Bilan

Une infatigable hôtesse de l’art

Alors que le marché de l’art se porte à merveille, Caroline Lang, présidente de Sotheby’s Suisse, court le monde pour préparer les prochaines ventes d’été de Londres. Rencontre.

La Bâloise d’origine dit découvrir parfois des trésors chez des particuliers.

Crédits: Dr

On attrape Caroline Lang entre deux vols. C’est début mai et la présidente de Sotheby’s Suisse rentre à peine de l’île Maurice, où elle se rend régulièrement pour s’adonner à sa passion, la plongée sous-marine. Déjà elle prépare son voyage à New York, où elle s’investira pleinement, durant deux semaines, dans les ventes de tableaux d’artistes impressionnistes, modernes et contemporains de Sotheby’s.

Avec raison. Ces ventes ont connu un grand succès et quelques records. Des œuvres des «big four» du pop art (Lichtenstein, Warhol, Polke et Richter) ont été vendues à plusieurs dizaines de millions de francs. Le tableau Jungle de l’Allemand Sigmar Polke s’est arraché à 25 millions de francs, seulement quatre ans après son acquisition à Londres par un collectionneur pour 7,7 millions. L’Abstraktes Bild de Gerhard Richter (l’artiste vivant le plus cher avec Jeff Koons), cédé en 2010 pour 11 millions, a été adjugé au prix de 26,3 millions de francs.

Après avoir vendu ces œuvres puis suivi leurs cotes, notamment à travers plusieurs rétrospectives, Caroline Lang avait proposé aux actuels détenteurs de les remettre en vente. Un pari réussi puisque ces deux tableaux ont triplé de valeur en à peine cinq ans: «C’est fantastique de voir le parcours de certains tableaux, qui passent en mains de différents collectionneurs et reviennent régulièrement sur le marché.»

Toujours à la recherche de pièces uniques, la Bâloise d’origine ne trahit pas de secrets en indiquant découvrir parfois de véritables trésors chez des particuliers. Même si cela reste rare de voir ces joyaux à plusieurs dizaines de millions de francs suspendus aux murs des villas d’amateurs d’art. Beaucoup de ces chefs-d’œuvre sont, en effet, soit prêtés à des musées ou à des fondations, soit entreposés aux Ports Francs de Genève, le plus grand coffre-fort du monde.

Justement, qu’en est-il des sujets qui fâchent, comme l’opacité du marché, la spéculation, le trafic d’art? «Tout ce que je peux vous dire, c’est que dans les maisons d’enchères il y a une transparence absolue. Les prix sont affichés sur Artnet et tout est vérifié par le département de due diligence: la provenance des œuvres, mais également des fonds.» Par exemple, l’argent doit venir du compte de la personne qui achète et non d’un tiers. 

La grande nouveauté de ce marché? Les ventes ne sont plus l’apanage des riches Russes, Chinois ou Américains. Dorénavant, plus de 75 nationalités enchérissent durant les ventes, grâce notamment à internet qui a facilité les recherches sur les œuvres d’art et rassuré les nouveaux acheteurs sur les prix.

La Suisse, un pays de grands collectionneurs

La Suisse détient non seulement une très grande quantité de musées privés et de fondations, mais c’est également l’un des plus grands vendeurs et acheteurs de tableaux au monde, souligne la patronne de Sotheby’s. Comment expliquer qu’un si petit pays détienne autant de trésors? «Traditionnellement, il y a toujours eu en Suisse un vrai esprit de collectionneur et une culture de «dépenser pour l’art». Ce petit pays avant-gardiste a ainsi connu de grands marchands et collectionneurs d’art parmi lesquels Krugier, Beyeler ou encore Gianadda.

A Zurich, Bruno Bischofberger a fait beaucoup pour la promotion d’artistes en Europe, comme Warhol et Basquiat. Mais il y avait aussi le mythique Thomas Ammann. Sans compter tous les grands acheteurs anonymes. Puis il y avait le magazine Art international, lancé à Lugano dans les années 1960. C’est en lisant ce magazine que Richter et Polke, qui venaient d’Allemagne de l’Est, ont découvert le pop art. Les journaux et les médias suisses ont influencé les artistes. C’est incroyable pour un si petit pays!»

Ces jours, Caroline Lang, coiffée d’un chapeau de cow-boy et d’une veste en cuir, est repartie à la recherche de nouvelles œuvres à acquérir auprès de collectionneurs pour les ventes de la maison d’enchères en juin et juillet à Londres. Sans oublier de passer par Bâle où elle ira visiter Art Basel fin juin. Une hôtesse de l’art toujours en voyage. 

Chantal Mathez

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."