Bilan

Une éditrice sous le signe du héron

Collaboratrice de feu Bernard de Fallois, l’éditeur de Joël Dicker, Philippine Cruse a choisi les bords du Léman pour créer sa maison d’édition, baptisée Herodios. Rencontre.

Philippine Cruse: «A Lausanne, je veux publier peu de livres, mais de belle facture.»

Crédits: François Wavre/Lundi13

Elle arrive au rendez-vous très élégante, coiffée d’un chapeau en feutre, le sourire aux lèvres. Dans le hall du Beau-Rivage Palace, elle ne fait pas tache. Bien née, Philippine Cruse a aussi la tête bien faite. Docteur ès lettres de la Sorbonne, curieuse de tous les arts, de la danse avec les Ballets russes comme de la peinture avec un mémoire consacré à Salvador Dalí dans le cadre de l’Université de Portland, en Oregon, où elle a enseigné durant deux ans.

L’éditrice au prénom original a choisi Lausanne pour établir sa maison d’édition. «Elle s’appelle Herodios, héron en latin. Avec la petite équipe qui m’entoure, je veux créer des ponts entre les disciplines, entre les pays limitrophes de la Suisse, ce pays multilingue que j’admire.»

Née à Lausanne il y a une quarantaine d’années, Philippine Cruse a tout connu du livre, commençant en bas de l’échelle dans une librairie à Paris, où elle a appris la beauté et la force de l’écrit: «A Lausanne, je veux publier peu de livres, mais de belle facture. Je sais l’importance de l’objet. C’est un domaine compliqué et un marché difficile à l’heure d’internet, mais je sais que le lecteur avisé a envie de tenir un beau livre entre les mains. Il y a une telle abondance d’offres dans ce domaine qu’il faut se démarquer par la qualité. Il s’agit de tisser des relations, cela prend du temps mais cela en vaut la peine.»

L’exemple de Joël Dicker

Aux côtés de Bernard de Fallois à qui le prodige genevois Joël Dicker doit une bonne part de son succès mondial, Philippine Cruse a été étroitement liée au lancement de La vérité sur l’affaire Harry Quebert, traduit depuis lors dans une quarantaine de langues: «J’ai travaillé huit ans à Paris avec cet immense éditeur. Cela a été une très belle rencontre, quelqu’un de très curieux d’autrui et très actif qui venait encore au bureau jusqu’à sa mort, l’an dernier, à 91 ans! J’ai été son assistante: dans une petite maison, on a la chance de s’occuper un peu de tout, j’étais surtout chargée de la communication, j’ai aussi touché aux droits commerciaux.» Engagée en 2010 par Bernard de Fallois, elle a vu arriver le succès phénoménal de Joël Dicker – auquel il faut associer L’Age d’Homme à Lausanne – en 2012. «Cela m’a convaincue qu’une belle édition menée artisanalement est toujours possible. Le livre est le champ du possible.» 

La vie de la nouvelle venue dans l’édition lausannoise est remplie de personnages intéressants. Du côté maternel, son arrière-grand-mère jurassienne Boillat a donné une lignée de grands industriels. La branche paternelle est issue d’une famille bordelaise de négociants en vins, mais les deux dynasties possèdent un dénominateur commun, la religion protestante. 

Sa grand-mère paternelle, la violoniste Micheline Banzet-Lawton, a été la partenaire au petit écran de Maïté, la reine des fourneaux qui assommait les anguilles en assurant qu’elles ne souffraient pas! 

Son père, Didier Cruse, a été un ingénieur spécialisé dans la technologie embarquée; il travaillait sur un prototype visionnaire de voiture répondant à la parole du conducteur: «Mes deux parents sont décédés en 2014, mais ils auraient été fiers de mon challenge lausannois. Cette ville me parle beaucoup. Le livre y est un point fort culturel. Avec Vera Michalski-Hoffmann, à la fois éditrice et mécène, c’est un peu la ville du livre. C’est aussi à Ouchy, à l’Hôtel d’Angleterre, que Lord Byron a écrit Le prisonnier de Chillon». 

Oliver Grivat

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