Bilan

Wenger, bon gérant ou mauvais coach?

Arsenal a beau être l’un des cinq clubs les plus riches du monde, les titres lui échappent. Autrefois révolutionnaires, les méthodes de son entraîneur français sont aujourd’hui contestées.
Arsène Wenger. L’Alsacien de 63 ans semble avoir perdu son «flair». Crédits: Glyn Kirk/AFP

Arsène Wenger est sans doute le seul manager de football à posséder une licence universitaire en économie, mais cela pourrait paradoxalement lui coûter son poste de manager d’Arsenal, qu’il occupe depuis 1996. Eliminé de la Ligue des champions par le Bayern Munich dès les 8es de finale, le club londonien est assuré de boucler une huitième saison consécutive sans titre.

Après onze trophées glanés entre 1998 et 2005, le sevrage est sévère pour des supporters qui paient les abonnements les plus chers du pays (1164 francs pour les plus mauvais sièges). «Investissez, bon sang!», ont-ils crié après une énième déception contre le rival de Chelsea. Le club posséderait en effet 217,5 millions de francs de trésorerie. Récemment, un édito du journal The Times leur a donné raison.

«Quand la suprême ambition de l’un des cinq clubs les plus riches du monde est de viser la troisième place de son championnat, c’est qu’il y a un problème quelque part.»

Si Arsenal n’a plus gagné de titre depuis 2005, la cassure est antérieure. Elle date de l’arrivée de gros investisseurs à Chelsea (Roman Abramovich en 2003), Manchester United (la famille américaine Glazer en 2005) et Manchester City (un fonds d’investissement d’Abu Dhabi en 2008). Parallèlement, Arsenal lançait en 2004 la construction d’un nouveau stade qui lui imposa de céder ses meilleurs joueurs pour un montant total cumulé de 382 millions de francs.

Second entraîneur étranger admis en Angleterre, Arsène Wenger fut le premier à s’y imposer. Le Français posa les bases d’une révolution culturelle, introduisant la mondialisation, la diététique, l’étude statistique. Sa stratégie: miser sur les jeunes. Un jeune talent coûte cher à l’achat mais son salaire est modeste et vous payez pour ce qu’il va accomplir, pas pour des performances passées. 

La fuite des joueurs

Aujourd’hui, l’Emirate Stadium rapporte au club 4,3 millions de francs de bénéfices nets à chaque match, mais Arsenal continue de perdre ses meilleurs joueurs. Et là où il vendait des stars trentenaires surcotées il doit désormais laisser partir des joueurs dans la force de l’âge.

Ceux qu’il recrute ne connaissent pas la même réussite que Nicolas Anelka, Cesc Fàbregas ou Robin van Persie (tous découverts par Wenger) mais sont très bien payés. Soucieux de bien rétribuer tous ses employés, il a validé une masse salariale de 200 millions de francs, sans rapport avec la valeur réelle de son capital joueurs. Johan Djourou, le défenseur suisse prêté depuis le début de l’année à Hanovre, était ainsi l’un des joueurs d’origine africaine les mieux payés d’Angleterre alors qu’il ne jouait pratiquement pas.

L’Alsacien de 63 ans semble avoir perdu son «flair». Mais le flair de Wenger, c’était peut-être David Dein, ancien vice-président d’Arsenal, démissionnaire en 2007. Dein était l’homme d’affaires, le négociateur, moins stratège mais plus fonceur. Livré à lui-même, sans contradicteur, Arsène Wenger préfère nourrir une paranoïa naissante qu’entretenir son sens de l’autocritique.

Les observateurs s’inquiètent surtout de retrouver toujours les mêmes défauts et les mêmes erreurs: fragilité physique et mentale, naïveté tactique. Droit dans ses bottes, le Français mise sur l’introduction prochaine du fair-play financier pour dépasser ceux qui se livrent selon son expression au «dopage économique». Un parti pris risqué.

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