Bilan

«Swissquote aurait pu disparaître»

Paolo Buzzi, cofondateur avec Marc Bürki de la banque en ligne, raconte la genèse de leur société, les crises traversées ainsi que les constantes innovations pour assurer sa croissance.

Fondateurs de Swissquote: Marc Bürki (CEO), à g., et Paolo Buzzi (Chief Technology officer).

Crédits: François Wavre/lundi13

Né au Tessin et arrivé à Lausanne à l’âge de 6 mois, Paolo Buzzi, à l’inverse de son alter ego Marc Bürki, n’est pas connu du grand public. Tout comme son partenaire et ami, il est à l’origine de la Banque Swissquote et dirige désormais sa partie technologique. Son rôle est d’autant plus essentiel que Swissquote est avant tout une fintech qui compte 320 000 clients lui ayant confié 25 milliards de francs d’actifs. Peu habitué des médias, Paolo Buzzi a reçu Bilan au siège de la banque à Gland (VD). Interview exclusive.

Comment votre rencontre avec Marc Bürki s’est-elle passée?

Nous nous sommes connus pendant nos études à l’EPFL et sommes devenus des amis. J’ai un diplôme d’ingénieur en microtechnique et Marc celui d’ingénieur en électricité. 

Quand avez-vous eu l’idée de fonder votre société?

Avec Marc, nous avons toujours rêvé d’indépendance et voulions créer notre société. Etant donné que j’étais passionné par l’informatique, je suis parti en Californie, où je suis resté deux ans. Ensuite, je suis rentré en Suisse et, avec Marc Bürki, nous avons fondé la société Marvel Communications. Notre idée de départ était de créer des logiciels qui permettaient aux banques de gérer les données fournies par Telekurs et Reuters. Cela a très bien marché dans toute l’Europe, mais la sortie de solutions concurrentes de ces mêmes fournisseurs a sonné le glas de notre business model.

Qu’avez-vous fait à ce moment-là?

Au milieu des années 1990, nous avons saisi tout le potentiel de l’internet et avons commencé à créer des sites web. Même si nos clients étaient des noms prestigieux comme le CIO ou Fiat, ces revenus n’étaient pas récurrents (cette activité a été par la suite cédée aux cadres de Marvel Communications, ndlr).

En parallèle, nous avons créé, en 1996, le site swissquote.ch et, lorsque le monopole de Telekurs d’accès à la Bourse suisse est tombé, nous sommes devenus distributeurs de ses informations financières via internet et tout un chacun pouvait y accéder de manière gratuite. L’idée était de démocratiser la finance. Le site a très bien marché, surtout auprès de la population qui, à l’époque, n’avait que le journal pour accéder à la bourse.
La publicité a permis d’équilibrer les comptes.

Cela vous a poussés à offrir des transactions boursières?

Nos clients voulaient passer directement les ordres à la bourse, sans passer par leur banquier. Comme nous n’étions pas une banque, nous avons passé un partenariat avec la zurichoise Rüd Blass qui était devenue notre banque dépositaire, où les clients ouvraient leur compte. Pour ce faire, nous avions créé notre propre plateforme technologique de trading liée à notre plateforme d’information financière.

La suite logique était-elle la transformation en banque?

Notre besoin d’augmenter rapidement le nombre de services offerts à nos clients a motivé notre décision de devenir une banque indépendante. Nous avons levé 70 millions en mai 2000 pour financer la transition et, en 2001, Swissquote est devenue une banque avec l’objectif de faciliter l’accès à la bourse pour les investisseurs. La taille moyenne de nos comptes se situait entre 30 000 et 50 000 francs. Mais, avec l’éclatement de la bulle internet en 2001, l’activité de nos clients s’est quasiment arrêtée. 

Nos revenus ont donc baissé et cela a fait plonger le cours de notre action à l’époque de 25 francs à quasiment 1 franc. A ce moment-là, nous aurions pu disparaître.

Comment avez-vous fait pour vous maintenir à flot?

Nous avons eu la chance que Credit Suisse arrête sa plateforme Youtrade, concurrente à la nôtre. Nous avons pu récupérer sa clientèle. Par ailleurs, avec le rachat de Consors Suisse, nous avons atteint la taille critique en 2003, ce qui nous a permis de devenir bénéficiaires. Il faut aussi dire que beaucoup de concurrents ont quitté le marché à cette époque.

Swissquote Group, dont le siège est à Gland, emploie près de 600 personnes. (Crédits: Swissquote)

Les crises suivantes vous ont-elles également fortement marqués?

Durant la crise des subprimes, en 2008, tout s’est ralenti. Nous avons alors entamé une diversification dans le forex (marché des changes) et avons par la suite racheté ACM et MIG Bank. Aujourd’hui, le forex représente 40% de nos revenus et nous figurons parmi les 15 plus gros acteurs mondiaux, mais il a aussi apporté de nouveaux risques liés à l’effet de levier

La décision de la BNS en janvier 2015 de supprimer le cours plancher de 1,20 franc pour un euro vous a-t-elle coûté cher?

Nous y avons perdu 25 millions de francs car les clients ont pris des risques en faisant trop confiance à la BNS et leurs comptes sont tombés en négatif. A la suite de cet événement, nous n’acceptons plus de levier sur les monnaies ancrées.

Cela fait plus d’un an que votre offre comprend les cryptomonnaies. Comment se porte la demande depuis la chute des cours?

Nous avons été les premiers en Europe à ouvrir l’accès aux cryptomonnaies en juillet 2017. Nous n’offrons pas encore de portefeuille électronique mais cela viendra bientôt. Les cinq principales cryptomonnaies sont disponibles sur notre plateforme de trading et ce produit a connu un gros succès dès le début. Certes, les volumes ont bien baissé depuis le début de l’année, mais l’intérêt est toujours là. La technologie de la blockchain va se développer car il existe une tendance globale vers l’élimination du cash, du fait que les Etats veulent plus de traçabilité. Dans ce domaine, nous venons d’offrir à nos clients la possibilité de souscrire facilement en un clic à des ICO (Initial Coin Offering, ndlr). Nous sommes, à ma connaissance, la première banque à offrir ce genre de services. Il est important pour nous de constamment innover et de créer de la valeur propre qui nous distingue des autres.

Misez-vous sur le robo-advisory?

Nous avons lancé le produit robo-advisory en 2010 et étions parmi les premiers du monde à proposer une technologie qui permettait de gérer automatiquement un portefeuille de titres grâce à des algorithmes développés en partenariat avec l’EPFL. Un de ses avantages est que les frais sont fixes. A l’heure actuelle, 230 millions de francs sont gérés de cette manière pour 2400 clients. Nous offrons deux fonds de placement, l’un en francs suisses, qui a reçu le prix Lipper du meilleur fonds suisse avec un rendement sur trois ans, et l’autre en euros, avec les mêmes algorithmes. Ces produits permettent à des clients qui n’ont pas le temps ou les connaissances nécessaires d’investir leur patrimoine en bourse.

Dans l’avenir, le robo-advisory pourra nous aider à développer différents concepts y compris le hedging (protection de portefeuille) et le métier de conseil à la clientèle. Nous croyons dans la combinaison du robot et de l’humain.

De quelle manière comptez-vous développer votre offre?

Swissquote s’attaque à l’international en proposant ses services à l’étranger. Nous venons d’acheter Internaxx, banque basée au Luxembourg. Elle nous aidera à servir le marché européen et sera aussi utile à faire face au Brexit. Nous sommes un agent dépositaire à Malte et disposons de filiales et bureaux de représentation à Londres, Dubaï et à Hongkong.  Nous formons des partenariats avec les émetteurs de fonds de placement et proposons aussi beaucoup de warrants via la plateforme SwissDots qui met en contact partenaires et clients. Notre univers comprend aujourd’hui environ 3 millions d’instruments, traités sur 70 bourses. Nous sommes les premiers en Suisse à proposer  une carte de crédit en 12 devises sans frais de change. Nous avons développé une plateforme pour les gérants indépendants et notre technologie est disponible en marque blanche. A terme, Swissquote offrira tous les services bancaires aux clients privés et aux entreprises. 

Grâce à notre technologie, 99% de nos transactions sont automatisées, ce qui augmente l’efficience et limite les erreurs. Toute la technologie est imaginée et développée en interne par nos 255 ingénieurs en Suisse et 100 en Ukraine. 


Paolo Buzzi et Marc Bürki sont à la tête d’une fortune estimée par Bilan entre 200 et 300 millions de francs.

Marat Shargorodsky

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