Bilan

Une vague de rachats de startups s’annonce

Aussi bien les acheteurs que les investisseurs devraient montrer une recherche active dès cet été. La pression sur les valorisations lors des financements se fait déjà sentir.

  • Crédits: Illustration: Sorbetto/Getty images
  • Frédéric Rochat note que le but de certaines startups «est de se faire racheter».

    Crédits: Dr, Danny Gaillard, Piotr Piwowarski
  • Pour Jordi Montserrat, «la tendance devrait se dessiner ces prochains mois».

    Crédits: (Crédits: Dr, Danny Gaillard, Piotr Piwowarski)

La période de confinement n’a pas stoppé le financement de startups. En avril dernier, alors que le monde était à l’arrêt, l’entreprise genevoise Taurus, présente dans les actifs numériques, obtenait un financement de 10 millions de francs, la medtech neuchâteloise Aktiia recevait 5,6 millions de francs, alors que la startup vaudoise Neo Medical, qui commercialise une nouvelle génération de boîtes à outils pour chirurgiens, annonçait avoir levé 13,2 millions de francs.

«Il n’y a pas eu de ralentissement des transactions négociées avant la crise du Covid-19. Certaines ont été mises en stand-by mais beaucoup ont été menées à terme, sans renégociation des conditions ou des prix», observe Frédéric Rochat, avocat chez Kellerhals Carrard à Lausanne, étude spécialisée entre autres dans les fusions et acquisitions.

Malgré ces opérations de financement, plusieurs acteurs de la branche sont inquiets du sort réservé aux jeunes entreprises technologiques suisses. Les startups et deep techs suisses auront-elles les moyens de traverser la crise du Covid-19 et de financer leur croissance ou se feront-elles engloutir par des entreprises ou investisseurs disposant de suffisamment de liquidités pour faire leurs emplettes? «La vague de rachat et de fusion n’a pas encore eu lieu. Les entreprises attendent de voir l’impact du Covid-19 sur leurs propres activités avant de se lancer dans des rachats de startups. La tendance devrait se dessiner ces prochains mois», estime Jordi Montserrat, cofondateur de Venturelab, organisation
de soutien aux startups.

Un avis partagé par Claude Romy, directeur général et fondateur de Dimension, société spécialisée dans la transmission d’entreprises: «Tant qu’il y a des risques sanitaires encore bien présents, je ne crois pas qu’il y aura une vague de reprises de startups suisses dans les semaines à venir. Mais la vague d’investissements pourrait arriver dans les douze mois dans certains secteurs.»

Beaucoup de liquidités à disposition

Si l’on se réfère aux précédentes crises, notamment celle de 2008-2009, on constate que les activités de fusions et acquisitions de startups et de PME avaient chuté de 30 à 40%. Pour cette année, d’après une étude publiée en mai par KPMG, les reprises et rapprochements d’entreprises resteront probablement modérés jusqu’à la fin de l’année. Les multinationales et grandes entités se concentrent prioritairement sur la gestion de la crise plutôt que sur la poursuite de la croissance par le biais d’acquisitions. Certains conseillers en fusions et acquisitions ont d’ailleurs indiqué que jusqu’à 90% de leurs mandats avaient été suspendus.

Néanmoins, certaines valorisations ont été revues à la baisse. «Et dans le business, ne dit-on pas, «il faut vendre au son des violons et acheter au son des canons», lorsque les valorisations sont beaucoup plus basses?, s’interroge Philippe Monnier, administrateur dans le secteur. De nombreuses deep techs qui ont levé plusieurs dizaines de millions de francs auprès de grands noms ont forcément dû dire non à de nombreux autres investisseurs. Ces derniers ne manquent pas maintenant d’essayer de rentrer dans leur capital.»

Les fonds d’investissement restent à l’affût des opportunités que les conditions de marché dégradées pourront offrir. «Les liquidités des fonds d’investissement sont toujours disponibles», rappelle Christophe Rapin, avocat chez Kellerhals Carrard.

En raison de l’afflux massif de capitaux institutionnels, les fonds de private equity et de capital-risque ont levé d’énormes sommes entre 2017 et 2019 qui n’attendent qu’à être investies. «Il est probable qu’au cours des prochains mois, ces fonds investissent ces capitaux stockés dans des entreprises prometteuses. Par ailleurs, de grandes entreprises traditionnelles, qui ont constaté au moment du confinement qu’elles avaient sous-investi dans la digitalisation, seront probablement enclines à rattraper leur retard en faisant l’acquisition de startups. Aussi bien les acheteurs que les investisseurs devraient être actifs à partir de juillet 2020», ajoute Claude Romy.

(Crédits: Dr, Danny Gaillard, Piotr Piwowarski)

Des opérations pas forcément négatives

Qu’en est-il de la valorisation des startups? Seront-elles vendues au rabais? «La pression sur les valorisations lors des financements se fait déjà sentir», estime Jordi Montserrat.

«Il faut nuancer, note pour sa part Claude Romy. Certains domaines bénéficient favorablement des effets de la crise Covid et les startups qui sont spécialisées sur un produit innovant peuvent en bénéficier, par exemple dans le domaine de la cybersécurité, de la biotechnologie, de la livraison à domicile ou de l’enseignement à distance, etc. A l’inverse, une startup qui a une solution innovante pour l’hôtellerie devra patienter pour bien la valoriser…» Parallèlement, un rachat de startup ou de PME ne doit pas toujours être interprété comme une opération négative. «Les acquéreurs permettent de revaloriser ces jeunes sociétés, ajoute Frédéric Rochat. Il existe aussi un pourcentage significatif de startups dont l’objectif est de se faire racheter.»

Enfin, sur le front des acheteurs potentiels, différents profils devraient se présenter. «Je m’attends à un retour marqué des investisseurs américains en Europe», avance Claude Romy. Certains secteurs stratégiques, comme la biotechnologie ou les technologies médicales, seront convoités par des investisseurs chinois. «Les marges s’écrasent dans les productions de masse. Désormais, la Chine s’intéresse davantage à des sociétés détenant des brevets et possédant une plus haute valeur ajoutée, constate Christophe Rapin. Il y a également de plus en plus d’investisseurs japonais, brésiliens, mexicains ou indiens prêts à acquérir des technologies suisses. Leurs marchés domestiques sont devenus trop matures.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

Du même auteur:

ADC Therapeutics va entrer en Bourse
Andrea Pfeifer: AC Immune «mise surtout sur la prévention face à Alzheimer»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."