Bilan

Swisscom en mains privées: une idée peu populaire

Une votation populaire sur la privatisation intégrale de Swisscom, détenu actuellement à hauteur de 51% par la Confédération, n'aurait aucune chance aujourd'hui, selon les auteurs du sondage.

Le syndicat Syndicom a demandé un sondage sur la question de la privatisation de l'opérateur historique.

Les Suisses ne veulent pas d'une privatisation totale de Swisscom, d'après un sondage de l'institut gfs.bern mandaté par le syndicat syndicom. Seuls 12% de la population y est favorable et 17% pourrait l'accepter, contre 56% en défaveur et 15% d'indécis.

Une votation populaire sur la privatisation intégrale de Swisscom, détenu actuellement à hauteur de 51% par la Confédération, n'aurait aucune chance aujourd'hui, a lancé jeudi Lukas Golder, politologue de gfs.bern, devant les médias à Berne. Les sondés accordent aussi une grande importance au sujet: 74% d'entre eux glisseraient un bulletin dans l'urne, contre 18% de réticents à voter et 8% d'indécis.

Sans surprise, les sympathisants du PS, des Verts et du PDC sont les moins disposés à accepter une telle opération. Environ 30% des électeurs du PLR et 20% de ceux de l'UDC soutiennent en revanche la privatisation du géant des télécommunications. Au niveau de l'âge, les personnes entre 18 et 39 ans s'opposeraient moins férocement que leurs aînés (43%) au passage de Swisscom en mains privées.

Parmi ceux qui soutiennent la privatisation, 66% évoquent l'argument d'une liberté accrue sur le marché face à la concurrence, soit 7% de moins que lors d'un sondage semblable en 2006. Aussi, 38% parlent d'une baisse des prix profitant aux clients, contre 50% en 2006. Et 36% s'opposent de front à l'économie publique si les privés peuvent garantir le service public, contre 44% il y a dix ans.

Les opposants rappellent eux le développement efficace de Swisscom ces dernières années malgré le fait que la Confédération en soit l'actionnaire majoritaire. D'autres arguments populaires sont évoqués, comme la qualité du réseau grâce à l'appartenance de l'entreprise à l'Etat et la peur de voir certaines régions de Suisse laissés-pour-compte après une éventuelle privatisation.

"Partout où l'argenterie des services publics a été privatisée, les conséquences ont été désastreuses", a commenté jeudi le conseiller national Corrado Pardini (PS/BE). "J'entends déjà les groupes qui se sont emparés de Swisscom dire à la Confédération: si vous voulez que le Jura neuchâtelois, le val Melsocina (GR) ou le Diemtigtal (BE) obtiennent un accès au réseau à large bande, vous devez payer!"

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La vente de Swisscom à une firme internationale représenterait aussi un risque pour la sécurité du pays, a souligné de son côté Giorgio Pardini, membre de la direction de syndicom, qui brandit la menace du référendum si les Chambres devaient un trancher en faveur d'une telle opération. Swisscom exploite des installations militaires et d'autres infrastructures et services sécuritaires, a-t-il rappelé.

Le syndicat s'est par ailleurs brièvement attardé jeudi sur le cas de figure du voisin autrichien, dont l'entreprise étatique de télécommunications Telecom Austria a été rachetée il y a quatre ans par la société mexicaine de télécoms América Movil. Dès lors, les prestations se sont détériorées, selon lui.

Publié en décembre dernier, un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) propose une privatisation totale de Swisscom. Selon l'OCDE, en tant qu'ancienne entreprise monopolistique, le groupe bénéficierait de parts de marché plus importantes que ses concurrents. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) est sur le point d'étudier cette proposition.

Le sondage de l'institut gfs.bern a été mené par téléphone entre le 25 avril et le 11 mai auprès de 1005 citoyens originaires de toutes les régions linguistiques de Suisse. La marge d'erreur est de +/- 3,2%.

 

 

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