Bilan

Steve Savioz, le financier geek

L’ancien CEO de l’agence internet Virtua met son expérience du numérique au service de la croissance des start-up. Il lance Akiden Ventures, un fonds pour financer le digital romand.

Très jeune, Steve Savioz a appris à coder en BASIC puis en Pascal sur son Commodore 64.

Crédits: François Wavre/lundi13

Barbe fine et voix posée, Steve Savioz est du genre entêté.

A l’automne 2014, alors CEO de l’agence web Virtua, il propose d’ajouter aux missions de l’entreprise la création d’un fonds d’investissement et d’un accélérateur pour start-up. Une sortie du cœur de métier qui ne convainc pas les trois autres cofondateurs et actionnaires de l’entreprise. Cela aboutit à un conflit, à son départ et à la vente de ses parts à ceux qu’il avait rejoints quinze ans plus tôt à sa sortie d’HEC Lausanne. 

Loin de se laisser embourber par ce revers, Steve Savioz n’a pas changé de conviction: «L’économie numérique repose sur des écosystèmes. Il faut l’argent, mais pas seulement. Les grands succès digitaux génèrent des compétences de pointe qui se recyclent ensuite en lançant de nouvelles entreprises. Certaines deviennent de nouveaux grands succès et cela crée un cercle vertueux. C’est ce qui manque en Suisse romande.»

Parce qu’il pense que le potentiel est là, Steve Savioz a créé Akiden Ventures, un fonds d’investissement de 5 millions de francs doublé d’un accélérateur de start-up afin d’effectuer deux ou trois investissements de 300  000 à 500  000 fr. par an dans le digital romand. Avec l’aide de quatre spécialistes (un «lead» développeur et trois experts, chacun dans son domaine: acquisition de trafic, croissance digitale et référencement), il entend systématiser ce qu’il fait depuis deux ans et a appris depuis quinze. 

Financier de formation, Steve Savioz est devenu un geek lors de son passage chez Virtua. «Au début, je payais les factures», explique-t-il. Ayant appris gamin à coder en BASIC puis en Pascal sur son Commodore 64, il se passionne pour les projets de développement internet. En particulier, il pilote l’aventure Swissfriends, le site de rencontre dans lequel Edipresse (aujourd’hui Tamedia, éditeur de Bilan) prend une participation en 2005 puis le contrôle en 2008. 

Cette expérience fondatrice est à l’origine du rationnel d’Akiden. «Avec Swissfriends, j’ai découvert les subtilités du net en profondeur. Par exemple qu’il faut développer des algorithmes qui équilibrent un site de rencontres afin que les hommes ne soient pas frustrés d’envoyer des messages aux mêmes jolies filles qui ne répondent pas car noyées
sous un flot continu de sollicitations.»

Steve Savioz est un spécialiste du marketing web rompu aux techniques d’acquisition de l’audience, de sa conversion en utilisateurs payants, de sa fidélisation et aux subtilités de la diffusion virale et de l’analytique. Tout ce que l’on rassemble sous le terme de «growth hacking» et qui consiste à identifier les canaux ayant le meilleur rapport qualité-prix pour accélérer la croissance.  

Systématiser le succès d’Euranka

Ces compétences lui ont permis d’aider la start-up Euranka à approcher les 10 millions de francs de chiffre d’affaires pour sa troisième année d’existence. Lors de la revente de ses 25% dans Virtua, il avait obtenu de récupérer ce spin-off démarré en 2012. Rentable dès 2015, le site de monétisation de trafic emploie 10 personnes à Morges et 7 (bientôt 10) journalistes multilingues à Barcelone. Il a développé une centaine de médias dans 33 pays sur des thématiques de niche dont l’audience pointue intéresse les marques. En parallèle, Steve Savioz a investi dans Hosco, le LinkedIn de l’hôtellerie, et aidé ses fondateurs à le développer.

Ces investissements passés (auxquels il faut ajouter Attractive World et MyStore) inspirent le modèle d’affaires d’Akiden: non seulement investir mais s’impliquer à des moments clés en coachant ou en travaillant dans l’opérationnel à prix coûtant. L’autre caractéristique sera d’initier ses propres start-up en pariant sur de nouveaux entrepreneurs comme Raphaël Garcia, le marketeur digital devenu CEO d’Euranka.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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