Bilan

Uber va-t-il tuer les taxis genevois?

Lancée officiellement à Genève le 4  septembre, l’entreprise californienne entend réinventer le service de transport privé dans le monde.
  • L’application Uber permet de commander un chauffeur privé en un clic depuis un smartphone.

    Crédits: Dr
  • Pas besoin de liquide: la course est payée par voie électronique, et la facture envoyée par e-mail.

    Crédits: Dr
  • Les tarifs d’Uber changent en fonction du véhicule utilisé et pendant les périodes de pointe.

    Crédits: Dr

L’annonce est enfin officielle: Uber, le service de chauffeurs privés accessible depuis une application mobile, est lancé à Genève. C'est le service à bas coût, Uber X qui démarre aujourd'hui, avec un nombre limité de véhicules. Le general manager en charge du développement de la start-up dans la ville du bout du lac se nomme Steve Salom. Ce passionné de technologies et de modèles d’affaires disruptifs a fait ses armes chez AppDirect (entreprise spécialisée dans le cloud), mais également dans la finance, chez Morgan Stanley et au sein de la Banque Rothschild à Genève.

«Avec sa simplicité, sa fiabilité et son faible coût, Uber va changer la physionomie du transport urbain à Genève», indique Steve Salom. Il entend ainsi conquérir un marché devenu, avec le temps, complètement sclérosé. Car en effet, qui n’a jamais rêvé d’avoir un service de transport de qualité à Genève, avec une prise en charge rapide, un chauffeur aimable et une voiture confortable? Probablement tous ceux qui ont déjà expérimenté une fois les taxis genevois. Depuis de nombreuses années déjà, l’offre n’est de loin pas optimale et peut être largement améliorée.

L’implantation de cette application dans la Cité de Calvin, comme dans la plupart des autres villes européennes, ne va pas se faire sans heurts. Pour l’heure, outre le mécontentement de toute la corporation des taxis, les autorités, selon le Département de la sécurité et de l’économie en charge de la réglementation des taxis, n’ont pas eu de contact avec Uber. Mais elles vont probablement mettre des bâtons dans les roues de l’entreprise californienne.

En effet, aujourd’hui, seuls les taxis de service public peuvent avoir accès à l’espace public (voies de bus et places de parking pour taxis). A noter toutefois que les limousines et les taxis de services privés ne sont pas non plus autorisés à utiliser cet espace public.

Normal, selon Patrick Favre, président de taxisuisse, le groupe professionnel taxi de l’ASTAG (Association suisse des transports routiers) qui estime que les conditions légales doivent être les mêmes pour tout le monde: «Tant que les nouveaux venus ne respectent pas les conditions-cadres, c’est-à-dire d’obtenir une concession du canton ou de la commune (qui coûte plusieurs dizaines de milliers de francs), d’être prêts à travailler tous les jours de la semaine vingt-quatre sur vingt-quatre, de payer une taxe annuelle pour l’utilisation de la voie et des places publiques ainsi que de passer un examen topographique de la ville dans laquelle le véhicule opère, les taxis Uber ne pourront bénéficier des avantages que peuvent avoir les taxis genevois.» Faute de quoi, ces derniers seraient directement confrontés à de la concurrence déloyale.

Toutefois, Patrick Favre ne rejette pas l’idée d’une collaboration avec Uber: «Nous sommes extrêmement favorables à tout ce qui peut contribuer à améliorer la branche et le service à la clientèle.» Cependant, selon lui, le marché du transport de personnes n’est pas élastique et aujourd’hui déjà l’offre est plus grande que la demande. Ainsi, avec la venue de nouveaux acteurs, il prévoit que la recette du gâteau diminuera pour chacun et suivra une paupérisation, voire une disparition du métier.

Une raison qui pousse Patrick Favre à préconiser une collaboration dans le sens d’une utilisation de la technologie de pointe d’Uber par les chauffeurs existants afin d’améliorer leurs prestations plutôt que d’accueillir de nouveaux acteurs. Car effectivement, selon le président de l’ASTAG, les chauffeurs actuels n’ont déjà pas de quoi se vanter, niveau salaire. Ils gagneraient entre 2000 et 3500  francs (hors pourboires), pour 250  heures de travail par mois. 

Qu’en est-il des chauffeurs Uber? La commission prélevée sur toutes les courses est de 20%. Des primes existent cependant pour les chauffeurs les mieux notés par les passagers et qui acceptent un maximum de courses. Rasoul Jalali, directeur d’Uber à Zurich, rappelle que les chauffeurs restent totalement indépendants et libres de travailler autant qu’ils le souhaitent dans le respect du droit du travail: «Nous sommes juste un intermédiaire entre nos partenaires et les usagers.»

Par contre, la firme impose un tarif selon les véhicules utilisés et pratique le «surge price», c’est-à-dire une hausse du prix en période de pointe qui fait grimper la facture, beaucoup plus qu’un taxi classique.

Modèle d’affaires

En modifiant régulièrement sa tarification, son mode de rémunération des chauffeurs et son système de commissions, le modèle d’affaires d’Uber est difficile à analyser. La société a par ailleurs souvent été critiquée pour son montage financier complexe, qui lui permet de ne pas payer une partie de ses impôts et de ses taxes dans certains pays où elle officie.

Désormais valorisée à près de 17  milliards de dollars (un peu plus de cinquante fois son chiffre d’affaires selon les estimations des banques, la firme ne communiquant pas sur ses revenus), la «start-up» compte comme investisseurs Google Ventures (le fonds d’investissement du géant en ligne) et Goldman Sachs. 

Et pour faire face aux conflits et autres déboires administratifs, Uber vient d’engager aux Etats-Unis un ancien conseiller politique d’Obama, David Plouffe, qui a mené la campagne politique du président américain en 2008. Une solidité financière et un marketing imparable qui font d’Uber un sérieux concurrent pour les taxis genevois. 

Une chose est sûre, l’arrivée de l’entreprise américaine va conduire une profession entière à repenser son fonctionnement.

Chantal de Senger

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."