Bilan

Syngenta, investissement record des Chinois en Suisse

Acquise pour 43 milliards par le groupe chimique ChemChina, la multinationale bâloise Syngenta devient la plus grosse société étrangère prise en main par un groupe chinois. En jeu, un savoir-faire stratégique pour nourrir une population vieillissante.
  • Sous la pression de ses actionnaires, Syngenta a donné le feu vert à une reprise par Chem China, après les refus répétés adressés en 2015, en particulier à Monsanto et Dupont de Nemours.

    Crédits: Image: AFP
  • Ren Jianxin, CEO de ChemChina, et Michel Demare, CEO de Syngenta, ont annoncé mercredi matin l'offre à venir du groupe chinois pour racheter le géant bâlois de l'agrochimie.

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  • Avec ce rachat, ChemChina réaliserait la plus importante acquisition chinoise jamais réalisée dans le domaine de la chimie.

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  • Swissport, fleuron suisse dans le domaine aéroportuaire, est passé sous pavillon suisse voici quelques mois.

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  • Dans le secteur horloger, Corum a été racheté par des investisseurs chinois voici plusieurs années.

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Jamais une acquisition chinoise à l’international n’avait atteint de tels montants. Quatrième plus grosse transaction de l’histoire en cash, elle est également la plus importante réalisée sur le territoire suisse, d’après les calculs d’HSBC. Une opération sans précédent dans le secteur de la chimie.

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Sous la pression de ses actionnaires, Syngenta a donné le feu vert à une reprise par ChemChina, après les refus répétés adressés en 2015, en particulier à Monsanto et Dupont de Nemours. Suite à son entrée en janvier dans le capital du groupe de trading genevois Mercuria, à hauteur de 12%, le groupe étatique de l’Empire du milieu poursuit ainsi son offensive en Suisse.

Le savoir-faire suisse, un enjeu stratégique pour la Chine

Pour Andreas Bodenmann, responsable du Centre de compétence Chine chez EY Suisse, l’agroalimentaire devient un défi crucial dans la stratégie chinoise: «La Chine est en recherche de productivité pour faire face au vieillissement de la population. L’objectif est de tirer partie des compétences de Syngenta en terme d’optimisation des rendements, afin d’assurer la couverture alimentaire de sa population».

L’intérêt de la Chine pour le savoir-faire suisse n’est pas nouveau. L’horlogerie avait déjà fait l’objet d’une vague de rachat au début des années 2010. Le groupe China Haidian s'était porté acquéreur d’Eterna à Granges et de Corum à La Chaux de Fonds, ce dernier pour un montant de 80 millions de francs. Depuis deux ans, on assiste à une diversification et une forte augmentation des montants investis. Swissport, actif dans l’assistance aéroportuaire, a ainsi été cédée en juillet 2015 au groupe HNA, pour une valorisation estimée à 2.7 milliards de francs.

Lire aussi: Swissport se fait racheter par un groupe chinois

«Les Chinois sont dans une logique d’apprentissage, estime Andreas Bodenmann. Les premières années, ils valorisaient avant tout le savoir-faire technique, mais aujourd’hui ils s’orientent également sur celui managerial». Une bonne réputation suisse, dont la visibilité s’est accrue en Chine depuis la signature du traité de libre-échange entre les deux pays mi-2014.

Apprendre et transférer

Les risques d’un transfert de compétences sur le sol chinois, assorti d’une délocalisation de l’emploi, préoccupent. Dans une motion adressée en 2013 au National intitulée «Protéger les intérêts économiques suisses», le conseiller Dominique Buman s’inquiétait déjà d’une perte de l’avance technologique suisse, consécutive aux acquisitions chinoises. «Effectivement, les Chinois rapatrient une partie du savoir-faire sur le territoire national, mais cette activité se rajoute. On a pu voir sur la dernière décennie que l’emploi en Suisse avait été faiblement affecté», relève Andreas Bodenmann. En cause, une situation géographique favorable et un haut niveau de compétences, selon l’analyste: «La Suisse reste une place intéressante pour les siège sociaux. Sa compétitivité en termes industriels la protège également».

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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