Bilan

Uber et Airbnb ne créent pas d’emplois

Intermédiaires entre prestataires de services et clients, ces nouveaux géants du web atteignent des valorisations en milliards de dollars, sans avoir à payer ni personnel ni infrastructure.

Uber Suisse recense un millier de chauffeurs pour une douzaine de collaborateurs seulement.

Crédits: Dr

Quel patron n’en a jamais secrètement rêvé? Diriger une entreprise qui brasse d’énormes volumes d’activité mais n’a pas besoin d’engager de personnel. Une informatisation de pointe qui permette d’absorber la croissance des affaires avec seulement une petite équipe de spécialistes. Plus de problèmes de recrutement, pas de souci de location de bureaux, pas de pointeuse, point de collaborateurs à états d’âme qu’il faut choyer et motiver. Cette ambition inavouée, des sociétés du web 2.0 type Uber ou Airbnb l’ont réalisée.

Ainsi Uber, l’application venue de la Silicon Valley qui met en relation passagers et conducteurs de véhicules privés, recense en Suisse dans son réseau déjà un millier de chauffeurs et bien davantage de clients. Or, pour fonctionner sur ce marché, la compagnie n’a besoin que d’une douzaine de collaborateurs, selon les chiffres livrés par Rasoul Jalali, manager d’Uber Zurich. Le développement est effectué au siège à San Francisco, d’où proviennent également les SMS qui arrivent sur les portables de la clientèle helvétique.

Valorisée à plus 40 milliards de dollars, Uber affiche un effectif global poids plume de 3000 employés. En comparaison, le groupe Kraft Foods (Café Hag, biscuits Ritz) – qui pèse moins qu’Uber en capital – emploie un effectif huit fois plus important de quelque 23  000 personnes.

Mieux encore: Airbnb, la plateforme de location de chambres de particulier à particulier, affiche une valorisation d’environ 13 milliards de dollars. Cette capitalisation est similaire à celle du groupe hôtelier français Accor, qui emploie, avec ses 3700 hôtels, 300  fois plus de personnel. Allégés d’autant de charges, ces acteurs internet affichent des prix bien plus bas que la concurrence non virtuelle, qui doit payer du personnel et entretenir des infrastructures.

Cyril Bouquet, professeur à l’IMD, voit les choses d’une autre manière: «Uber et Airbnb créent une offre nouvelle qui correspond à un désir des consommateurs. Actives dans l’économie de partage, ces firmes permettent d’optimiser l’utilisation des ressources, avec d’un côté des gens qui détiennent un bien assez peu ou pas du tout utilisé, et, de l’autre, des personnes qui souhaitent en disposer de manière temporaire.»

Nouvelles activités 

Reste que ces compagnies privent d’une partie de leurs revenus les chauffeurs et hôteliers traditionnels et menacent les postes de travail existants. «C’est la conséquence même de l’innovation: elle change les règles du jeu et force les modèles existants à évoluer. L’automatisation industrielle aussi a détruit des emplois. Mais la société va évoluer en fonction des possibilités technologiques et faire naître de nouvelles occupations. Uber crée des emplois par exemple en donnant l’opportunité à un chômeur de gagner un revenu accessoire le temps qu’il retrouve un poste.»

Cyril Bouquet ajoute: «Uber génère aussi des activités supplémentaires. A Genève et ailleurs, la compagnie travaille souvent avec des chauffeurs de taxi professionnels – enchantés d’accéder à des revenus supplémentaires. Le système de répartition des voitures particulièrement efficace d’Uber leur permet d’effectuer davantage de courses que lorsqu’ils attendent en file à la gare et l’aéroport.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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