Bilan

Vietnam, nouvel eldorado des entreprises suisses

La Chine vient de dépenser 42 milliards de dollars pour organiser les Jeux olympiques les plus chers de toute l'histoire, prouvant ainsi, comme s'il le fallait encore, qu'elle mérite sa place parmi les géants de l'économie mondiale. Fini l'eldorado pour entrepreneurs étrangers en mal de main-d'oeuvre bon marché et malléable. L'Empire du Milieu poursuit désormais une autre ambition parallèle à la hausse moyenne du pouvoir d'achat dans le pays, passer du made in China au sold in China. Dès lors, les entrepreneurs en mal d'une terre de délocalisation bon marché commencent à comprendre qu'ils devraient aller voir ailleurs. Un message reçu cinq sur cinq par la marque aux trois bandes Adidas, qui annonçait fin juillet, son intention d'ouvrir de nouvelles usines de production au Vietnam, pays plus clément en termes de salaire moyen que son grand voisin du nord. D'ailleurs, la banque Goldman Sachs qui avait déjà anticipé à l'époque à l'essor futur de la Chine, de l'Inde, de la Russie et du Brésil (les BRICS) a déjà publié la liste des onze prochains pays qui selon elle, vont être touchés par le miracle économique. Il s'agit des Next Eleven, (lire encadré), parmi lesquels le Vietnam occupe une place de choix. 30 millions d'habitants n'ont pas encore 25 ans Ce n'est donc pas un hasard si Pascal Couchepin,en marge de son déplacement en Asie pour l'ouverture des Jeux olympiques, a choisi d'organiser la première visite d'un président suisse au Vietnam. Pendant quatre jours, il a multiplié les rencontres avec les responsables politiques dans l'espoir de forger un cadre propice au développement des relations entre les deux Etats. Au passage, il a appelé à plusieurs reprises les investisseurs et les entrepreneurs suisses, qui ont jusqu'ici négligé le pays selon lui, à se tourner vers le Vietnam. «Ce pays ressemble à ces tigres asiatiques qui ont connu un formidable développement dans le passé. Il est désormais tourné vers l'extérieur, il se modernise et 30% de sa population a moins de 25 ans», expliquait-il à l'issue d'un entretien avec le premier ministre vietnamien. «Il règne ici, une énergie impressionnante.» Pendant cette visite présidentielle, des accords de collaboration entre les universités et les écoles polytechniques romandes et leurs équivalents vietnamiens ont été signés. «La formation reste un enjeu majeur dans ces régions et la Suisse peut fournir une aide précieuse pour améliorer la qualité de ces hautes écoles, expliquait le conseiller fédéral valaisan. Les autorités vietnamiennes attendent beaucoup de l'expertise suisse dans des domaines aussi divers que l'éducation, la banque, la finance ou le tourisme.» En contrepartie, la Suisse compte bien profiter en temps voulu des 85 millions d'habitants du Vietnam et, surtout, des 30 millions qui n'ont pas encore atteint les 25 ans aujourd'hui. Des futurs acteurs du développement économique de ce pays, déjà impatients de récolter les fruits de l'ouverture de l'économie vers le monde. Au cours des sept dernières années, la croissance a oscillé entre 7 et 8% dans ce pays, même si, depuis le début de l'année, il fait face à une période plus difficile, marquée par une inflation dépassant les 20%. Le président vietnamien a d'ailleurs reconnu lors d'une conférence de presse à l'issue de sa rencontre avec Pascal Couchepin que des erreurs avaient été commises, notamment dans la gestion de la masse monétaire. Aussi, a-t-il assuré qu'une série de mesures allaient être prises pour limiter les dégâts, en réduisant notamment les dépenses publiques et en menant une politique monétaire plus restrictive. «Ces pays ont une faculté d'adaptation et une vitesse de réaction très rapide», analysait Jean-Hubert Lebet, ambassadeur de Suisse au Vietnam, après cette conférence de presse. «Il faut leur faire confiance, ils sauront prendre les mesures adéquates pour redresser la barre.» Les investisseurs étrangers lui donnent d'ores et déjà raison puisque 45 milliards ont été investis dans le pays sur les sept premiers mois de l'année, dépassant l'intégralité des investissements sur l'ensemble de 2007. La Suisse ne se laisse pas distancer dans cet effort puisqu'elle est aujourd'hui le cinquième partenaire commercial européen pour le Vietnam. De plus, la Confédération helvétique se distingue de certains voisins européens comme la Suède, par exemple, en continuant d'apporter une aide au développement à ce pays. Cette ligne de générosité suivie par la Suisse est très appréciée par les autorités du pays et contribue également à forger un terreau favorable aux Helvètes installés sur place. Responsable de la société informatique Elca au Vietnam, Jean-Paul Tschumi a déposé ses valises dans le pays en 1998. Aujourd'hui, il dirige une centaine d'employés. «En une décennie, j'ai observé un développement extrêmement rapide de l'économie couplé à une simplification des processus et des règles qui nous facilitent le travail. C'est encore un pays très jeune mais son internationalisation menée à un rythme soutenu lui permet de rattraper son retard très rapidement.» Pour Elca, la décision de venir s'installer dans le pays visait à résister à la concurrence indienne. Une excellente initiative qui nous a permis d'offrir un sacré coup de pousse au développement de l'entreprise basée à Lausanne. Et même si l'an dernier, Elca a carrément doublé le salaire de ses employés vietnamiens, les besoins de l'économie du pays suivent la même tendance et vont bientôt permettre à l'entreprise de décrocher ses premiers contrats sur le marché intérieur. Un pas que Holcim,le géant helvétique du ciment installé depuis 1994 au Vietnam, a franchi allègrement. Avec ses 1000 employés, le cimentier a décroché la position de numéro un sur ce marché de 85 millions d'habitants. «Un exemple de réussite qui devrait motiver d'autres entreprises helvétiques à s'intéresser à cette région du monde», estime Pascal Couchepin. Une vision que partage Manuel Der Hagopian, architecte genevois installé depuis une année à Hanoï, chargé d'ouvrir l'antenne asiatique du bureau d'architectes group8. «Notre premier contrat ici concernait un projet d'aménagement du territoire sur plus de 85 hectares, c'est très intéressant et nous ne pourrions pas décrocher des mandats d'une telle ampleur en Suisse.» Mieux, il vient de signer pour un projet encore plus pharaonique concernant un plan d'aménagement du territoire portant sur 600 hectares. «Nous repensons l'intégralité de l'organisation d'une zone regroupant six villages, c'est carrément à une nouvelle ville que l'on nous demande de réfléchir, c'est passionnant.» Les clés de la réussite Avec son équipe de quinze employés dont treize Vietnamiens, il amène une vision globale d'un projet architectural et une manière de travailler tout helvétique. «Quand je participe à un concours, je rends un projet intégralement fini, ce qui n'est pas habituel dans ce pays. Et j'essaie de démontrer l'importance du contexte, de l'historique d'un lieu et les spécificités du terrain. Sans oublier un travail de fond sur le développement durable. Petit à petit, notre professionnalisme et notre philosophie commencent à porter ses fruits et nos projets décrochent des prix.» Mais attention, insiste l'architecte, il ne faut pas débarquer ici avec la conviction de mieux savoir que les Vietnamiens. Pour l'architecte genevois, la clé de la réussite pour s'installer au Vietnam consiste à s'imprégner de la culture du pays tout en s'entourant d'une personne compétente pour déjouer les méandres d'une administration encore tentaculaire. Son avocate, une Vietnamienne qui a étudié aux Etats-Unis, lui a apporté une aide indispensable pour décrocher le fameux tampon rouge permettant de signer des contrats. «Sans elle, tout aurait été beaucoup plus difficile.» Certains expatriés peuvent en témoigner, comme Samuel Gundhart,débarqué au Vietnam pour travailler avec des investisseurs sur la construction d'un hôtel au bord de la mer. Après des mois de travail, l'établissement était construit à 80% lorsque le gouvernement a subitement choisi de le raser pour construire un port à cet endroit. Les investisseurs ont perdu leur mise et Samuel Gundhart a trouvé un poste de directeur Food & Beverage au Mövenpick de Saigon. Les opportunités existent au Vietnam, mais les risques liés à l'inexistence d'un Etat de droit aussi. Ce qui fait dire Jean-Paul Tschumi, directeur général d'Elca Asie depuis dix ans, que l'expérience vietnamienne peut s'avérer très enrichissante pour les sociétés helvétiques à condition de respecter trois règles de base. A savoir, définir très exactement ce que l'on veut faire au Vietnam avant de faire le pas. Vérifier si ce projet correspond au plan de développement du pays, en se renseignant notamment auprès de l'ambassade et de la communauté suisse sur place. Et enfin, chercher très vite des conseillers professionnels établis ici. Cela peut coûter cher mais c'est un investissement indispensable pour s'installer dans un eldorado en plein essor. The Next Eleven La banque d'investissement Goldman Sachs a publié, en décembre 2005, un rapport sur les onze pays dont le potentiel économique s'avère le plus prometteur pour les prochaines années. Le Bangladesh, l'Egypte, l'Indonésie, l'Iran, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan, les Philippines, la Corée du Sud, la Turquie et le Vietnam ont été désignés par la banque. Cette sélection s'est effectuée selon plusieurs critères, parmi lesquels figurent la stabilité macroéconomique, la maturité politique, l'ouverture du marché, la politique d'investissement et la qualité de l'éducation. Photo: Vietnam, Hanoi / © Christopher Brown/Polaris
Thierry Vial

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