Bilan

Un rêve d’éditeur : le web rapporte de belles recettes à l’allemand Springer

En 2012, les activités numériques ont rapporté davantage que la presse traditionnelle.
Le siège berlinois d'Axel Springer, où la direction a décidé que le numérique représenterait 50% des ventes d'ici 2016. Crédits: KEYSTONE HAMBURG Jochen Zick /

Pour la première fois en 2012, les activités sur Internet du géant allemand Springer ont généré davantage de chiffre d’affaires que les activités de la presse traditionnelle. Les ventes sur le web ont progressé de 22% pour s’établir à 1,2 milliard d’euros. « Un tournant », selon Mathias Döpfner, patron de la compagnie. Le groupe du quotidien de boulevard berlinois Bild termine néanmoins son exercice 2012 sur un résultat en baisse de 4,7% à 275,8 millions d'euros, plombé par les problèmes de la presse papier.

Premier éditeur européen, Axel Springer s’est implanté en Suisse en 2007 avec le rachat de l’éditeur Jean Frey (PME Magazine, Bilanz, Beobachter). Le groupe est aussi présent par l’intermédiaire de la joint-venture Ringier Axel Springer Media, créée en 2010. La coentreprise basée à Zurich emploie 3100 collaborateurs. Elle réunit les activités en Europe centrale et orientale de l’éditeur zurichois et de son homologue berlinois.

Des acquisitions massives

Depuis une dizaine d’années. Axel Springer investit massivement dans le numérique. En 2007, l’éditeur s’est associé avec le suisse Publigroupe pour acheter la société de marketing en ligne allemande Zanox, à respectivement 52,5% et 47,5%.  

En 2011, il a procédé à l’une des plus grosses acquisitions de ces dernières années, déboursant 630 millions d’euros pour la société française Seloger.com. En 2012, le site d’annonces immobilières a dépassé les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Sur un marché où le nombre de transactions a baissé de 18,3 %, il a vu son chiffre d'affaires bondir de 12 %, à 105 millions d'euros.

Axel Springer a aussi acquis le site communautaire français Aufeminin.com qui comporte aujourd’hui une déclinaison helvétique, ainsi que les sites d’origine britannique Stepstone et Totaljobs.com.

Une offre adaptée au numérique

Si les ventes du Bild Zeitung, pourtant le titre le plus lu d'Europe, ont fondu de 6 %, à 2,7 millions d'exemplaires par jour, le site est un succès. Il s’impose comme la première adresse d’information et de loisirs allemande, avec une fréquentation de 10 millions de visiteurs uniques par mois. Sur smartphone et tablettes, toutes les applications des journaux sont payantes depuis 2011.

« Springer a réussi à éduquer ses lecteurs», estime le professeur Jo Groebel, directeur de l’institut allemand du numérique à Berlin. Cité par Le Monde en 2011, il poursuit : «Bild.de a transféré son offre papier dans le monde numérique, en proposant une vraie valeur ajoutée au lecteur par rapport au papier. ».

A côté des informations, les sites et applications des titres Axel Springer proposent photos, vidéos, liens vers les réseaux sociaux et aussi vers les sites de petites annonces du groupe. En 2011, le numérique représentait 30% de son chiffre d’affaires, l’objectif étant d’atteindre 50% en 2016.

« Un accompagnateur du quotidien »

« La stratégie d’Axel Springer consiste à être un accompagnateur du quotidien, poursuit M. Groebel. C’est un retour à la fonction originelle des journaux, qui au départ n’étaient pas uniquement des bases d’informations mais servaient surtout de plate-forme de communication entre les gens.».

Lors de la dernière conférence de presse de résultats, Mathias Döpfner s’est montré sûr de lui. « Nous avons eu raison sur presque tout, sauf sur une chose. Nous avons pensé que les choses iraient plus lentement. Nous allons donc être encore plus radicaux sur le numérique. »

Le groupe contrôlé à majorité par la famille Springer veut à la fois développer ses propres marques internet et faire des acquisitions. Il s’intéresse au groupe d'annonces allemand scout24, que Deutsche Telekom pourrait céder. A noter qu’en Suisse, la marque Scout24 appartient à Ringier.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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