Bilan

«Le meilleur endroit pour vivre? Genève!»

Le milliardaire ukrainien Gennadiy Bogolyubov a quitté Londres début 2017 afin de s’installer près du Léman. Il sort de sa réserve pour Bilan et revient sur son parcours unique.
  • Gennadiy Bogolyubov, simple ingénieur, a bâti un conglomérat, employant plus de 100 000 personnes.

    Crédits: Nicolas Righetti/lundi13
  • A la suite de la privatisation de PrivatBank, il veut «porter plainte contre l’Etat ukrainien».

    Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Gennadiy Bogolyubov est un parfait exemple de «self-made-man». Né en 1962, pur produit de la classe moyenne soviétique, il était un simple ingénieur travaillant sur un chantier dans son Ukraine natale. Dès que les réformes économiques ont offert la possibilité de travailler à son compte, il s’est lancé dans les affaires, devenant très vite millionnaire. Il a réussi à construire un véritable conglomérat, employant plus de 100 000 personnes dont faisait partie la PrivatBank, leader du marché dans son pays. Elle a été nationalisée par l’Etat ukrainien fin 2016, décision que Gennadiy Bogolyubov va contester devant une cour d’arbitrage internationale.

D’habitude très discret et ne parlant pas aux médias, Gennadiy Bogolyubov a été particulièrement généreux de son temps, réalisant plusieurs heures d’entretiens avec Bilan, en russe et en anglais, répartis sur trois semaines, et s’ouvrant sur certains aspects très personnels de sa vie.  

Quelles raisons vous ont-elles poussé à vous installer à Genève?

J’ai d’abord quitté l’Ukraine pour emménager à Vienne, après avoir divorcé de ma première femme en 2006. Deux de mes fils y sont nés. Puis j’ai habité sept ans en Grande-Bretagne, qui offrait de meilleures conditions que l’Autriche. J’y ai encore eu deux enfants. 

Londres est une ville très intéressante et les opportunités y sont importantes. Mais c’est aussi une grande métropole, où le stress est toujours présent. Je suis arrivé à un moment de ma vie où il me fallait plus de calme. Ayant visité Genève à plusieurs reprises, j’ai compris que c’était le meilleur endroit pour vivre. Autant la qualité de vie y est bonne, la taille de la ville est humaine, le système de santé est très performant. Même l’air y est plus frais.

Etes-vous toujours aussi enthousiaste un an après?

Tout à fait. Durant cette période, je me suis fait pas mal d’amis, surtout au sein de la communauté juive. Je suis devenu proche d’un rabbin genevois, qui est un homme extraordinaire. Je me sens vraiment bien ici, et je songe même à acquérir un bien immobilier dans la région.

A vous entendre, on peut dire que votre migration s’est bien déroulée?

Pas totalement. Ma décision de partir a brisé notre couple. Au début de 2017, je suis venu vivre seul à Genève. Mais la séparation avec mes enfants était très douloureuse. Pour cette raison, en octobre, leur mère s’est installée avec eux dans le canton de Vaud. J’ai désormais la possibilité de les voir plus souvent.

A la base, vous êtes un ingénieur venant de Dneprodzerjhinsk, ville industrielle ukrainienne très polluée. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans les affaires?

J’ai commencé par travailler sur la reconstruction d’un complexe métallurgique. En 1986, Mikhail Gorbatchev a lancé ses réformes économiques. L’entreprise individuelle et les coopératives furent autorisées. Je trouvais cela intéressant. Je voulais faire quelque chose de nouveau, construire, rencontrer des gens. En plus, c’est une très bonne charge d’adrénaline.

Depuis 1987, je n’ai plus travaillé que dans le secteur privé. En février 1991 j’ai quitté pour la première fois l’URSS pour me rendre à Singapour. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il existait un autre monde, celui dont je voulais faire partie.  

A quel moment avez-vous décidé d’ouvrir une banque?

En 1992, Sergei Tegibko, ex-chef des Jeunesses communistes de Dniepropetrovsk, voulait ouvrir une banque et avait besoin de capital. Je le connaissais personnellement, et il m’a invité à participer à cette aventure. Nous étions 4 investisseurs en tout. En mars 1992, nous avons reçu la licence bancaire. Tegibko a décidé d’appeler la banque Privat. L’Ukraine était alors devenue un pays indépendant et nous nous développions en parallèle avec le pays.  

Vous aviez aussi d’autres activités?

Nous sommes aussi devenus traders d’acier. Nous exportions l’acier et les produits à base d’acier ukrainien. Et nous importions des produits pétroliers en Ukraine. Ainsi, nous avons créé un groupe intégré verticalement. Nous achetions des stations-service, des entrepôts pétroliers. Lorsque le gouvernement ukrainien a décidé de privatiser la principale compagnie pétrolière du pays, Ukraneft, nous en avons acquis, avec d’autres associés, 40% des actions sur le marché secondaire. Nous avons aussi participé à beaucoup d’offres de privatisation. Vers 2004-2005, nous avions des intérêts dans les secteurs financier, métallurgique, chimique, pétrolier et un peu dans celui de la construction des machines-outils. 

Quels étaient vos principaux critères d’investissement?

Nous n’avions pas de marché libre et ouvert. D’un côté, il y avait la régulation étatique et, d’un autre coté, une très forte corruption. Pour obtenir de bons morceaux des sociétés privatisées, il fallait être proche du pouvoir. Nous n’avons jamais été dans cette position. Pour cette raison, nous devions acheter nos participations sur le marché secondaire. Nous voulions créer des compagnies intégrées verticalement. En Ukraine, pour avoir une influence sur la marche des sociétés, il fallait détenir la majorité des parts. Pour ce faire, nous devions nous associer avec d’autres partenaires pour obtenir le contrôle des sociétés où nous voulions investir. En réalité, nous faisions ce que nous pouvions, plutôt que ce que nous voulions.  

Pouvez-vous parler de vos relations avec Igor Kolomoisky, cet oligarque qui défie Poutine?

Nous collaborons professionnellement depuis 1991, dans de nombreux projets. Nous sommes également des amis proches. En 2014, lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, Igor Kolomoisky a quitté Genève, pour rentrer en Ukraine, où il est devenu gouverneur de la région de Dniepropetrovsk. Il s’est battu de toutes ses forces pour que l’Ukraine reste unie. C’est à ce moment-là que nos soucis ont commencé. Car le pouvoir avait peur de lui. Ils l’ont forcé à démissionner.

Le pouvoir a tout fait pour nationaliser notre banque durant la deuxième moitié de l’année 2016. La PrivatBank était de loin la plus importante en Ukraine. Elle comptait 20 millions de clients et représentait 60% de l’activité bancaire du pays. Ainsi, elle était «too big to fail» pour être fermée, mais les personnes qui sont à la tête de l’Etat voulaient s’en emparer.

Et ils ont réussi à réaliser cette opération? 

En décembre 2016, les autorités ukrainiennes ont finalement nationalisé la banque. En réalité, il s’agissait plutôt d’une expropriation. Nous n’étions pas opposés à une nationalisation, mais voulions que cela soit fait dans des conditions raisonnables, en protégeant les actionnaires et le management. 

L’Etat a fait les choses différemment, ils ont commencé à poursuivre pénalement les managers. 

Quelle était votre réaction?

Pour cette raison, j’ai pris la décision de porter plainte contre l’Etat ukrainien devant une cour d’arbitrage internationale, pour la violation de mes droits d’investisseur. Une convention «Bilateral Investment Treaty», visant à protéger les investisseurs, a été signée entre l’Ukraine et la Grande-Bretagne. Et je vais le faire en tant que citoyen britannique.

Vous êtes très impliqué dans la vie juive...

Quand j’étais petit, les seuls signes qui m’identifiaient en tant que juif et me distinguaient des autres, c’étaient les documents officiels. En URSS, la pratique de la religion était interdite. Et il y avait un antisémitisme d’Etat. Le pouvoir souhaitait l’assimilation totale des juifs. Dans les universités et de nombreuses entreprises, il y avait des quotas pour les juifs. Pour cette raison, je n’ai pas pu étudier dans l’université de mon choix.

Je me suis beaucoup investi dans la communuté juive de Dniepropetrovsk, dont je suis devenu président. En 2011, nous avons construit le plus grand centre communautaire du monde, appelé «Menorah», du nom du chandelier traditionnel juif qui signifie la présence de Dieu. J’ai également créé la Fondation Bogolyubov qui soutient beaucoup différentes causes juives à travers le monde. 

En recoupant plusieurs sources, nous estimons votre fortune à 1,2 milliard de francs. Ce chiffre correspond-il à la réalité?

Je ne ferai pas de commentaire à ce sujet. 

L’intégralité de cette interview sera accessible sur bilan.ch dès le 5 janvier 2018.

Marat Shargorodsky

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