Bilan

Sophie Dubuis: «Je fonctionne à l’intuition»

La directrice des boutiques Bucherer à Genève vient de reprendre la présidence de Genève Tourisme. Rencontre avec celle qui est aussi candidate PLR au Conseil national.

«J’ai envie de montrer l’exemple aux femmes en leur disant que c’est possible.»

Crédits: Lionel Flusin

Quand on rencontre pour la première fois Sophie Dubuis, elle inspire tout de suite confiance tant elle est chaleureuse, souriante et décontractée. On a presque l’impression que rien ne peut déstabiliser celle qui «fonctionne énormément à l’intuition», notamment dans la défense des nombreuses causes qui lui tiennent à cœur comme le rôle des femmes dans l’économie, la prospérité du commerce genevois ou encore l’attractivité de la ville du bout du lac et de la Suisse. 

Directrice des boutiques Bucherer à Genève, la Valaisanne d’origine née à Fribourg a été nommée début janvier à la présidence de Genève Tourisme. Elle siégeait déjà au comité de la fondation depuis 2017, au côté de Claude Membrez, directeur actuel de Palexpo, qui l’avait engagée en 2005 au Palais des expositions et des congrès alors qu’elle échouait, l’année précédente, à reprendre son poste à Forum Fribourg. «A 30 ans, on m’avait alors jugée inapte car j’allais probablement avoir des enfants», se souvient Sophie Dubuis, qui ne regrette pourtant rien tant elle apprécie aujourd’hui de vivre et travailler à Genève. 

Ainsi, après quelques années à Palexpo, elle reprend la direction du CICG (Centre international de congrès
de Genève). Une expérience «magique», dit-elle. Le poste, extrêmement politisé, nécessitait des compétences de service à la clientèle très pointues et de la diplomatie car il dépend du DFAE et de l’Etat de Genève. «J’ai été engagée pour deux missions: atteindre l’équilibre financier et améliorer la qualité de l’accueil pour les Organisations internationales.» Un job qu’elle a adoré notamment grâce aux richesses des différentes personnalités, cultures et métiers rencontrés. 

Mais rien ne l’arrête: en parallèle à son emploi, elle entreprend un MBA et met au monde un enfant avec son compagnon actuel, déjà papa de trois bambins d’une précédente union, ce qui la plonge directement dans le statut de «belle-maman» avant de connaître elle-même les joies de la maternité. 

«Seule femme directrice»

La femme de gestion est aussi une femme de projets. Quand tout fonctionne, elle se sent prête à quitter le navire pour d’autres aventures. Ainsi, après six années à réorganiser le CICG, elle postule chez Bucherer – l’annonce du poste ne mentionnait pas le nom de l’entreprise, uniquement qu’il fallait quelqu’un pour mener de gros projets de réorganisation, des travaux et un ambassadeur. Sa nouvelle position lui confère le statut «de seule femme directrice» sur la vingtaine de boutiques que détient le groupe en Suisse. Au niveau mondial, Bucherer compte une centaine d’enseignes et emploie près de 2500 personnes. 

Propriété de la famille du même nom, d’origine suisse allemande, «Bucherer est une entreprise saine et équilibrée, estime Sophie Dubuis. Nous avons la chance d’être un distributeur privilégié de Rolex.» Le groupe est même le plus gros détaillant du monde de la marque horlogère. Aucun chiffre d’affaires n’est cependant dévoilé, en respect de la légendaire discrétion de la marque à la couronne et du groupe lucernois. 

Quand on parle commerces avec Sophie Dubuis, cette dernière s’inquiète toutefois: «Les commerçants souffrent, notamment dans la branche vestimentaire. Des enseignes comme Bucherer ont la chance d’être solides et d’avoir derrière elles la force de frappe d’un groupe. Ce qui n’est pas le cas de nombreuses boutiques du centre-ville», souligne la présidente de la Fédération du commerce genevois. En effet, après une année 2015 difficile, 2018 a été elle aussi compliquée, notamment en raison de l’effondrement des marchés boursiers, du changement persistant des modes de consommation des clients et de la force du franc suisse. A cela s’ajoute une mobilité de plus en plus compliquée au centre-ville qui pousse les consommateurs à commander en ligne plutôt que de se rendre dans les magasins. 

Pour promouvoir Genève, elle veut «mettre sur pied une stratégie et fédérer les acteurs». (Crédits: Laurent Guiraud)

L’aventure politique

Passionnée par Genève, Sophie Dubuis est également à la tête des Genevoises PLR. «Je m’intéresse à la place des femmes dans l’économie car je considère que cela a un impact sur nos vies. Avec les Genevoises PLR, nous voulons donner aux femmes l’envie de s’engager.» La Valaisanne d’origine, qui a été membre du comité directeur du PLR pendant plusieurs années, s’est lancée il y a quelques semaines sur la liste PLR pour le Conseil national. «J’ai envie de contribuer et également de montrer l’exemple aux femmes en leur disant que c’est possible.» Une aventure passionnante puisque des six candidats PLR, Sophie Dubuis est la seule qui n’a jamais été élue. 

Dernière corde à son arc: l’Union patronale suisse, dont elle est membre depuis quelques semaines. Elle a la chance de maîtriser le suisse allemand grâce à un stage de deux ans à Zurich lors de ses études de tourisme à Sierre. 

«Je suis toujours bien là où je suis»

Mais quel est donc son secret pour mener tous ces mandats de front sans se perdre? «Je sais trouver le juste équilibre, entre mon travail, ma famille, mes amis et mes loisirs.» Dès lors, il lui arrive fréquemment de partir en solitaire durant quelques jours pour s’adonner à la randonnée en montagne ou encore au yoga. «Je sais ce qui est bon pour moi et je prends pas mal de pauses. Et j’ai la chance d’être assez efficace et de savoir déléguer.» Elle a aussi appris à admettre que «dans la vie, il n’y a rien de grave», raconte celle qui chante, danse, court et fait de la méditation au quotidien. «Et puis, je ne culpabilise jamais. Je suis toujours bien là où je suis.» 

Sophie Dubuis se voit ainsi bien continuer à mener des projets et à gérer des stratégies d’entreprise. A terme, pourquoi ne pas devenir indépendante et travailler sur mandat? «J’aime les missions de courte à moyenne durée. Je suis satisfaite lorsque je vois que cela fonctionne et qu’on n’a plus besoin de moi.» Pour l’heure, en plus de Genève, elle accompagne la mise en place de la nouvelle boutique Bucherer à Crans-Montana ainsi que de nouveaux projets du groupe. Et puis après… on verra!  


Objectif au sein de Genève Tourisme

Présidence Sophie Dubuis a repris en janvier la présidence de Genève Tourisme. «La fondation doit pouvoir se concentrer sur sa véritable mission: la promotion de Genève en mettant en avant sur les marchés la destination et les produits qui la composent. 

Pour cela, nous allons mettre sur pied une stratégie et fédérer les acteurs. Il est également essentiel d’expliquer clairement notre métier et nos actions. En définitif, chaque acteur lié au tourisme doit trouver sa place.»

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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