Bilan

Vers un label suisse pour l’e-commerce

Les plateformes d’e-commerce suisses rencontrent un succès croissant hors des frontières, particulièrement en Chine. Un label est en création pour capitaliser sur l’image de sécurité des sites de vente helvétiques sur internet.

Carlo Terreni, directeur de Netcomm Suisse.

La tendance se confirme. 61% des achats suisses en ligne, en valeur, se sont tournés vers l’étranger ces 12 derniers mois pour un montant total de 3 milliards de francs, selon la dernière étude sur les comportement d’achats menée par Contactlab et Netcomm, et présentée mardi à Baden à l’occasion de la Swiss e-commerce conference 2016.

En hausse de 20% sur un an, le développement de l’achat sur internet est essentiellement transfrontalier. Ce sont ainsi près de 3 millions de Suisses qui ont commandé depuis des sites hors du pays, dont près de la moitié en Allemagne, principalement des vêtements et accessoires de modes, premier pôle de consommation sur internet. Dans 75% des cas, la recherche d’un meilleur prix est invoquée.

Danger ou opportunité?

Pourtant dans le même temps, et malgré le franc fort, plus de 3,5 millions d’étrangers ont commandé via les sites suisses, pour les seuls 10 marchés analysés dans le rapport, dont 1,1 millions depuis la Chine.

Pour Andrea Bellati, grossiste en vélo et pièces détachées cyclistes haut de gamme à Mendrisio, Tessin, l’opportunité ne fait pas de doute : «Au début, j’étais un grossiste traditionnel, puis j’ai démarré en 2002 un site internet et dès 2003-2004 la vente en ligne. Parti de 50 000 francs par an, mon chiffre d’affaire en ligne a doublé chaque année. Depuis 2008, je ne fais pratiquement plus que ça, l’e-commerce, c’est 90% de mon activité, essentiellement à l’exportation»

80% des commandes de Bellati sports proviennent du Japon. Un pays où il a su tisser des liens commerciaux durables. «Même par internet, on peut créer une véritable relation commerciale. Je donne des conseils personnalisés sur la bonne taille ou le bon vélo ou la bonne pièce, je fixe des délais de livraison sérieux, qui sont respectés, avec un produit de qualité. L’idée, c’est de retrouver le service de la boutique. Sur 100 mails auxquels je réponds par jour, j’aboutit ainsi à 80 commandes.» Aujourd’hui, les commandes depuis Hong Kong et Macao décollent également, en provenance de clients chinois.

Le constat ne surprend pas Carlo Terreni, directeur général de Netcomm suisse, actif dans la promotion de l’e-commerce national: «Les réticences à l’achat en ligne se fondent sur un quadruple manque de confiance: dans le marchand, dans la sécurité des paiements, dans la qualité du produit et service logistique, et enfin dans la protection des données. La Suisse dispose d’une excellente image de marque sur ces questions. Si la Chine est devenue le premier marché d’exportation de l’e-commerce Suisse, c’est parce que le pays connaît un très important taux de contrefaçon. Pour la classe moyenne émergente, acheter suisse, c’est la garantie d’un produit vrai, de qualité, livré dans les délais.»

Une reconnaissance et un support pour l’industrie

Afin de capitaliser sur cette image sécurisante, Netcomm travaille actuellement à la création d’un label baptisé «Swiss safe and secure e-commerce.» Au-delà de la reconnaissance, le projet vise à mettre en place, essentiellement pour les PME, un support juridique, un système d’assurance, ainsi qu’à garantir la sécurisation des données clients, en particulier bancaires. «On se rend compte que le fait de se déclarer commerçant suisse a un impact direct sur le résultat des entreprises. Sur un segment en forte croissance, le potentiel est énorme», relève Carlo Terreni.

Le projet sera présenté le 7 février 2017 à Berne, où il visera un appui de la Confédération en particulier du SECO. Carlo Terreni exerce en parallèle un lobbying pour une simplification des formalités d’exportations et pour faire baisser les droits de douane qui pénalisent les exportateurs. L’enjeu est de taille puisque selon l’étude sur les comportements d’achats dévoilée mardi à Baden, plus de 230 millions de consommateurs en ligne dans le monde recommanderaient fortement d’acheter via des sites suisses.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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