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Yvan Perrin rattrapé par le burn out. Les conseils des pro

Déjà victime d'un burn out en 2010, le conseiller d'Etat neuchâtelois est en arrêt maladie une durée encore indéterminée. Un mal plus répandu qu'on ne le pense. Que faire pour éviter la casse.

La vulnérabilité de l'UDC Yvan Perrin face au stress était déjà connue lors de la campagne pour l'élection au Conseil d'Etat neuchâtelois.

Des inquiétudes sur l'état de santé d'Yvan Perrin ont été relayées par la presse cette semaine depuis son apparition en public samedi dernier au Locle, pour les festivités du 1er mars. Le ministre n'était "pas dans sa meilleure forme", selon un euphémisme du site Arcinfo. L'UDC a endossé sa charge de conseiller d'Etat au gouvernement neuchâtelois en 2013 alors que sa fragilité face au stress était connue. Déjà victime d'un burn-out en 2010, il annonce aujourd'hui un congé maladie pour une durée indéterminée. 

Incertitude, tension, psychose du licenciement, mauvais résultats, tous les actifs connaissent ces épreuves. Il en résulte une crispation générale qui peut représenter un terreau fertile pour la multiplication des burn out. «Les périodes de crise et d'incertitude sur le plan économique représentent un facteur de stress supplémentaire pour les employés, confirme Nicola Gervasoni, directeur médical de la Clinique psychiatrique La Métairie,à Nyon. «Certains ont tendance à se surinvestir dans le travail pour protéger leur poste et faire bonne impression auprès de la hiérarchie. La peur prend le pas sur la raison et ces gens se plongent corps et âme dans leur activité professionnelle jusqu'à la perte de contrôle émotionnelle et physique."

C'est là qu'intervient la cassure, communément qualifiée de burn out. Loin d'être un risque anodin, cette maladie étroitement liée au travail peut vite engendrer des conséquences psychiatriques encore plus graves comme les troubles anxieux, la dépression ou la dépendance à l'alcool, à la drogue ou à toute autre substance. Sans soins adéquats, la personne touchée par un burn out risque de se retrouver du jour au lendemain en arrêt de travail complet pour plusieurs mois. Et en période de crise, cette situation n'est ni profitable pour la personne concernée ni pour son entreprise qui a besoin de toutes les forces vives. Il s'agit d'éviter à tout prix ce risque en suivant quelques conseils simples.

Reconnaître les signes annonciateurs 

Selon Nicola Gervasoni, plusieurs éléments cumulés peuvent être considérés comme des signes annonciateurs d'un burn out. La surimplication dans son activité professionnelle, la multiplication des heures de présence au bureau, la dépendance à son iPhone ou le délaissement familial sont quelques exemples. Si, dans le même temps, la personne concernée se plaint inhabituellement de maux de dos, de nuque, de tête ou d'autres parties du corps, le risque n'en est que plus fort. Enfin, si cette personne se montre particulièrement irritable et perd son contrôle émotionnel à la moindre contrariété, la probabilité d'être confronté à un burn out devient de plus en plus évidente.

«C'est exactement ce qui m'est arrivé», explique Mathieu, 34 ans, patron d'une PME vaudoise de 30 personnes dans le domaine technologique. «Je m'énervais pour un rien et mes préoccupations professionnelles me poursuivaient sans arrêt, même la nuit. Cela jusqu'au jour où, pendant une longue séance de travail difficile, mon cerveau a soudainement décroché. D'une seconde à l'autre, je n'avais plus rien à faire de mon travail alors que l'instant auparavant je m'énervais sur tout. Je suis resté assis sur ma chaise bouche bée pendant près d'une heure, comme débranché. Le lendemain, en retournant au travail, j'ai allumé mon PC et je suis resté immobile devant l'écran, sans pouvoir faire le moindre geste. J'étais devenu totalement inutilisable.»

Son médecin a directement diagnostiqué un burn out sévère. Six mois d'arrêt total de travail plus tard, loin de toute source de stress ou de contrariété, Mathieu s'apprête à reprendre son poste de patron, mais à 20% seulement pour commencer. «Comme beaucoup de gens, j'avais un sourire en coin en apprenant qu'une personne était en arrêt de travail pour cause de burn out, je n'aurais jamais soupçonné la lourdeur de cette maladie. Et sincèrement, je m'en veux car le plus dur, c'est justement d'affronter les regards de ces gens qui ne comprennent pas.»

Pour Nicola Gervasoni, repérer un burn-out imminent est d'autant plus difficile que certains signes, comme la soudaine surimplication au travail, sont logiquement considérés par les patrons d'entreprise comme des signes positifs, surtout en temps de crise. Or, tout changement d'attitude important devrait susciter immédiatement le questionnement et l'observation attentive des proches et des collègues qui devraient pouvoir dire stop.

Prendre l'initiative de parler à un collègue en difficulté

Il s'agit là d'un conseil crucial, car les victimes de burn out n'arrivent pratiquement jamais à diagnostiquer le mal qui les ronge, sauf en cas de rechute. Barbara, 45 ans, cadre dans une multinationale américaine à Genève, n'a rien vu venir malgré des symptômes très marqués. «Je me levais la nuit à 4 heures du matin pour travailler, j'étais obnubilée par mes dossiers, fatiguée, agressive, asociale, victime de fibromyalgie, je baignais dans l'urgence au quotidien. Et ce n'est que lorsque j'ai commencé à vomir tous les matins avant de partir au bureau que j'ai pris rendez-vous chez mon généraliste. Il m'a tout de suite diagnostiqué un burn out alors que je n'y aurais jamais songé.»

Le service des ressources humaines avait pourtant communiqué sa volonté d'atteindre le «zéro burn out», en encourageant les collaborateurs à parler à leur supérieur en cas de surchauffe. Mais, au quotidien et dans une période de crise, qui oserait demander à son chef de baisser ses objectifs pour cause de stress intense? Personne, déplore Barbara. Crier à l'aide s'avère encore plus difficile pour les personnes responsables d'une équipe, sur lesquelles la direction compte pour motiver les troupes et montrer l'exemple.

Dans ces situations, ce n'est qu'une fois la cassure intervenue que vous comprenez, a posteriori, tous les signes qui auraient dû vous alerter. Mais c'est trop tard. Barbara entame son quatrième mois d'arrêt de travail et ne se sent plus du tout capable de revivre cette folie quotidienne. Pour elle, l'avenir passera certainement par une réorientation de carrière «loin du stress exogène typique des entreprises cotées en Bourse. Là où le souci de rentabilité financière à court terme peut, paradoxalement, condamner les intérêts de l'entreprise à long terme sur le dos de l'intégrité psychique et physique des collaborateurs.»

De la responsabilité des dirigeants

Difficile pourtant de demander à des chefs d'entreprise de ne mettre aucune pression sur leurs équipes. «Ce serait tout faux, estime Nicola Gervasoni. Le stress n'est pas forcément négatif en soi, il participe même à booster les performances professionnelles. Mais trop de stress tue ses aspects positifs. Des systèmes très gratifiants comme le salaire variable fonctionnent bien en période de haute conjoncture, mais quand la crise s'installe, et avec elle une pression accrue sur les épaules des collaborateurs, ils renforcent encore le stress du collaborateur. En effet, voir son salaire couper de moitié, c'est risquer de ne plus pouvoir payer son hypothèque, son leasing ou la crèche des enfants. Et cela peut accélérer la chute vers le burn out. «C'est pourquoi les entreprises doivent réduire la part d'incertitude, surtout sur le salaire, explique Nicola Gervasoni. Concrètement, cette part variable devrait être suffisamment limitée pour ne pas avoir d'incidence sur le mode de vie des salariés dans les périodes de crise.»

Pour le spécialiste, tous les corps de métier et toutes les positions hiérarchiques sont touchées. La seule vérité empirique sur le burn out, c'est que les personnes qui se sentent satisfaites par leur travail ont beaucoup moins de chance d'être touchées par ce problème, même confrontées au stress. Attention alors de ne pas peser encore plus sur le moral des troupes en temps de crise en supprimant tous les aspects agréables et les avantages offerts au personnel, car ce calcul pourrait s'avérer coûteux en dégâts collatéraux dans les mois à venir.

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