Bilan

«Le débat sur l’eau est très émotionnel»

«Gérer l’eau le plus efficacement possible conditionne la pérennité de Nestlé», affirme le chef des opérations de la multinationale. Il a mis en place des mesures contre le gaspillage.

Magdi Batato: «On ne doit pas opposer eaux en bouteille et eau du robinet.»

Crédits: Dr

L’eau a sa Journée mondiale des Nations Unies tous les 22 mars. Vice-président exécutif et chef des opérations de Nestlé depuis octobre 2015, Magdi Batato, ingénieur EPFL de formation, pilote les usines de l’entreprise agroalimentaire qui sont au cœur de la consommation de l’or bleu.

Cette Journée mondiale de l’eau, une goutte d’eau dans l’océan?

Non. Dans un monde où 700 millions de personnes dans 43 pays souffrent d’un manque d’eau de qualité, cette journée nous aide à sensibiliser les populations, les pouvoirs publics et aussi nos 335 000 collaborateurs sur l’impérieuse nécessité de ne plus gaspiller ce bien vital.

Nestlé n’a-t-elle pas tout intérêt, pour son business, à protéger l’eau?

L’agriculture représente 70% de la consommation d’eau sur notre planète. Sans elle, toute entreprise de transformation des aliments serait vaine. Dès lors, gérer l’eau le plus efficacement possible conditionne la pérennité de Nestlé.  

Quelles mesures avez-vous prises?

De la réduction des captages d’eau directe par tonne de produit au recyclage en passant par la formation des paysans, les mesures sont fort variées. Au sein même de nos usines de production laitière, nous avons par exemple commencé à introduire une technologie «zéro eau». A Lagos de Moreno, au Mexique, une usine pilote réutilise la vapeur d’eau du lait. Nous économisons ainsi 1,6 million de litres d’eau par jour. Cette technologie va être étendue à une vingtaine de fabriques de laitage dans le monde. 

Vous mentionnez la formation des paysans. Que peuvent-ils donc apprendre de Nestlé?

Dans la région du Pendjab au Pakistan, où j’ai séjourné trois ans comme chef de marché, la société a un contact direct avec 170  000 fermiers à qui elle achète du lait. Nous avions constaté que ces derniers attachaient leurs vaches en plein soleil, lesquelles étaient dans l’incapacité de s’abreuver à leur guise. Nous avons aidé ces paysans à investir dans des abris, à proximité de plans d’eau. Du coup, la production laitière de ces vaches, alors insuffisante pour nourrir une famille de paysans, a sensiblement augmenté. 

De petits investissements pour de grands résultats?

En effet. Toujours au Pendjab, nous avons réalisé sept installations de filtration de l’eau autour de nos usines. Quelque 35  000 personnes en profitent gratuitement. Nous avons enseigné aux villageois comment entretenir ces filtres. Cette initiative s’inscrit dans un programme plus large initié par le gouvernement, via un memorandum of understanding (mémorandum d’entente) avec le Fonds mondial pour la nature (WWF).

Il a vivement été reproché à Nestlé d’épuiser les nappes phréatiques, notamment en Californie, un Etat qui a souffert de sécheresse durant ces cinq dernières années. Comment recevez-vous ces critiques?

Les eaux souterraines que nous puisons en Californie, enrichies de minéraux, ne représentent qu’une infime partie des nappes phréatiques. Ce débat est très émotionnel. On ne doit pas opposer eaux en bouteille et eau du robinet. Autour de l’eau s’articulent deux questions essentielles. La première reste celle de l’hydratation des populations et de leur accès à l’eau. La seconde est celle du respect des futures générations. Individuellement et collectivement, nous devons agir pour que nos enfants et leurs petits-enfants puissent vivre sur une planète où l’eau serait en quantité suffisante pour tous. 

Philippe Le

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