Bilan

Un couple atypique façonne les produits Valmont

Rencontre avec Sophie et Didier Guillon, qui ont su hisser la marque morgienne parmi les références de la cosmétique. Leur chiffre d’affaires devrait atteindre 220 millions de francs cette année.

  • Sophie et Didier Guillon ont racheté la marque en 1991.

    Crédits: François Wavre/Lundi13
  • La boutique de Lausanne: la marque est disponible dans 1783 points de vente.

    Crédits: Valmont

Dans les anciennes douanes de Morges, face au lac, une galerie d’art semble avoir pris possession des lieux. Totems en papier mâché, œuvres d’art cubiques ou chaise cartonnée à l’effigie d’un gorille jalonnent le couloir qui mène à la salle de conférences de la société CVL Cosmetics. Cette entreprise de 500 personnes, dont 95 à Morges, commercialise la marque Valmont. Elle enregistre une forte croissance depuis plusieurs années et prévoit d’enregistrer un chiffre d’affaires de 220 millions de francs en 2020 (contre 180 en 2019 et 100 en 2018). D’ici à 2022, faute de place, CVL Cosmetics déménagera dans une maison occupée aujourd’hui par le magasin Moyard, spécialiste de l’ameublement.

Vêtu d’un simple pull à col roulé, Didier Guillon, 66 ans, directeur artistique, président et propriétaire de l’entreprise, préfère parler de ses créations, souvent éphémères, plutôt que de la marche des affaires. Il évoque aussi un parfum qu’il a créé ou son palais à Venise qui a échappé aux récentes inondations. Aurait-il rêvé d’une vie d’artiste? «Mes parents m’ont obligé à faire de l’équitation alors que je rêvais de jouer du piano. Mon père voulait que je fasse médecine. J’ai tenu une année. Puis, j’ai fait du droit. Mais je ne regrette rien. Le droit, c’est très structurant», analyse-t-il. Didier Guillon remercie toutefois son père de l’avoir initié à l’art contemporain. «C’est grâce à l’art que j’ai réussi à tisser un lien avec lui.»

Et quel est l’artiste qui l’inspire le plus? «C’est Sophie», répond-il sans hésitation. C’est à ce moment-là que sa femme, Sophie Vann Guillon, franchit le pas de la porte, toute pimpante. Malgré son teint éclatant, elle se dit épuisée. Elle réclame aussitôt un deuxième café à son assistante. Il faut dire qu’elle enchaîne les voyages pour promouvoir les nouveaux parfums de la marque. Elle se dit aussi fatiguée par l’image qu’elle doit continuellement donner d’elle-même en tant que garante de l’efficacité des soins Valmont.

Si monsieur a grandi dans une famille de la bourgeoisie parisienne, madame se définit comme une enfant du monde. Née en 1964 au Cambodge, elle y a vécu jusqu’à l’âge de 5 ans. Du jour au lendemain, face au génocide perpétré par le régime khmer rouge, sa famille d’origine vietnamienne a dû fuir et repartir de zéro à Paris. «Mes parents m’ont transmis deux valeurs essentielles, le travail et l’authenticité», reconnaît-elle.

L’art comme fil conducteur

Fondamentalement Parisienne, attirée par la jet-set, Sophie Guillon a étudié dans une école de gestion. Elle a pourtant toujours été fascinée par la chimie et la mécanique. Responsable des exportations pour une société de cosmétiques, c’est lors d’un dîner à Paris qu’elle fait la rencontre de son futur mari. Didier Guillon a, de son côté, occupé plusieurs postes dans le marketing en France avant de rejoindre l’entreprise familiale Expanscience, à l’origine de la marque Mustela. Il est envoyé en Suisse pour analyser une marque à vendre: Valmont. Celle-ci appartenait alors à la clinique du même nom. «J’ai eu un coup de foudre pour la Suisse et pour cette marque que j’ai rachetée en 1991», se souvient-il.

Femme d’affaires ambitieuse, Sophie Vann Guillon prend rapidement les commandes de l’entreprise, dirige la recherche, la conception et la communication. Elle est aussi à l’origine de la diversification de la société dans la parfumerie. Sous son impulsion, la marque développe 125 produits, crèmes, démaquillants, sérums et autres promesses de jeunesse dont le prix de vente de certaines éditions limitées peut atteindre jusqu’à 4800 francs le pot de quelques millilitres pour la gamme de l’Elixir des Glaciers, avec un manchon plaqué or 24 carats. «Les prix des produits sont justifiés par leur concentration en principes actifs, et la qualité des ingrédients tels que l’ADN ou l’ARN liposomé», notent les dirigeants.

CVL Cosmetics, qui réalise 96% de son chiffre d’affaires à l’exportation, a introduit la marque Valmont dans 1783 points de vente. «Nous venons d’ouvrir au Vietnam», note Sophie Vann Guillon. Les marchés phares de l’entreprise restent la Chine, la Russie et la France. Afin d’augmenter sa visibilité, la marque a aussi conclu des partenariats avec plusieurs spas dans des hôtels de luxe et ouvert ses propres boutiques, huit au total. Elle prévoit d’en ouvrir près d’une vingtaine supplémentaire ces prochaines années.

Pour Sophie Vann Guillon, la principale difficulté consiste à innover, constamment, et se différencier de la concurrence. Pour formuler et fabriquer ses crèmes, CVL Cosmetics travaille avec trois sous-traitants en Suisse: les sociétés Tementec, Arval et CRB, régulièrement mises en concurrence.

Enfin, l’autre défi de l’entreprise consiste à rajeunir la marque pour la garder dans l’air du temps. «Nous travaillons désormais avec une dizaine de personnes dédiées au numérique. Nous devons être plus présents sur les réseaux sociaux et être plus actifs en matière de communication vidéo», constate Sophie Guillon. Mais pas question de travailler avec des youtubeuses ou des influenceuses. Valmont préfère l’art pour accompagner ses produits. «L’art ne souffre pas de vieillissement», note au passage Didier Guillon.

Sophie et Didier Guillon comptent bien transmettre le flambeau à leurs trois enfants, âgés de 22, 21 et 14 ans. Leur fille aînée, Capucine, a déjà manifesté son intérêt à rejoindre l’entreprise. Sa mère s’en réjouit. «Elle doit rester une société familiale et ne jamais perdre son âme.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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