Bilan

Travail: le vendredi, c’est déjà samedi

Avec la progression du travail à temps partiel et du home office, toujours plus d’actifs désertent les bureaux le vendredi. Les conséquences touchent autant l’économie, la mobilité que la vie sociale.

Toujours plus de Suisses travaillent à temps partiel. Le vendredi, les bureaux se vident tandis que se remplissent les plages et les piscines.

Aujourd’hui, c’est vendredi. Bureaux quasi-déserts, pas de queue à la cantine, des sièges de libre dans les trains, bus et métros. Avec la progression du temps partiel, les employés sont toujours plus nombreux à finir la semaine un jour plus tôt.

Sur l’ensemble de la population active, le taux d’employés qui ont renoncé à un emploi à 100% est passé de 20% en 1991 à 28% en 2015. Actuellement, 6 femmes sur 10 exercent un emploi à temps partiel et 1,6 homme sur 10, selon l’OFS (Office fédéral de la Statistique). Si les lieux de travail se vident, cafés, places de jeux et piscines se remplissent en revanche comme si le vendredi était un deuxième samedi. C’est le jour où l’on voit les pères arpenter les rues en compagnie de leur progéniture.

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Reste que ce souhait généralisé d'avancer d'un jour le week-end pose des problèmes aux entreprises. Un sondage cité par le Tages-Anzeiger indique que les grandes entreprises zurichoises sont préoccupées par un taux d’absence en progression ce jour-là. Chez Zurich Insurance, le personnel est amputé en moyenne de quelque 20% de ses forces le vendredi.

Home office

Les collaborateurs sont soit en congé ou ils font du « home office » et effectuent leurs tâches à distance. Au siège de Migros, 40% des collaborateurs à temps partiel ne travaillent pas le vendredi, contre 25% le mercredi. Sans encore oser appliquer des restrictions, les responsables du personnel cherchent des solutions afin que le travail se poursuive jusqu’au dernier jour de la semaine.

En février dernier, une étude signée Deloitte indiquait que 28% des employés œuvrent un jour par semaine en home office. Sur la base d’un échantillon d’un millier d’entreprises helvétiques, l’enquête pointait que du lundi au mercredi, 69% des collaborateurs sont au bureau, puis plus que 67% le jeudi et 62% le vendredi.

Rapporté au 3,8 millions des actifs suisses, cette différence de 7% représente 270 000 personnes de moins à se rendre au travail, déclare le responsable de l’étude au Tages-Anzeiger. Un chiffre qui illustre l’importance du phénomène.

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Le projet de « Mobility pricing » présenté fin juin par la ministre des transports Doris Leuthard prend tout son sens à la lumière de ces données. Afin de mieux utiliser les capacités offertes par le rail et par la route, des tarifs différenciés pourraient être appliqués sur les lignes surchargées selon le lieu et l’heure. Pour la route, l’idée de péages routiers fait son chemin, de même que celle d’une vignette électronique. Des incitatifs financiers qui devraient pousser certains à prendre congé le lundi ou le mardi plutôt que le vendredi.

Plus décontracté le vendredi

Dans une société qui accorde davantage d’importance au « work-life balance », le monde de l’entreprise s’est adapté à cette nouvelle donne et tolère un mode de travail plus décontracté le vendredi. Cette tendance s’illustre par la pratique du « Casual Friday », une habitude anglo-saxonne qui autorise l’assouplissement des codes vestimentaires le dernier jour de la semaine.

Côté management, le chef qui convoque des séances de première importance passe pour un dangereux sadique. Pour les décisions stratégiques, il y a le lundi.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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