Bilan

390 millions d’abeilles et un Fribourgeois

Etabli en Nouvelle-Zélande, Raphael Knopf élabore 5% de la production mondiale de miel de manuka, un produit rare aux propriétés médicinales uniques. Rencontre en Suisse.

La famille Knopf espère produire à terme entre 120 et 200 tonnes de miel.

Crédits: Dr

C’est l’histoire d’une success story familiale comme on les aime. Parti de rien, le Fribourgeois Raphael Knopf, agriculteur et charpentier de formation, est aujourd’hui à la tête de l’une des plus grandes entreprises de production de miel de manuka en Nouvelle-Zélande. Ce «nectar des dieux», dont la réputation n’a cessé de croître à la suite de différentes études scientifiques, est reconnu pour ses propriétés antiseptiques, antibactériennes et cicatrisantes. En Europe, ce miel se vend entre 160 et 240 euros le kilo. Il est utilisé principalement pour soigner les polyarthrites, les staphylocoques dorés et les inflammations.

C’est à l’âge de 22 ans que le jeune Fribourgeois dépose ses valises dans ce pays de 4,8 millions d’habitants du sud-ouest Pacifique, après un tour du monde en quête de sens à donner à sa vie professionnelle et privée. Passionné depuis tout petit par la nature et les animaux, Raphael Knopf travaille d’abord comme employé agricole dans une exploitation du nord de l’île. Il acquiert, quelques années plus tard, ses propres vaches puis une ferme laitière et produit comme hobby du fromage (mozzarella, feta, parmesan, fromage à raclette) et de la charcuterie.

Après le krach boursier de 2008 – qui aura comme conséquence directe une chute du prix du lait de 50% – et quelques remous avec son partenaire, Raphael quitte la ferme, revendue quelques mois plus tard. S’ensuit un parcours du combattant qui l’amènera à suivre une formation d’apiculteur et se lancer dans ce business à 100%.

C’est avec l’aide de son père Jean-Baptiste, un autodidacte qui dirige une société d’importation de matériel de chauffage à Avenches (VD), qu’il rachète ses premières ruches et commence à produire du miel de manuka. Cet arbre pousse à l’état sauvage sur une terre volcanique, principalement en Nouvelle-Zélande et en Australie. La floraison ne dure qu’un mois et demi, aussi faut-il produire ce miel en un temps record, ce qui explique son coût élevé. En 2013, la famille crée la société Knopfhoney et cherche des investisseurs pour élever des milliers de ruches.

Aujourd’hui, les Knopf sont à la tête de 6500 ruches, soit 390 millions d’abeilles. Ils possèdent également 5 000 m² de halles qui permettent de stocker près de 600 palettes de miel, du matériel et des véhicules. Tout est produit à 100% par la société familiale excepté la mise en pots. Encouragés par leur succès, les Knopf envisagent de créer et d’élever d’autres ruches d’ici au mois d’avril, portant le total à 8000 (soit 450 millions d’abeilles). L’entreprise d’une vingtaine de collaborateurs détient plus de 200 contrats de location de terre sur une surface de 36 410 km², ce qui représente 32,01%
de la surface de l’île du nord. 

Cette année, les Knopf vont homologuer le label Knopfhoney en Nouvelle-Zélande et produiront à terme entre 120 et 200 tonnes de miel, afin de le commercialiser en pots en Suisse, puis en Europe. En général, plus la teneur en manuka est élevée, plus le prix augmente. «Le manuka est l’avenir car les antibiotiques n’auront bientôt plus d’effets sur les êtres humains, soutient Jean-Baptiste Knopf. Nous mangeons, avec mon épouse, 20 kg de miel par an et ne sommes jamais malades. Mon fils en consomme, lui, un kilo par semaine.»

Estimée entre 28 et 36 millions de francs

Les Fribourgeois fabriquent, pour l’heure, environ 5% de la production mondiale de miel de manuka. Toute leur production est actuellement rachetée par une entreprise locale qui la commercialise pour la consommation privée et le secteur médical. Depuis quelque temps, les Knopf reçoivent régulièrement des offres d’investisseurs, notamment japonais, pour le rachat de leur entreprise. «On nous a offert 5 à 10 fois le montant de la valeur investie au départ pour les 100% de la société», se réjouit le propriétaire qui entend, quoi qu’il advienne, rester majoritaire de sa manufacture qui est estimée aujourd’hui entre 40 et 50 millions de dollars néo-zélandais (soit entre 28 et 36 millions de francs) selon son fondateur. 

Chantal Mathez

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