Bilan

Trois femmes vaillantes

Actives dans l’immobilier ou la décoration intérieure, elles racontent comment elles vivent au quotidien l’aventure entrepreneuriale, ses risques financiers et ses rencontres.
  • Elisabeth Signoroni le goût des défis

    Comme à la maison Il y a quelques années, Elisabeth Signoroni, dynamique sexagénaire, a fait le pas. Elle aurait pu travailler pour des architectes d’intérieur à la mode. Son talent lui valait toutes les sollicitations. Pourtant, c’est son esprit d’indépendante qui a eu le dernier mot. Une fois le local déniché, sur la plus haussmannienne des avenues lausannoises, Elisabeth Signoroni a mis la main à la pâte. Peinture de l’espace, patine sur les meubles et même dernier ménage, elle a tout fait elle-même. «Ma créativité s’est exprimée. J’en garde un merveilleux souvenir.»

    Aujourd’hui, cette passionnée a su imposer son style à la fois élégant et très actuel. La décoratrice et architecte d’intérieur précède bien souvent les tendances du moment et peut compter nombre de réalisations à son actif. Parmi elles, l’Hôtel Le Baron-Tavernier à Chexbres, l’Hostellerie Le Petit-Manoir à Morges et tant d’autres… Elle en parle avec fierté.

    Les mandats à décrocher, les difficultés de trésorerie, les dépassements de soi, un challenge au quotidien! Tous les chefs d’entreprise y sont confrontés. Mais qu’est-ce qui peut compenser ces moments difficiles à traverser ? Elisabeth Signoroni s’enflamme : «Le bonheur de la création et la passion des défis! Partir de rien et créer du merveilleux. Le client a un rêve, l’aider à le réaliser me fait vibrer. Tous les jours, mais aussi lors de mes voyages, je m’imprègne d’idées nouvelles. Ma curiosité est toujours en éveil.» Et pour la décoratrice, aucune sécurité, aucun salaire, même le plus gros, ne peut remplacer cette vibration-là, au fond des tripes. D’autant qu’Elisabeth Signoroni  se réjouit d’avoir développé une «équipe qui partage les mêmes valeurs . Aujourd’hui, j’ai un team de femmes impliquées.»

    A tout cela s’ajoute une philosophie de vie. «Dans l’existence, j’aime la vie, les gens, les rencontres. Mais j’ai aussi une grande discipline.

    Je fais du sport, je ne sors pas les soirs de semaine. Je me couche tôt et me lève tôt.» Prendre des risques, oui ! Mais ne pas jouer les coqs et se coucher comme les poules.

    Crédits: François Wavre/lundi13
  • Valentina Dizerens une exception dans un monde d’hommes

    Dom swiss La quarantaine rugissante, Valentina Dizerens a créé Dom Swiss en 2009, une entreprise liée à la promotion immobilière et de courtage sur mesure. Née à Saint-Pétersbourg, en Russie, sous le régime soviétique, elle a vécu plusieurs années en pratiquant son sport favori, l’escrime. Puis, en 1990, lors d’un voyage, elle découvre «la Suisse magnifique». C’est la révélation . «Nous nous sommes adoptées d’emblée», s’enthousiasme la jeune femme.

    Vingt ans après, elle revient sur ses débuts, semés d’embûches. «Il est difficile de se réaliser en Suisse. Les familles sont très soudées, les clans impénétrables.» Et pourtant, elle a surmonté tous les obstacles: «Ma force de travail, la persévérance, la curiosité et la volonté sont venues à bout de toutes les étapes liées à l’intégration. Grâce à mon sens de la compétition, j’ai transformé les difficultés en acquis.»

    Valentina Dizerens a choisi le domaine de l’immobilier et de la construction car «c’est un métier de négociations qui mêle plusieurs acteurs. Et, contrairement à la vraie compétition, tout le monde doit sortir gagnant. J’aime cet exercice.» Le désir de perfectionnement a poussé la jeune femme à suivre des formations, jusqu’à obtenir le Brevet fédéral de courtage immobilier en 2009.

    Sa beauté a-t-elle joué un rôle dans sa réussite? Selon elle, un physique attractif peut être un handicap pour une femme. Trop souvent jugée sur l’image. Mais, d’après son expérience, quand la femme démontre de vraies connaissances, des compétences, cela devient un avantage. «Promoteur est un métier d’homme, un seul faux pas et c’est mort !»

    Valentina Dizerens dit abominer une phrase: «Ce n’est pas possible.»

    La patronne de Dom Swiss est convaincue que tout est lié aux rencontres et confie avoir eu la chance de croiser le chemin de gens exceptionnels. Elle aime par-dessus tout tisser des relations de confiance.

    La base du succès, selon elle? «La confiance et le respect.»

    Crédits: Wollodja Jentsch
  • Franca Petruzziello-Palmisano même pas peur

    FP Gestion Conseillère communale de Saint-Prex (VD), près de Morges, et active dans la Société des commerçants, Franca Petruzziello-Palmisano est très impliquée dans la vie de sa commune. Agée aujourd’hui de 37 ans, elle a créé il y a sept ans sa société FP Gestion, spécialisée dans l’estimation, la négociation et la gestion de biens immobiliers.

    L’envie de lancer son entreprise mijotait depuis longtemps. A la veille de ses 30 ans, alors que ses jumelles avaient tout juste 18 mois et qu’elle pouvait vivre la sécurité de l’emploi dans une entreprise qui a le vent en poupe, Franca Petruzziello-Palmisano a senti qu’elle était prête à se jeter à l’eau. Un élan inéluctable qui la pousse vers le risque plutôt que la sécurité.

    Même pas peur? «J’avais conscience de commencer sans rien. Zéro client, mais aucune crainte! J’avais confiance en moi.» Une fois la décision prise, tout va très vite. La jeune trentenaire commence son activité à son domicile et rapidement ouvre ses bureaux au cœur du Vieux-Bourg de Saint-Prex. Elle est déterminée, son sens pointu de l’organisation fait le reste.

    «J’ai conclu rapidement ma première vente, ma deuxième a suivi dans la foulée et, grâce à mon réseau, tout s’est enchaîné très vite.»

    Franca Petruzziello-Palmisano a un don: elle ressent les gens. Elle analyse avec discrétion leur personnalité, s’imprègne de leurs rêves, de leurs désirs, et se met en quatre pour leur faire toucher du doigt leur idéal.

    Les moments pourtant difficiles dans le monde de l’immobilier ne semblent pas l’avoir perturbée. «Oui, l’année 2011 a été délicate, la demande était présente, mais l’octroi des crédits hypothécaires s’est avéré plus problématique. Les transactions immobilières ont été considérablement touchées.» Pourtant, elle affirme haut et fort qu’elle n’a pas connu le découragement. Malgré son caractère inquiet et perfectionniste, elle n’a jamais imaginé baisser les bras. «J’ai la chance incroyable de vivre par passion.» Et pour Franca Petruzziello-Palmisano, cette chance-là vaut tous les sacrifices et les incertitudes du monde.

    Crédits: Wollodja Jentsch

La vie d’entrepreneur n’a rien d’un long fleuve tranquille. Les trois femmes dont nous vous présentons les portraits ci-après peuvent en témoigner. Si beaucoup se découragent et rentrent dans le rang après une expérience éprouvante, aucune de ces trois patronnes, pourtant, n’a jamais baissé les bras. 

A force de persévérance et de prise de risques, chacune d’elles a surmonté les obstacles, à sa façon. A commencer par les difficultés de trésorerie. «Il est vrai que côté finances, ce n’était pas facile au début, confirme la décoratrice et architecte d’intérieur Elisabeth Signoroni. Impossible de compter sur les banques. Seul un banquier m’a fait confiance. Mais très vite, j’ai fonctionné avec mon fonds de roulement. Tout ce que je gagnais, je l’investissais systématiquement. J’ai à cœur d’anticiper, d’innover pour être performante.» Même si elle ne l’avoue pas, comme tous les patrons, elle a eu peur, peur de ne pas pouvoir régler ses salaires, peur de ne pas atteindre le chiffre d’affaires.  

Audace et prudence 

Des nuits d’incertitudes, Valentina Dizerens en a vécu aussi. Pourtant, dans son cas, si des partenaires ont misé sur elle, ce sont surtout et avant tout les banques qui l’ont soutenue, même quand elle a pris des risques. «Le métier de promoteur dépend beaucoup de la situation économique. Il faut donc savoir s’adapter intelligemment et avec prudence. Les femmes calculent les risques différemment des hommes. Elles sont très audacieuses mais imaginent mille façons de retomber sur leurs pattes.»

Ce n’est pas Franca Petruzziello-Palmisano, à la tête d’une agence de courtage, qui va la contredire, elle qui se montre fière de n’avoir eu besoin de personne côté finances. «J’ai créé rapidement le fonds de roulement nécessaire au réel lancement de mon activité.» 

Trois parcours inspirants pour tous ceux et celles qui aimeraient se lancer. 

Anne-Marie Philippe

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