Bilan

Stop aux formateurs d’adultes sans diplômes

Alors que le métier se pratique souvent «à la sauvage», les contrôles autour du brevet fédéral viennent d’être renforcés. Le point sur un cursus qui forme 800 personnes par an.

Dans le domaine, les personnes non qualifiées sont encore nombreuses.

Crédits: Sergey Nivens/Fotolia

Devenir formateur d’adultes fait rêver bon nombre de gens en milieu de carrière. Enseigner ce qu’on a acquis, transmettre, échanger. Dans un environnement professionnel, en entreprise, sur le terrain. Une reconversion facile? Non. Car si l’on ne veut pas exercer «à la sauvage» - et donc risquer d’obtenir moins de mandats - il faut décrocher le brevet fédéral de formateur/formatrice, après avoir pratiqué 300 heures sur quatre ans et obtenu les cinq certificats modulaires auprès d’institutions reconnues. Depuis le 1er janvier, les contrôles ont été renforcés avec l’entrée en vigueur de sa révision. 

«Le changement important, c’est qu’il y a désormais une deuxième vérification centralisée, explique Sabine Aquilini, directrice nationale du système modulaire de la FFA (Formation de formateurs d’adultes, ndlr). Il faut savoir que notre formation est modulaire. Jusqu’à maintenant, les participants allaient dans une institution accréditée par la FSEA (Fédération suisse pour la formation continue, ndlr) et devaient effectuer les cinq modules dans un certain laps de temps. Mais pas forcément dans la même institution, et pas obligatoirement dans l’ordre. Chaque institution, avec ses formateurs accrédités par la FFA, évaluait les différents travaux et pouvait délivrer le certificat modulaire. Pour le SEFRI (Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation, ndlr), c’était vraiment une exception. Nous étions le seul examen professionnel où un seul formateur évaluait. Le travail n’était même pas envoyé chez nous. Dès 2015, le SEFRI demande une vérification centralisée, avec d’autres experts impliqués dans la formation. Les candidats doivent donc nous envoyer les travaux réalisés et évalués dans l’institution pour un deuxième contrôle. Et je comprends leur position.»

«Ce changement de paradigme n’est pas négatif», relève Sylvie Corthésy Delacroix, sous-directrice au Centre de formation neuchâtelois pour adultes (CEFNA).  «Cela amènera les institutions à être plus pointues dans l’argumentation de leurs évaluations. Nos formateurs-évaluateurs devront expliquer très clairement les acquis et non-acquis aux apprenants et aux experts de la FSEA. Un effet pervers potentiel étant que l’évaluation soit faussée par la crainte de ne pas être suffisamment pointue. Ainsi, dans le courant de l’année 2014, des recours ont été faits. Les apprenants ont demandé des réévaluations, et certains dossiers non validés par l’institution formatrice l’ont finalement été par l’institution de recours. Nous verrons le pourcentage d’échecs. Si la vérification centralisée amène à un taux de 10% et plus, l’ensemble des acteurs du brevet sera amené à s’interroger sur la pertinence du dispositif.»

La perspective de ce changement a engendré une augmentation du nombre de candidats en 2014. «Les gens ont voulu passer les modules rapidement avant l’entrée en vigueur de cette nouvelle loi, pour ne pas devoir passer cette double vérification» souligne Sabine Aquilini en riant.  

Un nouveau virage professionnel

Cette année sera franchi le cap des 10 000 personnes bénéficiant du titre protégé de formateur/formatrice avec brevet fédéral. Environ 800 personnes par année se professionnalisent, dans des secteurs variés: télécommunications, soins, assurances, sports, police, armée… «C’est très riche, et le brevet n’est pas lié à un domaine spécifique. Un formateur dans le secteur sportif peut tout à fait donner des cours de yoga ou de langues, pour autant qu’il ait les compétences adéquates.»

Qui sont ces gens qui décident de transmettre leur savoir à d’autres adultes? Les statistiques de la FFA démontrent qu’il s’agit d’une bonne majorité de femmes (59%), et que la tranche d’âge concernée se situe entre 45 et 55 ans. Des personnes qui ont la plupart du temps déjà un bon niveau de formation et qui souhaitent amorcer un nouveau virage professionnel.

Si les entreprises sont de plus en plus attentives aux preuves de certification des formateurs qu’ils mandatent, les personnes non qualifiées sont encore nombreuses. «Beaucoup de gens disent être formateurs d’adultes sans avoir obtenu le certificat ni le brevet, confirme la directrice du système FFA à la FSEA. Nous informons les entreprises qui doivent demander au moins le certificat FSEA ou, encore mieux, le brevet à leurs formateurs. Il faut mettre ce contrôle de qualité en avant.»

En Suisse, 120 institutions accréditées par la FSEA proposent des cours de formation d’adultes. Parfois, ce sont de petites structures qui ne proposent qu’un ou deux modules. Côté finances, il faut investir environ 10 000 francs pour passer tous les modules demandés. Selon Sylvie Corthésy Delacroix, la double vérification va augmenter les coûts, mais on ne sait pas encore de combien exactement. 

Après la certification, il est possible de viser le diplôme fédéral de responsable de formation (au moins 4 ans et au minimum 1500 heures d’expérience pratique dans le domaine, et au moins 500 heures avec une fonction de responsable). Avec ce titre, les diplômés accéderont plus facilement à une fonction de cadre responsable de la formation dans une organisation.  

Et les qualités personnelles, dans tout ça? Pour Sabine Aquilini, un bon formateur d’adultes doit avoir une excellente capacité de réflexion et de remise en question. «Il faut savoir réfléchir systématiquement sur le cours que l’on vient de donner. Comprendre ce qui a bien ou mal fonctionné, savoir se poser objectivement la question: «Est-on arrivé au but?» Le feedback de l’entreprise qui mandate est également essentiel, pour savoir si les participants ont été satisfaits.

«Le formateur a une palette de rôles très importante! Il faut une certaine dose d’empathie pour comprendre ce qui se passe. Et des qualités de leadership, évidemment. Des situations délicates apparaissent parfois face à des groupes qui sont obligés de se former… mais qui n’ont rien demandé!»

Camille Destraz

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