Bilan

Un horloger dévoile la course du Soleil

La marque Veni Vidi Vici, fondée par le genevois Jean-Pierre Horvath, propose aux collectionneurs la toute première complication qui retrace la danse de la Terre et du Soleil.

  • Jean-Pierre Horvath (à droite) et son fils Axel.

    Crédits: Lionel Flusin
  • L’un des cadrans indique la hauteur du soleil à midi.

    Crédits: Laurent Xavier Moulin

Inventer ce que personne n’a créé. Voilà le défi que Jean-Pierre Horvath s’était fixé. Il y sera parvenu au prix d’années de réflexion, de recherche et de nombreux sacrifices. Sa complication consiste à décrire les phénomènes astronomiques de la course de la Terre autour du Soleil. «Je me suis posé la question du pourquoi le Soleil change d’altitude selon la période de l’année. J’ai effectué des recherches, puis je me suis dit que cela pourrait être intéressant pour l’horlogerie», résume ce Genevois qui a travaillé de 1985 à 1992 chez Gay Frères (avant son rachat par Rolex), Prodor ou encore Jean Lassale, tout d’abord comme mécanicien de précision, puis, après ses études à l’Ecole d’ingénieurs de Genève, dans la conception de l’habillage.

Après avoir perdu son emploi chez Jean Lassale, Jean-Pierre Horvath lance sa marque en 1998 à Bâle. Il présente un modèle doté d’un bracelet en forme d’écailles. «Je ne voulais pas rester inactif. Mais je n’ai pas réussi à trouver de partenaires financiers pour développer en série ce modèle.» De retour en emploi, sa passion horlogère reste vivace. En 2007, il crée son second modèle, une montre à damiers, sans la présenter dans un salon horloger pour autant. Enfin, en 2008, il mène une réflexion sur la course du Soleil et ses changements d’altitude. «J’ai créé des mécanismes et j’ai déposé deux brevets après avoir effectué des recherches. Cela m’a pris environ onze ans, tout en ayant un emploi alimentaire à côté de cela», nous confie-t-il.

25 exemplaires

La montre comprend quatre cadrans, chacun doté de son cycle annuel: un pour les mois, un second pour la déclinaison solaire, le troisième pour la hauteur du Soleil à midi et le quatrième pour la latitude à laquelle on se trouve. «Chaque jour, le Soleil apparaît au-dessus de l’horizon vers l’est. A environ midi, il atteindra le sommet de sa course dans le ciel puis disparaîtra sous l’horizon vers l’ouest. Cette hauteur dépend du jour de l’année et du lieu d’observation», résume Jean-Pierre Horvath, qui a été rejoint par son fils Axel, horloger de formation, dans cette aventure. Deux poussoirs situés à gauche de la montre permettent de changer la latitude.

Prudent, le Genevois a décidé de ne lancer la fabrication que de 25 exemplaires dans un premier temps, avec l’aide de son fils de 26 ans. Pour passer du brevet à une montre, il avait commencé par mandater une société de conception horlogère pour créer un premier modèle purement virtuel. A partir de là, il a tout redessiné pour optimiser le nombre de composants distincts, par exemple avec les pignons, les vis ou les sautoirs, afin de limiter les coûts de fabrication. «J’achète un mouvement sur lequel j’ai intégré mon module de 150 pièces.» En résumé, Jean-Pierre Horvath s’est chargé de la conception, des sous-traitants ont fabriqué les pièces, puis Axel Horvath a effectué l’assemblage.

Et le prix? Après en avoir discuté avec des experts, il propose sa complication inédite au prix de 89 000 francs. Relevons qu’il a décidé d’inscrire sa montre au Grand Prix d’horlogerie de Genève, dans la catégorie «calendrier et astronomie». Quatre-vingt-quatre montres présélectionnées par le jury participeront à une tournée à travers le monde, à la rencontre de collectionneurs, clients et du public amateur de belle horlogerie.

Quoi qu’il en soit, ce passionné réfléchit déjà à d’autres complications et à d’autres possibilités d’amélioration. «Les horlogers actuels reproduisent tout ce qui a été créé dès le XIVe siècle, notamment par des Anglais. La plupart des brevets amènent des améliorations à des complications inventées par d’autres.»

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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