Bilan

Sylke Hoehnel, de la science au business

Tester des traitements sur des échantillons d’organes du patient: la cofondatrice suisse de SUN Bioscience a engagé la médecine dans une direction prometteuse. Rencontre.

Cofondatrice de SUN Bioscience, Sylke Hoehnel était l’une des finalistes des Cartier Women’s Initiative Awards.

Crédits: Dr

Comment a commencé l’aventure SUN Bioscience?

Ma cofondatrice Nathalie Brandenberg et moi préparions un doctorat à l’EPFL. L’Hôpital ophtalmique de Lausanne avait besoin d’échantillons vivants, des mini-organes. Nous avons envoyé la technologie à Edimbourg et Vienne et les feed-back ont été très positifs. Les cellules ophtalmiques sont très différentes d’autres tissus vivants, mais nous avons étendu les secteurs en contactant des médecins, notamment à Morges sur la mucoviscidose avec un médecin qui cherchait des organoïdes. Aujourd’hui, nous avons la technologie pour faire grandir les organoïdes et vendons ces solutions notamment aux grandes pharmas à Bâle.

Que conservez-vous en propre?

Nous utilisons la technologie pour une étude clinique, avec trois patients actuellement et un objectif de quinze. Notre premier défi a été le sourcing: les patients doivent aller chez le médecin pour une biopsie, puis il y a des protocoles pour faire grandir les cellules-souches, et ensuite avoir une méthode pour voir les résultats du médicament avec des microscopes spéciaux (nous mesurons les flux de transport via l’épithélion). Le champ d’application est très large. On a parlé de notre étude mucoviscidose à des pharmas et ils veulent voir si leurs traitements en phase de recherche ont des effets sur l’intestin et le foie. A terme, le cancer pourra faire partie des pathologies, mais c’est plus complexe de l’étudier dans des organoïdes hors du corps.

Vous avez beaucoup misé sur la recherche…

Oui, nous avons quatre brevets (trois sont en possession de l’EPFL avec licence exclusive et le quatrième a été écrit pour la startup): nous avons bénéficié du soutien de l’EPFL, puis de celui d’un avocat en droit de la propriété intellectuelle. Mais il a fallu apprendre beaucoup. L’été dernier, nous avons recruté le troisième membre de l’équipe avec un background dans la finance. Il nous a donné de son temps: nous nous sommes rendu compte de l’intérêt pour nous. J’essaie d’apprendre avec lui ce qui me manque sur le business. Nathalie conserve la main sur l’aspect clinique.

Vous êtes deux cofondatrices. Avez-vous eu à surmonter des difficultés en tant que femmes?

Au début, ce n’était pas facile d’aller dans des secteurs où il n’y avait presque que des hommes. Nous avons appris à faire avec et y avons trouvé une motivation et une confiance. Un jour, ma cofondatrice et moi sommes allées auprès du Canton pour obtenir un prêt, puis chez le notaire pour le contrat: il nous a confié que c’était la première fois en quinze ans qu’il faisait modifier le «il» du contrat en «elle». Nous souhaitons donner aux femmes cette sensation qu’elles sont aussi légitimes que les hommes pour bâtir une entreprise dans les sciences. 

A titre personnel, nous essayons de nous placer au maximum dans les réseaux, sans se limiter aux critères féminins.

Vous avez été sélectionnée parmi les finalistes des Cartier Women’s Initiative Awards (lire l’encadré ci-contre) . Qu’est-ce que cela représente pour vous?

J’étais en Inde pour une conférence Global Entrepreneurship Summit lorsqu’une Américaine m’a conseillé de regarder du côté de Cartier. Je ne connaissais pas leur programme, mais j’y ai vu d’abord l’opportunité d’agrandir notre réseau. C’est important pour lever des fonds, mais aussi trouver des partenaires qui comprennent l’équilibre entre le consentement du patient et le produit que nous délivrons. 

Or, je suis très positivement surprise: c’est incroyable comme programme, avec des workshops, des rencontres avec les autres finalistes, d’anciennes lauréates, des conseils pour se présenter selon les interlocuteurs, et bien entendu la communauté. Je conseillerais à d’autres jeunes entrepreneurs de participer pour bénéficier de ces atouts. 


Mettre en valeur les projets ayant de l’impact

Women’s Initiative Awards Depuis 2006, plus de 18 600 candidates, 2019 finalistes et 70 lauréates ont été recensées par Cartier pour ses Women’s Initiative Awards. Chaque année, la célèbre marque de luxe française met en valeur des femmes entrepreneures issues des cinq continents, pour peu que leur projet soit viable sur le long terme et ait un impact fort. Environnement, médecine et santé, lutte contre la pauvreté, éducation, finance… 

Le panel des secteurs est vaste. Tout autant que les origines des lauréates (52 pays différents). Cette année, ce sont 21 finalistes (trois par zone géographique) qui ont convergé vers San Francisco pour plusieurs jours d’ateliers, visites, conférences, rencontres et pour assister à la cérémonie finale. Voilà quelques mois, il y avait plus de 2900 candidatures, issues de 142 pays (dont le Japon et la Suisse pour la première fois). 

En plus de l’intérêt du vaste réseau né de ces quatorze éditions, les finalistes bénéficient d’un accompagnement, de conseils, de soutien et d’expertises dans des domaines où elles pourraient avoir des lacunes. Dans cette vaste initiative, ce sont plus de 400 membres du jury et coaches qui analysent et guident les femmes entrepreneures. Dans certains cas, Cartier a même investi dans les sociétés des lauréates quand l’activité pouvait se révéler stratégique pour la marque. A la veille des premières réflexions en vue de la 15e édition, ce sont près de 7000 postes de travail qui ont été créés par les entreprises sélectionnées par Cartier et son partenaire, l’INSEAD Business School, et McKinsey & Company.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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