Bilan

A Genève, la valse des patrons de palace

En quelques mois, cinq grand hôtels ont changé de directeur général. Qui sont-ils et comment vivent-ils leur métier? Rencontres avec ces nouveaux managers, dynamiques et passionnés.
  • PABLO PIZARRO

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  • GUILLAUME BENEZECH

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  • MARTIN RHOMBERG

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  • Alexandre Nickbarte-Mayer

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  • FRANCOIS CHOPINET

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Cinq palaces genevois ont changé de patron en dix-huit mois. Cette valse de directeurs, un concours de circonstances ou un changement de stratégie, lié à un choix de dirigeants différents? Les deux, sans doute. Dans le domaine de l’hôtellerie, on ne parle pas de chiffre d’affaires et encore moins de bénéfice. Seul l’Intercontinental a accepté de se dévoiler, soit 40 millions, pour 300 employés et 333 chambres. Retour sur l’itinéraire de ces patrons et sur les motivations qui les ont guidés dans leurs carrières. Rencontres. 

«Je suis le thérapeute de mes clients et de mon personnel» PABLO PIZARRO, directeur général du Président Wilson, a fait ses gammes à Dubaï et Washington avant de revenir en Suisse.

Entre Charles Tamman, propriétaire du Président Wilson, et Pablo Pizarro, nouveau directeur général, le courant passe. Les deux hommes s’estiment. Ce qui frappe chez ce jeune patron, c’est qu’il semble heureux. Et il a de quoi. Son hôtel affiche 240 chambres, deux restaurants (3 en été), une salle de banquets pour 600 personnes, et un taux d’occupation de 90%! En cuisine règne un chef réputé, Michel Roth. 

Quand on lui demande quelles sont les valeurs essentielles liées à son métier, Pablo Pizarro, qui a suivi des études hôtelières aux Etats Unis, a cette réponse simple et pourtant si vraie: «Il faut aimer les êtres humains.» Le directeur se dit à l’écoute.

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«Je suis un peu le thérapeute de mes clients et de mon personnel parfois. Il faut aimer donner. J’ai la même approche avec un premier ministre ou le casserolier.» 

Comment fidélise-t-on les clients?
«Il faut prendre soin d’eux, les amener quelque part…» Pablo Pizarro soigne aussi son équipe. «Je suis là pour fédérer. Je suis le capitaine du bateau, mais on ne peut avancer seul. On a besoin de tout le monde.» Comment est-il arrivé à un taux d’occupation de 90%? «Je n’ai pas cessé de voyager pour reconquérir la clientèle. J’ai fait de nombreux déplacements en Russie et dans les pays du Golfe. Les gens sont sensibles à une visite chez eux. Dans l’année, on pense à leur anniversaire ou
à celui de leurs enfants. En résumé: du travail, du travail, du travail.» 

«Un stage chez Paul Bocuse me révèle ma passion» GUILLAUME BENEZECH, patron de l’Hôtel de la Paix, est un adepte de compétition qui prône l’énergie positive.
 

A l’Hôtel de la Paix (75 chambres), Guillaume Benezech, la quarantaine à peine consommée, annonce d’emblée la couleur: il assure. Pas de secrétaire, pas d’assistante, il répond lui-même à ses e-mails et prend ses téléphones en direct. 

Après des études de droit à Bordeaux qui l’ennuient, il décide de faire l’Ecole hôtelière à Lausanne. «Un stage chez Paul Bocuse à Lyon me révèle ma passion. Il est vrai qu’enfant j’aimais déjà l’art de la table et les odeurs de cuisine. J’aidais avec bonheur ma mère à faire le service.» Après son diplôme, le grand chef lui offre la direction opérationnelle de ses brasseries. Il a appris beaucoup, même si c’était très dur. Il se souvient avec tendresse de leurs matins «confidences». Très tôt, avant l’arrivée des autres,  ils partageaient un petit café en cuisine et se racontaient.

Jeunesse aidant, il cherchera d’autres expériences. Il est engagé par le Four Seasons de Miami, où il ne s’épanouira pas dans un contexte si loin de ses valeurs françaises, puis par les croisières Regent. Il cherche alors à se rapprocher de ses terres, de sa famille, et devient directeur de la restauration au Mandarin Oriental de Genève. A cette époque, il joue un rôle déterminant dans l’ouverture du Ritz Carlton de Montréal. Lorsque le groupe reprend le management de l’Hôtel de la Paix à Genève, sa nomination à la direction générale a dû sembler une évidence. 

«Je tire mon énergie des gens qui m’entourent» MARTIN RHOMBERG, directeur de l’Hôtel des Bergues, aimerait être reconnu comme le meilleur employeur du secteur à Genève.

Martin Rhomberg a commencé son parcours hôtelier dans un petit hôtel de montagne, un été en Autriche. C’est là qu’il est «tombé amoureux de la profession!». Il entame ensuite des études à l’Ecole hôtelière de Vienne en travaillant en parallèle comme barman ou chef de rang. Son premier travail «sérieux» a été réceptionniste de nuit à Vienne. 

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Après des expériences hôtelières à travers le monde, le jeune homme rejoint Four Seasons en 2000 pour l’ouverture de l’établissement de Caracas. «Après avoir exercé  au Mexique, j’ai bifurqué au Costa Rica où Four Seasons m’a proposé mon premier poste de directeur général à Damas en Syrie, puis j’ai œuvré à l’ouverture d’un palace à Saint-Pétersbourg avant d’arriver à Genève.» 

Martin Rhomberg cite cinq choses essentielles dans son métier: la passion, l’envie de rendre les gens heureux, la volonté d’apprendre, le goût des belles choses et la joie de vivre. «Je tire mon énergie auprès des gens qui m’entourent, aussi bien des collaborateurs que de mes clients.» En tant que directeur, il a besoin que ses collaborateurs sentent qu’il leur fait confiance à 100%. C’est ce climat qui permet à chacun de donner le meilleur de soi-même. Il croit fermement à une formation continue exigeante et complète. 

Aujourd’hui, Martin Rhomberg a l’ambition de maintenir l’hôtel, avec ses 115 chambres et suites, en tant que leader du marché genevois dans sa catégorie, mais également d’accroître le chiffre d’affaires et être reconnu comme le meilleur employeur de l’industrie à Genève. Avec le désir d’améliorer son français sur le plan personnel!  

«Je défends le droit à l’erreur. la clé, c’est de progresser» Alexandre Nickbarte-Mayer dirige depuis un an le Beau-Rivage. L’hôtel familial compte 95 chambres et 150 employés.

Alexandre Nickbarte-Mayer est tout feu tout flamme. Les quinze nouvelles suites d’exception de l’Hôtel Beau-Rivage sont prêtes. «Le travail a été titanesque et le résultat est exceptionnel.» L’homme se réjouit aussi de fêter cette année les 50 ans du Chat-Botté, le restaurant gastronomique de l’hôtel. «Pour faire ce métier, il faut transmettre sa passion à nos collaborateurs ou à nos clients. Même si c’est un métier difficile et très prenant, savoir qu’on peut faire rêver les clients, c’est magique. Quand le client s’approprie la maison, on devient rapidement proche, il rejoint la famille Beau-Rivage.» 

Le nouveau directeur général porte son métier en lui: l’hôtel appartient à la famille depuis cinq générations. Sa mère Catherine Nickbarte-Mayer siège au conseil d’administration, présidé par son oncle Jacques Mayer. «Nous sommes les descendants de la grande hôtellerie», résume-t-il. 

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Après l’Ecole hôtelière de Lausanne, Alexandre Nickbarte-Mayer a fait ses gammes dans l’hôtellerie de luxe avant de se passionner pour le cartering aérien. C’est un manager qui prône les responsabilités de chacun plutôt que la hiérarchie et le commandement militaire. «Je défends le droit à l’erreur. L’important, c’est de savoir ce que l’on fait avec l’erreur! Et surtout de progresser!»

«Il faut suivre son destin. Rien de pire que le confort» FRANCOIS CHOPINET, à la tête de l’InterContinental, est un philosophe qui regorge d’anecdotes.

François Chopinet est le dernier arrivé des nouveaux directeurs de palace. Il y a trois mois,  il a quitté Cannes pour revenir à ses premières amours. Il était stagiaire à l’InterContinental Genève en 1981 puis a assuré la direction générale de 2002 à 2005. De ses années passées à la direction générale du Carlton à Cannes, il garde des anecdotes plus étonnantes les unes que les autres. Le cambriolage du siècle au Carlton à Cannes, le 28 juillet 2013, plus de 100 millions d’euros, vous vous en souvenez?

Difficile, après ce braquage, de partir faire la promotion de son hôtel à Las Vegas. François Chopinet remplace au pied levé sa directrice commerciale et affronte l’obstacle avec un argument audacieux: le cambriolage s’est inspiré du film d’Hitchcock La main au collet. Les Américains trouvent cela très romantique. Son carnet de commandes se remplit.  

S’il est revenu à l’InterContinental, dit-il, c’est parce que c’est l’hôtel qui a consenti le plus d’investissements sur Genève depuis ces dix dernières années, parce qu’il a les plus grandes salles de conférences avec lumière du jour, la suite la plus prestigieuse et  la plus haute de Genève avec une vue panoramique… Mais la vraie raison? «C’est qu’il faut suivre son destin. Rien de pire que le confort, le confort, le meilleur et le pire des amis.»

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Sa philosophie? «Faire plaisir et être au service des autres, ce n’est pas anodin, on touche la spiritualité. C’est une tâche sacrée.» Il raconte encore: «Savez-vous que la rencontre de deux chefs d’Etats africains avec Kofi Annan à l’InterContinental autour d’un menu spécial a certainement évité une guerre il y a douze ans?» Kofi Annan avait demandé que le menu soit élaboré avec des ingrédients des deux pays, le dessert, quant à lui, était suisse. En sortant du déjeuner, le secrétaire général des Nations Unis lui avait glissé: «Vous ne savez pas ce que la nourriture peut faire pour rapprocher les hommes.»

François Chopinet est un philosophe, mais cela ne suffira pas pour mener son hôtel au firmament. Il mise sur la décoration contemporaine de son hôtel et veut développer l’image de l’hôtel en tant que destination.

Anne-Marie Philippe

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