Bilan

«La parité entre hommes et femmes doit devenir une évidence»

Après avoir cofondé la start-up Knip, Christina Kehl a pris la tête l’association suisse des start-up financières. Cette entrepreneuse s’exprimait au Female Founder Summit, à Zurich.

Christina Kehl encourage les femmes à se rendre davantage visible dans l'entreprenariat.

Christina Kehl a lancé en 2014 l’association des start-up suisses de la finance (SFS), un lobby dont elle est la directrice depuis 2016. La SFS réunit aujourd’hui une centaine de start-up, auxquelles s’ajoutent une cinquantaine de partenaires issus du monde de la finance. Cette dynamique Allemande est aussi la cofondatrice de Knip, une start-up qui a développé une application pour gérer les assurances des particuliers. Installée à Zurich depuis trois ans, elle s’exprimait lundi dans la métropole alémanique lors de la deuxième édition du Female Founder Summit organisée par l'association Womenway. L’événement a réuni quelque 300 de femmes du milieu de l’entreprenariat. Christina Kehl répond aux questions de Bilan.

Les femmes entrepreneurs sont-elles nombreuses dans le domaine de la fintech ?

Christina Kehl: Les femmes sont de plus en plus visibles dans cette branche mais toujours trop rares. Il y a toujours eu des entrepreneuses et des pionnières qui ont développé des idées innovantes mais elles ont toujours été sous-représentées. C’est pourquoi je soutiens une plateforme comme le Female Founder Summit. A terme, nous devrions lentement arriver à un point où les femmes représentent la moitié des individus impliqués dans ce secteur. La parité ne doit plus être considérée comme une exception mais comme une évidence.

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Dans la Silicon Valley, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer un microcosme majoritairement masculin et blanc qui exclut les minorités. Quelle est votre opinion à ce sujet?

Je n’ai jamais été active en Californie mais j’ai accumulé des expériences dans des hub de start-up à Berlin, Londres, Helsinki et ici en Suisse. Partout où l’on applique une politique de diversité, j’ai pu constaté que c’était bénéfique autant pour l’équipe que pour l’entreprise. En tant qu’entrepreneuse, c’est une responsabilité de recruter selon ce principe. C’est aussi une chance de pouvoir bâtir une start-up selon ses propres conceptions et valeurs pour déployer des structures qui favorisent l’autonomisation des collaborateurs.

Les femmes entrepreneuses rencontrent-elles des difficultés particulières, notamment pour trouver des investisseurs?

Les femmes sont encore moins présentes chez les investisseurs que chez les entrepreneurs. Une situation qui n’a rien de favorable pour les femmes qui lancent des entreprises. En ligne de fond, il s’agit surtout d’obtenir davantage de visibilité. Les femmes sont des entrepreneuses, des investisseuses, des cheffes. Elles doivent croire en elles et se montrer afin que leur présence devienne la normalité.

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La Suisse offre-t-elle un environnement favorable aux start-up de la fintech?

Je constate un manque de détermination et une tendance à se reposer sur ses lauriers. La Suisse bénéficie d’excellentes conditions de base avec une économie forte, une place financière historique, des universités de pointe et de bonnes relations internationales. De courageux entrepreneurs ont identifié ces avantages et ont pris des initiatives. Mais ils ne sont pas assez soutenus. Ils restent considérés comme de jeunes chiens fous. Ce n’est pas suffisant. Nous sommes aujourd’hui entrés de plain-pied dans l’ère digitale. La Suisse devrait maintenant se saisir de ce thème et définir des priorités.

Quel conseil donneriez-vous aux entrepreneuses?

Ce serait le même pour les hommes comme pour les femmes. En tant qu’entrepreneur, vous êtes celui qui transmet un ADN au produit, à l’équipe et à l’entreprise. Pour moi, il est donc crucial de m’investir à 100% dans ce que je fais et de m’y reconnaître.

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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