Bilan

Vontobel peut acquérir une cible entre 5 et 15 milliards

La banque privée zurichoise connaît la croissance dans le private banking sur le marché helvétique. Elle mise aussi sur la qualité de ses plateformes technologiques.
  • Après avoir publié de bons chiffres pour le 3e trimestre 2016, le groupe bancaire fait le point sur sa stratégie.

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  • Zeno Staub se réjouit notamment du renforcement du partenariat de Vontobel avec le réseau des banques Raiffeisen.

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  • Directeur de Vontobel Genève, Lionel Pilloud continue d'engager des gérants de fortune pour la place romande, alors que nombre de concurrents souffrent dans ce domaine.

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La banque Vontobel voit ses actifs sous conseil progresser sur neuf mois, pour atteindre 143,7 milliards de francs à fin septembre. Avec le rachat, annoncé fin juin, de Vescore, un asset manager actif dans les stratégies d’investissement quantitatives, la profitabilité de l'établissement zurichois reste bonne sur le marché institutionnel. «Vescore nous a permis de renforcer notre position sur le marché allemand», souligne Zeno Staub, CEO de Vontobel venu en visite à Genève jeudi. «C’est un marché complexe, avec d’importants besoins locaux, qui nous met au défi d’élaborer des solutions individuelles», résume-t-il. A cet égard, Vontobel indique aussi que sa position se renforce sur le marché institutionnel suisse, notamment à travers son partenariat élargi avec le réseau de banques Raiffeisen, dont elle assure la gestion des fonds de placement et des mandats institutionnels. «Avec un réseau comme celui des banques Raiffeisen, qui ont 3,5 millions de clients suisses, nous avons des informations sur l’épargnant typique en suisse, et connaissons son besoin de diversification, auquel les solutions multi-asset class s’avèrent adaptées», souligne Zeno Staub.

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Si la gestion de fortune se porte bien elle aussi, c’est en particulier grâce au marché suisse. «Nous continuons d’engager des gérants de fortune, y compris à Genève», indique Lionel Pilloud, directeur de Vontobel Genève. Il fait part d’une hausse de près de 20% des avoirs sous gestion sur neuf mois, de ce côté de la Sarine, grâce notamment à l’acquisition de grandes fortunes individuelles et de family offices, suite à une politique de recrutements de talents bien sélectionnés, qui semble porter ses fruits.

Des revenus affectés par les taux négatifs

Les revenus de la banque qui a son siège à la Gotthardstrasse (ZH) et des bureaux à la rue du Rhône (GE) sont, comme pour le reste du secteur financier, affectés par les taux d’intérêt négatifs, souligne cependant Zeno Staub. Dans l’asset management, le troisième trimestre a connu des sorties nettes, en raison du contexte peu propice aux stratégies axées sur la qualité et sur la sélection de titres. «Un marché porté par les assouplissements quantitatifs, avec des clients inactifs, et trop de liquidité, n’est pas très positif pour nous. Les clients sont prudents, la rétention de cash est très importante. Nous tablons sur une hausse des taux de la Fed de 25 points de base en décembre, qui, je l’espère, signalerait aux investisseurs une tendance haussière des taux», indique le CEO du groupe.

Pour autant, le Zurichois reste attaché à une stratégie d’investissement axée sur la qualité, qui exclut les hedge funds et le private equity (proposés par la banque à ses clients, mais sur mandats extérieurs). Malgré les conditions peu favorables des marchés, l'asset management a attiré 2,9 milliards d’argent frais sur neuf mois.

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Si le marché des produits financiers, dans lequel Vontobel occupe traditionnellement une forte position, est généralement desservi par la très faible volatilité actuelle (16% de volatilité à trois mois), des solutions continuent d’attirer les clients. «Nous voyons des volumes en hausse dans les produits structurés qui misent sur des thèmes, des stratégies, et dans les certificats à gestion active», indique Lionel Pilloud, qui évoque en autres les «hauts dividendes», les «marchés émergents», «fixed income». «Les gérants apprécient ces produits qui leur permettent de jouer un thème sans devoir opérer des transactions individuelles. Dans un environnement de taux bas, les produits tels que «dual currency Note» ou «Credit Linked Notes» peuvent être une alternative au cash, des cash ersatz en quelque sorte», résume Lionel Pilloud. Vontobel a par ailleurs émis depuis juillet un certificat sur le bitcoin à la bourse suisse. Le tracker permet aux investisseurs suisses de participer à l'évolution du cours du bitcoin contre le dollar.

La solution de la personnalisation

La possibilité pour l’investisseur de créer son produit structuré selon ses besoins offre aussi un marché porteur pour la banque. En Allemagne, Vontobel a créé mein-zertifikat.de. Sur ce site, l'investisseur peut concevoir son produit, puis en commander la production à Vontobel ou à un autre émetteur, pour ensuite l’acheter sur la bourse allemande. «La personnalisation des produits à des prix industriels, c’est l’avenir, estime Zeno Staub. Donner le pouvoir à l’utilisateur, et regrouper les fournisseurs de produits au service du consommateur, c'est la direction que prend le marché à l'heure actuelle, et il faut l'accompagner». Vontobel veut introduire ce type de services en Suisse aussi.

Dans la même lignée s’inscrit la communication digitale performante que le CEO du groupe estime indispensable entre le client et son chargé de relation: «Même un client qui nous confie un mandat discrétionnaire voudra avoir un accès direct à ses données pour suivre en tout temps son compte et les marchés, cela va aujourd’hui de soi». Les gérants externes bénéficient aussi d’une plateforme technologique de pointe, ajoute Lionel Pilloud.

Zeno Staub l’a déjà affirmé, la banque est un potentiel acquéreur si une opportunité se présente dans le private banking.  Le bon prix, à l’heure actuelle, se situe autour des 1% à 1,5% des fonds sous gestion, estime-t-il. Vontobel peut aisément faire une acquisition entre 5 et 15 milliards de francs».

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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