Bilan

Swiss est moins cher depuis l’étranger

Trouver des billets en 1re classe au tarif de la business? En partant depuis les aéroports de Lyon ou Milan, via Zurich, on peut payer jusqu’à quatre fois moins cher pour le même vol!

Aller à Hongkong en first class depuis Genève coûte 19 900 fr., contre 5400 euros depuis Milan.

Crédits: Dr

Cyril séverin, vigneron-encaveur du Domaine du Daley, à Lutry (VD), est un entrepreneur qui voit loin. A l’instigation de l’Office des vins vaudois (OVV) et de son président Pierre Keller, il a commencé à prospecter les consommateurs en Chine, à Hongkong et au Japon, où il se rend cinq ou six fois par an. Les voyages long-courriers ne lui font pas peur: «Quand on travaille le jour même de son arrivée, il est vital de pouvoir bien dormir durant le vol.»

S’il n’est pas un habitué de la 1re classe, le vol en classe affaires a son prix. Pour l’Asie, la business class est au minimum à 4000 fr… sauf si l’on opte pour un départ hors de Suisse: «L’économie réalisée en partant de Milan, Lyon, Paris, Barcelone ou Bruxelles, avec une escale à Zurich, peut atteindre trois ou même quatre fois le prix du billet au départ de Zurich. J’ai même trouvé un tarif de 1re classe depuis Milan 12 francs moins cher que la classe affaires au départ de Zurich», affirme le vigneron vaudois, qui se dit un peu écœuré de voir l’écart de prix dont bénéficient les passagers étrangers de Swiss: «Je veux bien payer une différence de 1000 fr., mais pas du simple au triple. Je suis un client régulier du Miles & More et je ne comprends pas pourquoi la compagnie avantage un client européen plutôt que le client suisse au statut senator. J’ai un ami zurichois qui part de Bruxelles via Zurich pour ses vols long-courriers afin de profiter des tarifs bien plus avantageux en first. Il se rend un jour avant à Bruxelles pour revenir sur Zurich le lendemain. Ce n’est pas très écologique!» 

La perte de temps en partant d’un aéroport situé hors de Suisse n’est pas si grande, deux ou trois heures de plus, si l’on doit se rendre à Milan ou Lyon en train depuis Genève ou Lausanne plutôt que de gagner Kloten par les CFF… Quelques exemples encore, avec une recherche faite le 6 septembre: pour un départ de Genève vers Hongkong, en first class, le 20 novembre, via Zurich, on trouve un tarif de 19 900 fr., alors que depuis Milan le vol dans la même classe est à 5400 € (ce qui équivaut à la business depuis Genève!), 6300 € depuis Lyon, 5400 € depuis Barcelone et 5800 € depuis Paris.

A y perdre son latin 

«Le système de tarification est incompréhensible! Même la direction de la compagnie ne peut m’expliquer ces différences! On pousse les Suisses à aller chercher leur vol en Italie ou en France, ou à voyager avec d’autres compagnies telles qu’Emirates, Etihad ou Singapour. On pousse les voyageurs à accomplir des vols avec escale plutôt que des vols directs!» Dans tous les cas de figure, cela vaut la peine de comparer les tarifs.

A Zurich, la porte-parole ne dément pas la différence de tarifs: «Pour déterminer et fixer ses prix, Swiss se fonde par principe sur les données des différents marchés et le jeu de la concurrence. Cela explique aussi les différences de tarifs entre des origines de vente différentes. S’y ajoute qu’un vol direct offre plus de confort qu’un vol avec escale, où le passager doit faire face à plus d’inconvénients, raison pour laquelle ce vol est en revanche plus avantageux», explique Meike Fuhlrott. Selon Swiss, la pratique des offres spéciales est courante, les marchés étant libres de leurs activités de vente.

Du côté de la Surveillance des prix à Berne, l’office ne se sent pas concerné, tant qu’il n’y a pas d’entente cartellaire ou d’entreprise qui pourrait dominer le marché: «Si la concurrence joue, cela ne nous concerne pas. Il y a d’autres compagnies aériennes sur ces lignes et le consommateur a le choix.» Quant à l’Office fédéral des transports, il renvoie au Secrétariat d’Etat à l’économie, lequel botte en touche: «Le Seco n’est pas compétent pour des questions uniquement liées à la formation des prix.»

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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