Bilan

«J’ai l’avantage de faire ce que je veux»

Autodidacte, Bernard Magrez est aujourd’hui l’un des plus grands propriétaires de domaines viticoles du monde. Rencontre au Château Pape Clément, dans la région bordelaise.

«On ne m’a jamais fait de cadeau. Pourquoi est-ce que j’en ferais?»

Crédits: Dr

Bernard Magrez est un personnage qui détonne dans le microcosme bordelais. Parti de rien, il est non seulement aujourd’hui à la tête d’une quarantaine de vignobles à travers le monde – de l’Argentine au Japon  – mais il est également le seul propriétaire de quatre grands crus classés à Bordeaux: Château Pape Clément, Château Fombrauge, Château La Tour Carnet et Clos Haut-Peyraguey.

Il vient par ailleurs de réinvestir en Chine, un pays qu’il connaît très bien puisqu’il s’y rend cinq fois par année. Il fut l’un des premiers étrangers à acheter un vignoble dans l’Empire du Milieu il y a près de vingt ans avant de le revendre. «Non seulement le pays a des terroirs extraordinaires, comme à la frontière du Tibet, mais je suis certain que d’ici à deux ou trois ans, tous les restaurants Michelin en Europe auront un ou deux vins chinois à la carte.» 

Pionnier de l’œnotourisme

Visionnaire, Bernard Magrez l’a aussi été en développant depuis longtemps une offre œnotouristique à Bordeaux. Son entreprise Luxury Wine Experience propose ainsi des séjours sur mesure, entre terre et mer, vignobles, demeures historiques, art vinicole et gastronomie. Il a par ailleurs pris une participation en 2016 dans la compagnie fluviale Bordeaux River Cruise qui réalise des croisières autour du vin. A la tête de plusieurs hôtels moyens de gamme, l’épicurien est aussi propriétaire de la Grande-Maison, un établissement cinq étoiles comprenant un restaurant doublement étoilé dirigé par le chef Pierre Gagnaire.

A 81 ans, celui qui est à l’affût d’opportunités de business en France et à l’étranger investit dans de nombreuses start-up, principalement dans le secteur du vin. Parmi celles-ci, B-Winemaker qui propose des ateliers d’assemblage du vin où chacun repart avec sa bouteille personnalisée de sa propre cuvée. Ce grand ami de Gérard Depardieu – à qui il a racheté ses parts dans un vignoble dans le Languedoc-Roussillon en début d’année – vient par ailleurs de lancer un rosé en partenariat avec le chef étoilé Joël Robuchon. 

Quel est donc le moteur de ce personnage charismatique qui utilise principalement son intuition dans ses choix d’acquisition? «J’ai eu des débuts très difficiles avec mon père qui m’a mis à la porte à l’âge de 13 ans.» Pour lui, il s’agit donc d’une revanche sur la vie. Il évoque des souvenirs douloureux de son enfance, comme une feuille agrafée sur son dos par son patriarche avec l’inscription «Je suis fainéant» pour se rendre à l’école, qui ont forgé son caractère. 

700 millions d’euros de patrimoine

L’autodidacte a ainsi commencé par un apprentissage de scieur de bois dans les Pyrénées, où il croisera un certain François Pinault – les deux font partie, aujourd’hui, de la même obédience maçonnique –, avant de réaliser de petits boulots et de monter par la suite son premier business dans le vin et les spiritueux. Aujourd’hui, celui dont la fortune est estimée par le magazine Challenge à 700 millions d’euros est propriétaire à 100% de son groupe. «J’ai l’avantage de faire ce que je veux. Je n’ai jamais eu de compte à rendre à des actionnaires.» Connue pour être dur en affaires, cette forte personnalité ne fait pas de cadeau. «On ne m’en a jamais fait, pourquoi j’en ferais?»

Le secret de sa forme? «Je ne dors pratiquement pas la nuit. J’écris, je réfléchis à des idées de business et je lis beaucoup de recueils philosophiques grecs qui me donnent une vision de la vie différente.» En quête du chemin de la vérité, le sage applique les quatre vertus cardinales. Collectionneur d’art et mécène à ses heures, Bernard Magrez finance une fondation privée qui soutient la culture. Il prête également son Stradivarius au premier violon du quatuor Pape Clément. 

«Je suis contre les destins cruels. Ceux qu’enfant, nous n’avons pas choisis.» Méfiant envers tout le monde, le Bordelais ne s’entend qu’avec des gens qui ont souffert dans leur vie, tout comme lui. «Ça forge un caractère, mais au final, ça rend la vie plus belle.» 

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