Bilan

Swissair: le temps des pionniers

La compagnie historique nationale est née il y a 90 ans, en 1931. Zoom sur les débuts d’un fleuron helvétique.

  • 1931 A sa création, la flotte de Swissair comprend 13 avions, dont des Fokker F VII et un Comte AC-4 Gentleman.

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  • 1934 Swissair engage les premières hôtesses de l’air d’Europe.

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  • 1971 Les diplomées du cours d’hôtesses de la volée 1971 posent devant le premier Boeing 747 aux couleurs helvétiques.

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  • 1996 Philippe Bruggisser devient CEO.

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  • 2001 Le grounding: des avions cloués au sol sur le tarmac de Zurich-Kloten.

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1931 Swissair naît de la fusion entre l’agence de voyages créée par Walter Mittelholzer et  la compagnie d’aviation de Balz Zimmermann. (Crédits: Eth library)

En 1931, Walter Mittelholzer a 37 ans. Ce Saint-Gallois appartient à la famille des pionniers de l’aviation emportés prématurément, aux côtés d’Antoine de Saint-Exupéry et de Jean Mermoz. Photographe, voyageur et écrivain, il obtient sa licence de pilote en 1917. Alors que les avions ressemblent encore souvent à des cercueils volants, il termine son instruction en tant que pilote militaire une année plus tard. En 1925, il signe un exploit inouï. Il survole le Mont Damavand en Iran, un pic culminant à 5671 mètres, dans un cockpit non pressurisé. Puis il enchaîne avec la traversée du continent africain du nord au sud, en 23 escales. Le Suisse a été le premier pilote à survoler le Kilimandjaro et à ramener d’innombrables photos des peuples du Kenya. Sportif accompli, il décède d’une chute à l’âge de 43 ans, alors qu’il faisait de l’alpinisme dans les montagnes de Styrie, en Autriche.

Balz Zimmermann (Crédits: Eth library)

Mais revenons à Swissair. En 1931, l’aventurier exploite sa propre agence de photographie aérienne et de voyage, baptisée Ad Astra Aero. A Bâle, l’instructeur des troupes d’aviation helvétiques Balz Zimmermann a lancé une compagnie d’aviation locale nommée Balair. Une troisième figure joue encore un rôle important, celle du colonel Arnold Isler, qui dirige l’Office fédéral de l’aviation civile de l’époque. C’est lui qui a initié le rapprochement entre Ad Astra Aero et Balair, en faisant notamment miroiter à leurs fondateurs le potentiel d’économies. L’accord est conclu en 1931. Swissair naît de la fusion des deux firmes.

Une aura internationale

1937 Publicité signée par l’artiste bâlois Eugen Häfelfinger. (Crédits: Eth library)

L’histoire de ce fleuron helvétique fait écho au destin hors norme de son cofondateur, Walter Mittelholzer. Un accès rapide à une aura internationale, puis une fin abrupte et brutale. Car, on le sait, le 2 octobre 2001, Swissair va connaître un «grounding», avant de disparaître en mars 2002, dans la faillite de SAirGroup, l’entité juridique constituée autour de sa marque. Les activités seront reprises par une nouvelle compagnie du nom de Swiss International Air Lines (voir l’encadré ci-contre).

A l’occasion du 90e anniversaire de la fondation de Swissair, Bilan jette un coup de projecteur sur les débuts de la compagnie helvétique. Un temps où elle s’est illustrée par ses exploits techniques, autant que sa réussite commerciale et même son glamour.

A sa création, la flotte de Swissair comprend 13 avions. L’AC-4 Gentleman du fabricant suisse Comte pouvait transporter deux passagers et parcourir 700 kilomètres. Il y a aussi huit Fokker F VIIb, un F.VIIa, deux Dornier Merkur et un Messerschmitt M18d. En 1932, Swissair est la première compagnie du Vieux-Continent à acquérir deux exemplaires du modèle américain Lockheed Orion. Cet avion atteint la vitesse de 260 km/h, soit 100 km/h de plus que ceux de la concurrence. Swissair se distingue aussi en engageant, dès 1934, les premières hôtesses de l’air sur le continent européen. Les vols relient la Suisse à Munich et à Vienne. La compagnie helvétique va continuer à accumuler les premières européennes, jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale gèle le trafic aérien civil.

1947 Inauguration de la ligne Genève - New York  sur un DC-4. (Crédits: Eth library)

Au sortir de ce conflit meurtrier, il faut relancer les opérations, après six ans de paralysie. Une nouvelle société Swissair est créée avec un capital de 20 millions de francs, dont près d’un tiers a été investi par les pouvoirs publics. En 1947, Swissair inaugure une ligne régulière Genève-New York. Lors de ces années d’après-guerre, la compagnie se pare d’une renommée de marque luxueuse. Les repas servis à bord sont confectionnés par une escouade de cuisiniers, pâtissiers et boulangers. Bénéficiant de l’essor global du transport aérien, Swissair devient un symbole de l’excellence helvétique.

A la recherche d’alliés

Lorsque les avions à réaction arrivent sur le marché en 1955, Swissair passe commande et les trois premiers Douglas DC-8 sont mis en service en 1960. Le premier Boeing 747 aux couleurs helvétiques décolle en 1971 et sera utilisé jusqu’en 1984. Swissair résiste à la concurrence internationale qui s’intensifie et poursuit son développement sur trois décennies. En 1995, la firme dessert 117 destinations dans 70 pays.

1960 La compagnie est réputée pour son service luxueux. (Crédits: Eth library, Keystone)

Mais la compagnie souffre de son isolement à la suite du rejet en votation de l’Espace économique européen, en 1992. Alors que le trafic aérien s’est libéralisé, il lui faut trouver des alliés chez ses voisins, membres de la Communauté européenne. C’est dans ce contexte que, en 1996, le Zurichois d’origine argovienne Philippe Bruggisser prend la tête de la compagnie helvétique. La même année, ce spécialiste des finances provoque un choc national en décidant de priver l’aéroport de Genève de la totalité de ses vols long-courriers, à l’exception de la liaison avec New York. La Suisse romande vit cet épisode comme une trahison tandis que l’aéroport de Cointrin cherche des compagnies étrangères pour reprendre l’offre. La défection de Swissair a créé les conditions de base pour le développement des activités de la britannique easyJet dans l’arc lémanique.

Deux ans plus tard, la Suisse est plongée dans l’effroi. Le 2 septembre 1998, le
vol 111 de Swissair entre New York et Genève s’écrase dans l’océan Atlantique, près de Halifax, tuant 229 personnes. Selon l’enquête, un incendie a provoqué des pannes électriques paralysant les instruments de pilotage. L’équipage a alors perdu le contrôle du MD-11. Ce vol porte le surnom de «navette de l’ONU», car il transporte régulièrement les fonctionnaires de l’Organisation des Nations Unies entre les sièges de Genève et New York. Les victimes sont essentiellement américaines (118) et suisses (48). La catastrophe conduira au remplacement de certains matériaux inflammables dans les avions commerciaux, de même qu’à 27 nouvelles recommandations de sécurité.

Durant les années qui ont précédé l’an 2000, Philippe Bruggisser n’a jamais caché de grandes ambitions qui le conduisent à renommer le groupe Swissair, SAirGroup. Sur une idée du cabinet de conseil en stratégie McKinsey, le manager déploie une «hunter strategy» (stratégie du chasseur) et multiplie les acquisitions ruineuses. Peu avant sa chute, la compagnie helvétique réunit dans son giron la belge Sabena, de même que différentes petites compagnies dont le point commun est d’être déficitaires. L’investissement consenti – colossal – s’élève à quelque 17 milliards de dollars. Sans réelle surprise, les observateurs constatent que les affaires périclitent. Surnommée, au temps de sa splendeur, la «banque volante», Swissair s’enfonce dans les dettes.

Le coup de grâce est donné par les attentats du 11 septembre 2001, qui stop-pent le transport aérien. Le 2 octobre 2001, Swissair n’est plus en mesure de payer ses factures. Les vols sont suspendus, les avions restent au sol. Près de 40 000 passagers sont bloqués dans le monde entier. L’immense attachement de la population suisse à sa compagnie fait de ce grounding une tragédie nationale. Swissair ne se remettra financièrement pas de cette débâcle et disparaît définitivement le 31 mars 2002.


De Swissair à Swiss

(Crédits: Eth library)

Le mardi 2 avril 2002, Swiss International Air Lines commence ses activités, six mois après le grounding de Swissair. Cette dernière, en faillite, a ensuite été acquise par sa filiale bâloise Crossair grâce à une injection d’argent issu essentiellement de fonds publics. Swiss doit affronter des turbulences. Conflits salariaux avec les pilotes, diminution des destinations et crise du SRAS en 2003 affaiblissent le transporteur. En 2005, l’allemande Lufthansa annonce un projet d’acquisition, finalisé en 2007. Ce rapprochement permettra à Swiss de stabiliser sa position dans le ciel international, au prix de son indépendance.

(Crédits: Eth library)
Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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