Bilan

Un trublion chez les institutionnels

Longtemps ovni de la scène entrepreneuriale, le CEO de QoQa Pascal Meyer est désormais courtisé par de grands acteurs traditionnels. Instrumentalisation ou valeur ajoutée réelle?

En apparence, au siège de QoQa, rien n’a changé, surtout pas la mentalité du patron et fondateur du site communautaire de vente en ligne. Accueil chaleureux et bienveillant, Pascal Meyer offre le café et se dirige vers le lave-vaisselle qu’il «vide en général». Une image de simplicité qu’il cultive à l’envi: «Si le téléphone sonne et que je suis là, je prends. Quand je dis «Pascal de QoQa», les clients ont souvent du mal à croire que c’est moi au bout du fil.»

Pourtant, la PME a bien grandi et emploie désormais 140 personnes, de quoi se sentir à l’étroit dans les locaux de Bussigny (VD). Pascal Meyer ne tient pas en place. Il se lève pour présenter la maquette du projet de nouveau siège, qui rassemblera autour de QoQa des entreprises et projets partenaires: «On est encore en développement et 75% des emplacements sont déjà réservés. Ce sera la Silicon Papet», lance, taquin, le Jurassien qui de son aveu «aime bien chambrer les Vaudois».

«C’était urgent de défendre le commerce de proximité»

Pascal Meyer, loutre en chef de QoQa. (Crédits: François Wavre/lundi13)

La petite entreprise de Pascal Meyer ne connaît pas la crise et tient à conserver son esprit pionnier: «L’idée reste de présenter de bons plans aux copains, sauf qu’au début on était 50 et maintenant, on est 750 000.»

Une approche bon enfant mise en lumière au travers des opérations direQt et welQome (en partenariat avec le canton de Vaud) pour lesquelles QoQa a fourni une plateforme de soutien au petit commerce: «Au total, chez QoQa, on a quand même mis 700 000 francs et décalé tous nos projets de six mois, parce que c’était urgent de défendre le commerce de proximité. On n’a pas pris un franc dessus, c’est normal, on a quand même fait une très belle année.» 30% de chiffre en plus, très exactement.Dans son franc-parler comme dans son business, le calcul de Pascal Meyer est simple: ne pas trop calculer. Et engranger en contrepartie un capital sympathie qui le rend incontournable.

On le retrouve sur le site du canton du Jura, pour lequel il figure comme ambassadeur, sous le titre évocateur de «loutre en chef», peu dans les us de l’administration. Au comité de pilotage stratégique du quotidien Le Temps, il donne également des conférences devant des banquiers.

A se demander si au même titre que l’humoriste Thomas Wiesel, il n’est pas devenu tendance pour des institutionnels de s’associer à Pascal Meyer pour rajeunir une image parfois écornée. «Oui, pour des institutions, l’électron libre devient rassurant, car tout le monde voit que les lignes bougent. Cela dit, je veux qu’on me prenne pour ma valeur et pas pour mon image. Si je donne deux fois des inputs et que rien n’est mis en place, c’est «ciao bonne». Je me barre, et je fais autant de bruit en partant qu’en arrivant. C’est arrivé.»

En justice pour défendre le travail de nuit

Indéniablement, Pascal Meyer ne se sent jamais plus à l’aise qu’en bousculant le formalisme ambiant. «C’est vrai que Philippe Leuba a été surpris en me voyant arriver en short et T-shirt» prend plaisir à se remémorer celui qui a réussi à faire entrer l’horlogerie suisse dans ses offres à prix préférentiel: «Tous leurs réseaux de distribution sont à l’arrêt, mais ils ont encore peur pour leur image. On a mis une série de montres d’une marque horlogère en vente à plusieurs milliers de francs auprès de la communauté, puis le propriétaire a voulu retirer l’offre. Quand on lui a dit que tout avait été vendu en 40 minutes, il a demandé une prolongation», évoque-t-il en souriant.

Pascal Meyer s’attaque à tout et ne craint rien. Pas même l’arrivée d’Amazon en Suisse, qui pourrait pourtant bouleverser le paysage de l’e-commerce: «Ça va forcer les players suisses à se bouger», considère celui qui va aller au Tribunal fédéral pour défendre le travail de nuit indispensable à son activité, en rappelant qu’il fait le choix de tout garder dans le canton de Vaud: «Ça me coûte un saladier, mais c’est mon choix. En revanche, que des concurrents comme Amazon répondent à toute heure aux clients et qu’on ne puisse pas pose problème. Le digital n’a pas de frontière, on doit pouvoir lutter à armes égales.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

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