Bilan

«Le tapis commercial a subi un crash»

Héritier de l’enseigne Persia, Jeremy Wennek raconte les effets d’internet sur le marché du tapis, scindé désormais entre le marché de masse et le très haut de gamme. Ce dernier est sa spécialité.

Jeremy Wennek. Certaines pièces uniques peuvent valoir jusqu’à 2,5 millions de francs.

Crédits: David Huc

Enseigne connue pour avoir longtemps occupé l’élégant immeuble à l’angle sud de la place Neuve à Genève, la galerie de tapis iraniens Persia, fondée en 1936 par le commerçant iranien Soleyman Moradpour, représente une époque. Celle où des fournisseurs de renom importaient les plus beaux spécimens de tapis d’Orient vers l’ouest, et où Genève figurait parmi les centres mondiaux où s’exposaient l’art perse et les tapis tissés main. L’âge d’or de la galerie Persia Geneva s’achève en 2007, quand la boutique ferme ses portes, ses propriétaires ayant senti que le tapis commercial n’avait plus d’avenir. 

Jeremy Wennek, issu de la quatrième génération des propriétaires de Persia, rebaptisée Persia Home Decoration, explique aujourd’hui que le marché du tapis persan vendu en magasin a fait son temps. «La demande a considérablement évolué, explique-t-il. Les gens veulent plus de flexibilité. Personne ne garde plus un tapis durant quarante ans, en même temps que les meubles. Le tapis commercial a subi un ‘crash’ sous l’effet d’internet, car la gamme moyenne varie entre 20 et 30 qualités et il faudrait pouvoir toucher et évaluer ces différentes qualités, ce qu’internet ne permet plus.» 

Restent deux segments de marché aux deux extrêmes, poursuit-il: «Le tapis standard destiné au marché de masse, dont la vente a largement migré sur le web, et le marché très haut de gamme, avec des articles sur mesure et des pièces uniques destinées aux amateurs, collectionneurs, palaces et bâtiments institutionnels.» Jeremy Wennek et sa famille ont privatisé depuis quelques années la vente de tapis, et les locaux de la place Neuve ont été loués à la chaîne Buddha Bar, puis depuis 2016 au nouveau concept culinaire Duchessa.  

Des ventes en direct

Les origines de la famille de Jeremy Wennek remontent au XVe siècle. Les Wennek-Wilhelm (devenus Wennek), grands industriels d’Amsterdam, sont alors commerçants et collectionneurs de pierres précieuses, qu’ils vendent notamment au shah d’Iran dans les années 1960. C’est ainsi qu’ils côtoient depuis toujours des Iraniens actifs dans le commerce de tapis. Parmi eux, David Moradpour, fondateur de la galerie Persia à Paris, a l’exclusivité du marché iranien et joue un rôle clé comme fournisseur exclusif d’art perse vers l’Occident. Plus tard, son fils Soleyman Moradpour, après avoir créé et fait rayonner Persia Geneva durant plusieurs décennies, transmettra l’exclusivité à la famille Wennek, laquelle l’a aidé dans son développement. Il lui confie sa relève. 

C’est ainsi que Jeremy participe à l’activité dès 1997. Désormais, l’homme d’affaires travaille sur le marché très haut de gamme et sur-mesure, en proposant à ses clients des tapis neufs design en laine ou soie, mais aussi des pièces de collection ayant appartenu à d’aristocratiques propriétaires. Ces pièces uniques peuvent valoir jusqu’à 2,5 millions de francs. «Je représente une famille qui connaît depuis des générations les tapis anciens, ce qui me permet d’avoir un catalogue très exclusif de pièces uniques, explique le Genevois d’origine néerlandaise. Nous fournissons des maisons prestigieuses horlogères, des hôtels de luxe et des villas privées.» 

Et pour ce faire, il n’a plus besoin de locaux. Seulement de showrooms à Genève, Zurich (où se trouve également un entrepôt pour les pièces uniques), New York, aux Pays-Bas et en Angleterre où se tiennent des expositions. Jeremy Wennek produit en Afghanistan, en Inde et en Iran. L’accent est mis sur le conseil aux clients exigeants auxquels il s’adresse. «Le tapis doit créer une harmonie entre les meubles. Il faut saisir les tendances du moment: pastels dans les hôtels, bleus, beiges, et peu de couleurs vives. Les modèles épurés ont la cote. On propose aussi des tapis uniques  du début du siècle dernier», poursuit-il. Il évoque l’individualisation du marché du tapis: un client voudra de la soie, un autre de la laine, et des concepts taillés pour une bibliothèque, un hall d’entrée. En somme, le tapis en 2017 est un vrai luxe.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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