Bilan

Volkswagen: la trahison de la marque préférée des Suisses

Sur le marché domestique, une voiture neuve vendue sur sept est une VW. Un chiffre qui en fait le leader du marché, tandis que la marque est percutée de plein fouet par le scandale de la tricherie sur les moteurs diesel aux Etats-Unis. L'omerta règne chez les concessionnaires.

Les modèles diesel de Volkswagen incriminés dans le scandale aux Etats-Unis ne sont pas vendus en Suisse, ni en Europe.

Crédits: Dr

"Pour moi, ce test sur l'oxyde d'azote a un rôle de mesure protectionniste des Etats-Unis. Cette épreuve favorise les gros moteurs diesel des marques américaines au détriment des petits modèles de Volkswagen et des marques européennes." Pour François Launaz, président d'auto-suisse, l'Association nationale des importateurs de voitures, l'affaire de la vaste tricherie entreprise par la marque allemande dans les contrôles antipollution américains est aussi liée à des enjeux de concurrence. Reste que la marque subit d'énormes dégâts d'image.

"Volkswagen va certainement accepter sa responsabilité dans cette affaire et agir dans l'intérêt de ses clients", considère François Launaz, qui rappelle que VW est la marque la plus vendue en Suisse.

En effet, entre les Suisses et VW, c'est en effet une affaire de coeur. Avec une part de marché de près de 15% d'après les données d'auto-suisse, VW est le leader du marché. Un chiffre qui représente quelque 40 000 véhicules neufs vendus par année, soit une voiture sur sept.

A ceci s'ajoutent les 5% de Skoda et les 5% de Seat, autres marques du groupe destinées au même segment de clientèle. Figurant dans le trio de tête mondial des constructeurs automobiles avec Toyota et GM, VW compte encore dans son giron Audi, Porsche et Lamborghini. C'est dire si le mensonge de l'entreprise allemande ébranle la confiance dans la réputation de la qualité allemande dans son ensemble.

"Comme le dopage en cyclisme"

Très embarassée, la filière automobile helvétique est sur le mode "Nous attendons des informations de la part de Volkwagen qui fait tout son possible pour faire la lumière sur ce sujet".  Premières concernées, les filiales du concessionnaire Amag renvoient au service de presse à Zurich, dont le porte-parole déclare par mail: "En tant qu'importateur, nous ne sommes pas en mesure de vous répondre".

Sur le terrain, les garagistes soulignent que les modèles vendus aux Etats-Unis sont conçus d'une toute autre manière que les moteurs européens, qui ne seraient pas concernés par le problème. L'un d'eux lâche sous couvert d'anonymat: "Vous croyez vraiment que VW est la seule marque à pratiquer de la sorte? Tous les constructeurs essayent de tromper les tests." Un peu comme dans le cyclisme. Selon l'adage populaire tout le monde est dopé dans les courses, alors que seuls quelques malchanceux coureurs se font sanctionner.

Les tests, parlons-en. L'Europe et la Suisse mesurent en priorité les émissions de CO2 et ne procèdent pas à la mesure d'oxyde de nitrate incriminée aux Etats-Unis. Cette dernière a pour autre originalité d'être établie dans les conditions réelles de circulation par un appareil embarqué.

Or, nos véhicules doivent respecter d'autres normes fixées par l'Union Européenne auxquelles s'est ralliée la Suisse. Réalisés en garage et non en conditions réelles de pleine vitesse, les tests anti-pollution européens peuvent être soupçonnés d'être abusivement favorables aux fabricants. "Tout est faussé", martèle notre garagiste anonyme. Sur ce point, il est rejoint par Joël, ingénieur en électronique et fanatique de Golf GTI: "Bidouiller le logiciel est techniquement facile à faire. Je ne serais pas étonné que d’autres marques font de même. "

Comment le groupe VW va-t-il se sortir de ce mauvais pas? Un de nos interlocuteurs évoque les déboires de Mercedes avec sa "Classe A". En 1997, un test révèle que le modèle n'est pas stable et qu'il est susceptible de se renverser dans les virages. Ce professionnel de l'automobile relate: "Le fabricant Daimler-Benz a été exemplaire dans sa communication. Il a reconnu le problème et lancé dans la foulée une vaste campagne de notoriété pour redorer l'image de la marque. Le problème a rapidement été surmonté et n'a pas pesé de manière durable sur les ventes de la marque."

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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