Bilan

Wider, l’essor colossal d’une PME familiale

André Wider a su faire prospérer la menuiserie léguée par son père bien au-delà des frontières suisses. Rencontre avec un patron discret qui travaille pour le bonheur de l’humain.
  • André Wider a repris en 1997 les rênes de la PME fondée par son grand-père en 1948.

    Crédits: Olivier Evard
  • Réalisés par Wider: une maison contemporaine à La Neuveville, et l’Hôtel Palafitte à Neuchâtel.

    Crédits: Bureaux d’architecture atelier oï et Kurt Hofmann
  • Réalisés par Wider: une maison contemporaine à La Neuveville, et l’Hôtel Palafitte à Neuchâtel.

    Crédits: Bureaux d’architecture atelier oï et Kurt Hofmann

André Wider est à la fois immense et discret. Dans son showroom de Crissier, il déambule tranquillement, cheveux mi-longs et barbe de trois jours, pour nous montrer une partie du travail de Wider, son entreprise d’agencement, ébénisterie et menuiserie. Essentiellement des cuisines et des salles de bains dans cet espace-là, mais des créations partout dans le monde pour des privés ou des entreprises (Breitling, Swatch Group…). 

La rénovation de toutes les chambres du Beau-Rivage Palace à Lausanne, c’est lui. Le sublime plafond en vieux sapin, au spa de l’Alpina à Gstaad, encore lui. La rénovation de l’Auditorium Stravinski à Montreux sur mandat d’un acousticien, aussi.

Et s’il s’est fait un nom dans le monde de l’horlogerie et de l’hôtellerie de luxe, le patron de cette entreprise familiale n’oublie pas d’où il vient. «Il faut être capable de s’occuper des gens chez soi. Sinon, comment voulez-vous réaliser des projets à l’autre bout du monde?» Ses mandats peuvent aller de 5000 francs pour des particuliers à des chantiers de 2 à 3 millions de francs. Bref, de la rénovation d’une cuisine à Prilly à l’agencement d’une boutique horlogère à Tokyo.

Sa clientèle se situe, pour un tiers, dans le domaine du luxe et, pour deux tiers, dans un secteur plus général (maisons, bureaux, boutiques). «Chaque meuble est unique ou fabriqué à très petite échelle, explique André Wider. Derrière chaque ordinateur, il y a un vrai pro, un artisan qui connaît les réactions du bois, les essences.»

Lorsque Waldimir, le père d’André Wider, a repris l’entreprise du grand-père Willy en 1962, ils n’étaient que quatre. En 2004, la PME de Clarens, fondée en 1948, comptait une cinquantaine de salariés. Et aujourd’hui, ce sont plus de 200 collaborateurs fixes et une quarantaine d’externes qui élaborent, poncent, rabotent, mesurent, calculent, gèrent, installent, portent la société à bout de bras.

«Ce qui me fait me lever le matin, c’est d’avoir des employés, des ouvriers. Je suis fier de pouvoir faire vivre des gens en Suisse. Quand j’ai repris la boîte en 1997, ma première responsabilité a été d’amener du travail à mes employés. Mon père m’a dit: «Va chercher des clients.» Ce qui n’était pas évident, car je n’étais pas formé pour le commercial. La prise de pouvoir dans une PME familiale, ce n’est pas seulement «tiens, mon fils, reprends les rênes», mais c’est quand le fils trouve ses propres clients.»

Non seulement André Wider a parfaitement négocié le virage, accompagné de son fidèle bras droit Patrice Fortini (directeur de l’usine de Montreux), mais il a donné une ampleur folle à la petite entreprise d’ébénisterie de base. A commencer par le rachat, en 2004, de l’ébénisterie Guillon et Pictet. Ce qui a ouvert une capacité commerciale sur Genève, chapeautée par Eric Stoudmann.

Puis, en 2006, il reprend les actifs de la menuiserie Mercier à Tolochenaz. «Les architectes attendent souvent que l’on propose menuiserie et ébénisterie, qui sont deux métiers différents. Cela nous a permis d’offrir des services plus larges. J’ai engagé Jacques Menoud pour s’occuper de la structure Wider Morges.»

50 millions de chiffre d’affaires

La société traverse la crise de 2008 sans trop de dégâts. Mais «on a souffert», admet André Wider. Suite à cet événement, il s’entoure d’un responsable des infrastructures, d’un responsable ressources humaines et d’un contrôleur de gestion. «Je me suis dit qu’il nous fallait des showrooms. J’ai décidé de chercher une société qui avait déjà cette structure-là. Et je suis tombé sur Cuisine Art, que j’ai rachetée en 2010 pour un franc symbolique, avec toutes les dettes.»

Malheureusement, sur ce coup-là, les mauvaises surprises sont au rendez-vous. Cuisine Art, malgré les apparences, perd 800 000 francs par an, et la réputation auprès de la clientèle est mauvaise. «J’aurais dû interroger les clients. Quand une boîte perd de l’argent, c’est en profondeur, c’est structurel. Aujourd’hui, on commence à sortir la tête de l’eau!» André Wider se laisserait-il facilement piéger par son caractère de saint-bernard? «On m’a déjà dit que j’avais cette tendance… Quand quelqu’un a besoin d’aide, j’ai envie de l’aider à remonter. Mais il faut que ça marche. Chaque franc, c’est de la vis, de la colle. Je ne suis pas un rêveur!»

Après l’ouverture d’un bureau à Paris en 2011, et le rachat de Face Intérieur en 2012 (mobilier et luminaires), Wider devrait se stabiliser. Et traverser ces prochaines années à «mettre de l’huile dans les rouages». Avec un chiffre d’affaires d’environ 50  millions de francs suisses en 2013, le big boss peut dormir tranquille, même s’il précise que l’argent n’est pas son moteur. «Je ne me rends pas vraiment compte de ce que j’ai réussi à faire.»

Attentif et prévoyant, il vient de créer un conseil d’administration, qui l’aide à réfléchir, notamment à «l’après-André». Peu de chance toutefois que l’entreprise reste familiale. Ses filles, Nadège (16 ans) et Sandrine (19 ans), ne sont pas sur les rails comme il l’était lui-même, déjà très jeune, à tel point qu’il ne s’est jamais imaginé faire autre chose dans sa vie! Et, à bientôt 50 ans, il continue d’être animé par cette passion. «J’ai toujours été motivé à travailler avec mon père. On n’a jamais eu de conflit, il m’a toujours fait confiance.» Et avec raison.

Camille Destraz

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