvénients de la création de bases légales destinées à contrôler les investissements étrangers. 

L'union européenne se montre plus protectrice 

Hans Stöckli et Pirmin Bischof constatent que plusieurs pays voisins disposent d’une législation pour agir et que l’Union européenne envisage de renforcer son action dans ce domaine. Au début de cette semaine, le Parlement européen a d’ailleurs adopté le rapport du député français Franck Proust qui recommande de mieux identifier les investissements étrangers à risque. «L’Europe doit sortir de sa naïveté économique et se donner les armes nécessaires. Nous ne sommes pas contre les investissements étrangers mais contre les investissements étranges», relève Franck Proust. Et de constater: «tous les autres grands acteurs mondiaux sont dotés de tels outils.» 

Le Conseil fédéral soutient les interventions de Hans Stöckli et de Pirmin Bischof, mais rejette en revanche les motions de Beat Rieder et de Corrado Pardini. Il estime qu’«en pratiquant une politique d'ouverture à l'égard des investisseurs étrangers, la Suisse assure à sa place économique un afflux suffisant de capitaux et de savoir, contribuant ainsi non seulement à la valeur ajoutée, mais encore au maintien et à la création d'emplois.»

En Suisse, le Parlement doit se prononcer

C’est désormais au Parlement de se prononcer. Ce printemps, il a ouvert une brèche. La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national a soutenu en effet une initiative de la socialiste Jacqueline Badran postulant que «les infrastructures stratégiques du secteur énergétique, notamment les centrales hydrauliques, les réseaux électriques et les réseaux de gaz, doivent être soumises à la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger.» Et, dans quelques jours, le Conseil des Etats se penchera sur la motion de Beat Rieder. 

La multiplication des investissements chinois en Suisse, ainsi que la tentative d’Alpiq de vendre ses barrages, sont à l’origine de ces interventions parlementaires.

 

 

 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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