Bilan

Un géant chinois veut bousculer la pharma

Implanté depuis peu à Genève, Tasly incarne la convergence entre médecines chinoise et occidentale. Une révolution scientifique aux Etats-Unis et un avant-goût de ce qui attend la Suisse.

Implanté depuis peu à Genève, Tasly incarne la convergence entre médecines chinoise et occidentale. Une révolution scientifique aux Etats-Unis et un avant-goût de ce qui attend la Suisse.

Crédits: Dr

Difficile de faire une arrivée plus discrète. On pouvait attendre de Tasly, l’un des leaders pharmaceutiques chinois, une inauguration en grande pompe de son siège européen basé à Genève. Or les activités ont débuté en douceur, avec le lancement de premiers produits en Allemagne et en Italie. Le tout orchestré par Vladas Snieckus, directeur de la région Europe. Médecin de formation devenu manager dans la pharma, le Lithuanien a passé plusieurs mois au siège de Tasly, à Tianjin.

«Coté à la Bourse de Shanghai, Tasly a réalisé un chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars en 2014. C’est un conglomérat d’une taille que l’on peine à s’imaginer depuis l’Europe. La firme a été fondée en 1994 par un couple de chercheurs. Ceux-ci ont mis au point la méthode et les machines nécessaires pour conditionner en petites gélules, similaires à celles des traitements homéopathiques, les extraits de plantes utilisées dans la médecine traditionnelle chinoise», relate Valdas Snieckus. Couvrant tous les domaines de la santé, des instruments médicaux aux antibiotiques, et présent dans le monde entier, Tasly exploite des hôpitaux en Chine et a développé un réseau de cliniques de médecine chinoise traditionnelle en Australie.

En Europe, le dernier marché qui lui reste à conquérir, le groupe chinois démarre avec des extraits de thé soluble «detox» de la marque Deepure. D’autres déclinaisons de la marque ont pour but de renforcer notamment les systèmes cardiaque et immunitaire.

A l’avant-garde d’un mouvement de convergence entre médecines traditionnelles chinoise et occidentale, Tasly surfe sur la vague de l’engouement pour la nutrition santé. Parallèlement, toujours plus d’études démontrent que les préparations médicinales à base d’herbes, connues en Chine depuis 5000 ans, peuvent être aussi efficaces que les traitements à base de substances chimiques.

Aux Etats-Unis, un médicament de Tasly à base de plantes pour le traitement de l’angine de poitrine arrive actuellement au terme de la phase III des examens de la FDA (Food and Drug Administration). S’il est homologué, ce sera le premier médicament non chimique approuvé par la FDA à accéder au marché. 

Un savoir qui aiguise les appétits

«Les compagnies pharmaceutiques occidentales ont besoin de renouveler leur pipeline et trouvent dans la médecine chinoise un formidable réservoir de substances thérapeutiques», décrypte Vladas Snieckus. Révélateur de cet intérêt: le distributeur américain de vitamines Amway, tout comme son compatriote Pfizer, a créé des unités pour explorer ce domaine. «Nous tirons des enseignements de l’héritage de la médecine chinoise et voulons marier ces connaissances avec les sciences de la vie moderne», déclarait à Reuters Jia Chen, vice-président de la division de la recherche en Chine chez Amway.

En 2014, l’allemand Bayer a de son côté acquis Dihon Pharmaceutical, une société sino-américaine basée à Kunming. Quant à Nestlé, le leader mondial de l’alimentation a signé en 2012 un accord de coentreprise avec le groupe chinois Chi-Med, afin de créer une nouvelle société appelée Nutrition Science Partners. Cette entité va se concentrer sur le système gastro-intestinal et étendre son champ de recherche aux maladies du métabolisme et aux troubles neurologiques. Le communiqué de presse stipule: «Conformément au nouvel accord, Nestlé aura accès à une banque de données comprenant plus 50 000 extraits de quelque 1200 plantes.»  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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