Bilan

Vera Michalski, hôtelière à Varsovie

L’héritière de la famille Hoffmann vient d’inaugurer un 5-étoiles en Pologne. L’éditrice et mécène explique son investissement par un coup de cœur: «Ce sera le plus beau loin à la ronde.»
  • L’une des 106 chambres et suites du Raffles Europejski Warsaw, au cœur de Varsovie.

    Crédits: Dr
  • Vera Michalski: «D’une certaine façon, c’est aussi du mécénat.»

     

    Crédits: Piotr Gesicki

Vera Michalski-Hoffmann, héritière de la société pharmaceutique Roche et présidente d’une dizaine de maisons d’édition en Suisse, en France et en Pologne, a inauguré début juin le Raffles Europejski Warsaw: 106 chambres et suites en plein cœur de Varsovie, à proximité des rues pavées de la vieille ville. Rencontre.

L’Hôtel Raffles Europejski Warsaw est-il une nouvelle carte dans votre jeu?

C’est la première fois que je m’intéresse à l’hôtellerie, mais c’est un établissement emblématique et un geste culturel avec la plus grande collection d’artistes polonais, 400 œuvres réunies en un seul endroit, des peintures, des luminaires, des sculptures qui rendent hommage à l’art polonais des XXe et XXIe siècles. 

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C’est aussi du mécénat en quelque sorte?

D’une certaine façon, oui. Cet hôtel a toujours été un lieu où les artistes étaient très actifs. Nombre d’entre eux y ont eu leur atelier. Cela a été un lieu de contre-culture. A l’ère communiste, il a été un lieu de rencontre d’acteurs, de metteurs en scène et d’écrivains. Il hébergeait un restaurant de bonne qualité. C’était l’hôtel connu de tout Varsovie. Il a été longtemps le meilleur hôtel, avant que l’on en rénove d’autres. Nous avons pris l’option de conserver le bâtiment. On a travaillé main dans la main avec le conservateur des monuments historiques. Varsovie a subi une destruction massive en 1944. Seuls quelques pans ont subsisté. Quand on a commencé les travaux, on a gardé l’enveloppe extérieure, mais dès que les ouvriers ont trouvé la moindre moulure, on l’a gardée. 

Pourquoi avez-vous racheté cet hôtel?

Après la chute du Mur, les familles des descendants des fondateurs ont réussi à récupérer leur bien. L’hôtel avait fermé, ils ont loué les chambres comme bureaux. Il y avait un restaurant qui s’appelait Chez les Cuisiniers installé dans les cuisines. C’était un retour à la Pologne de la république populaire. Quand les familles ont décidé d’en refaire un hôtel, ils ont cherché des investisseurs. En raison de mes liens avec la Pologne de mon mari (Jan Michalski décédé en 2002, ndlr), ils se sont adressés à moi.

Une partie a préféré conserver ses parts, d’autres me les ont vendues. J’ai pris la majorité de la société HESA, où siège aussi l’hôtelier Jean-Jacques Gauer. C’est une aide précieuse. Il connaît la musique. Moi je débarque dans ce métier. L’hôtel de 106 chambres et suites est sur trois étages, avec deux étages de commerces et deux étages de bureaux. La nuitée dans une suite débute à 480 euros.  

Quels sont vos liens avec la Pologne et combien la rénovation a-t-elle coûté?

Je parle le polonais, même si je fais des fautes. J’ai créé la maison d’édition Noir sur Blanc à Varsovie en 1990 avec mon mari. Dans les années 1960, mon oncle autrichien, un frère de ma mère, était responsable d’Austrian Airlines à Varsovie. Ses bureaux étaient situés dans l’Hôtel Europejski! Nous n’avons pas fait les choses à moitié: on a fait appel à des décorateurs de talent, comme Boris Kudlička, décorateur de l’Opéra national.

On retrouve le bois partout, notamment grâce aux parquets de chêne noircis. Le mobilier et l’éclairage sont réalisés sur mesure, commandés auprès d’artisans locaux. Dans ce genre d’investissement, la rentabilité ne peut pas venir tout de suite.

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A combien de personnes donnerez-vous du travail?

L’hôtel emploie 230 personnes, des Polonais, avec quelques cadres étrangers. Le Restaurant Europejski Grill sera tenu par un Basque espagnol. Le chômage dans les professions de bouche est pratiquement inexistant. Beaucoup de Polonais sont partis à l’étranger et nombre de restaurants se sont ouverts.

Les Landolt, autre famille de la pharmacie bâloise (Novartis), sont aussi dans l’hôtellerie…

Rien à voir. Je ne vais pas ouvrir une chaîne. L’hôtel est unique. Ce sera le plus beau loin à la ronde, dans une ville qui s’ouvre au tourisme. Varsovie a de très beaux musées, des églises et parcs magnifiques.

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Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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