Bilan

Symetis rouvre la fenêtre des IPO en Suisse romande

Pour le CEO de Symetis Jacques Essinger, c’est tout l’écosystème qui va profiter de la mise en bourse de l’entreprise. Entretien exclusif.

Le serial entrepreneur Jacques Essinger prépare la deuxième IPO de sa carrière.

Depuis son siège d’Ecublens, Symetis a développé une technologie d’implantation de valves aortiques transcathéter, sans opération à cœur ouvert autrement dit. Sur la base d’innovations développées à l’origine au CHUV, l'entreprise a mis son premier produit sur le marché dès 2011 et vu ses revenus passer de 7 à 18 millions de francs de 2012 à 2014.

Fin 2014, elle a reçu l’autorisation de mettre sur le marché son second produit permettant d’installer une valve aortique qui se déploie près du cœur, en passant par l’artère fémorale. Forte de 90 employés en Suisse et 140 dans son usine au Brésil, Symetis s’apprête à lever 80 millions de francs en bourse suisse d’ici la fin de l’année. Son Fondateur et CEO, Jacques Essinger, explique à Bilan la logique de cette opération.

Pourquoi avoir choisi une introduction sur le marché suisse, alors que les entreprises de haute technologies en Europe ont choisi quasi systématiquement le Nasdaq ces dernières années ?

D’abord parce que nous sommes une entreprise suisse et que le secteur des technologies médicales est très associé avec ce pays. Ensuite, c’est vrai qu’il n’ y a pas eu d’IPO d’entreprises de medtech depuis longtemps (Ypsomed en 2004, ndlr.).  Mais les investisseurs d’ici sont nombreux à comprendre ce secteur et ils savent qu’il a produit de nombreuses success stories.

Certes, mais les fleurons medtech des années 2000 ont aussi été rachetés et ont disparu de la Bourse suisse. L’expertise financière ne s’est-elle pas perdue avec cette consolidation ?

Je ne pense pas. La réalité est que ces entreprises ont eu tellement succès qu’elles ont fini par être rachetées par les géants de la branche. Cela dit, vu l’accueil et même l’excitation que nous avons rencontrés auprès des analystes des banques qui nous conseillent, soit Credit Suisse, Bank am Bellevue et Vontobel auxquels s’ajoute Jefferies, je peux vous dire que l’écosystème est bien vivant et porteur. Il y a toujours une très forte expertise et les financiers comprennent vite notre modèle.

Il y a cependant toujours un risque avec une mise en bourse. Pourquoi avoir choisi cette option ?

Symetis a atteint une taille qui la fait sortir du monde des start-up. Nous devons maintenant consolider notre bilan, renforcer la visibilité de l’entreprise, attirer des talents, intéresser nos collaborateurs et sécuriser nos partenaires industriels et commerciaux. Toutes choses que permet l’IPO. Enfin au-delà, cette IPO va prolonger et renforcer notre dynamique de croissance.

A savoir ?

Avec le lancement de notre produit transfémoral, nous enregistrons déjà des ventes en croissance de 68% au premier semestre de cette année par rapport à la période équivalente en 2014. Nous sommes déjà numéro trois en Europe sur notre marché, pratiquement à égalité avec notre concurrent Boston Scientific. Et nous nous apprêtons à nous développer sur d’autres continents. Tous les indicateurs sont au vert pour cette IPO.

Vous êtes un des rares entrepreneurs suisses à mener une seconde IPO, celle de Symetis intervenant 15 ans après celle de Modex. Quelles sont les différences ?

Modex était une entreprise de biotechnologies en devenir alors que Symetis a déjà des produits sur le marché et prend des parts de marchés dans le domaine le plus chaud des medtechs aujourd’hui. Certaines analyses prédisent que le marché des implantations de valve aortique transcatéther va tripler pour atteindre 3 milliards de dollars en 2019. Notre profitabilité est à bout touchant pour l’an prochain avec en outre un solide pipeline de nouveaux produits.

Pensez-vous que l’IPO de Symetis soit de nature à rouvrir la fenêtre des opportunités pour d’autres entreprises suisses ?

Je le pense parce que nous nous inscrivons dans une dynamique. Dans le domaine des biotechs, on vient d’assister à deux IPO qui ont particulièrement bien performé avec Molecular Partners puis Cassiopea. Cela prouve l’intérêt renouvelé des investisseurs  pour les entreprises suisses de croissance. Les investisseurs comprennent et font bien la différence entre ce type d’entreprises et des blue chips plus sures mais moins rapides dans leur croissance.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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