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Sika: le bras de fer se poursuit lors de l'assemblée générale

L'ensemble du conseil d'administration de Sika a été reconduit dans ses fonctions, à l'issue de l'assemblée générale du groupe zougois.

Paul Hälg a rappelé les raisons qui motivent les membres du conseil d'administration indépendants et la direction de la firme basée à Baar (ZG) à refuser la transaction.

Crédits: Keystone

L'ensemble du conseil d'administration de Sika a été reconduit dans ses fonctions, à l'issue de l'assemblée générale du groupe zougois. Grâce à la limitation des droits de vote de la holding Schenker-Winkler (SWH), tous les sortants ont été réélus mardi.

Le membre du conseil d'administration indépendant Frits van Dijke a obtenu 98,2% des voix. Il s'agit du meilleur score. Les autres administrateurs indépendants ont recueilli entre 85,3 et 87,5% des voix. Paul Hälg, président sortant, a engrangé 87,6% des voix.

Les représentants de SWH, Urs Burkard, Willi Leimer et Jürgen Tinggren, ont obtenu les scores les plus faibles entre 80% et 81%. Sans surprise, Jacques Bischoff, candidat de SWH, n'a pas réuni suffisamment de voix (14,9%) pour faire son entrée au conseil d'administration.

Lors de cette assemblée générale, le conseil d'administration a décidé, à nouveau, de plafonner les droits de vote de la holding SWH à 5%. Cette décision vise à éviter une prise de contrôle de la firme sise à Baar (ZG) par le spécialiste des matériaux de construction français Saint-Gobain.

Les actionnaires de Sika ont, par ailleurs, refusé la décharge au président de conseil d'administration Paul Hälg et aux autres membres du conseil d'administration indépendants. Ils ont par contre accepté celle des trois représentants de SWH au conseil d'administration. Sur cette question, la restriction des droits de vote de SWH n'était pas valable.

Les actionnaires ont, en outre, refusé la rémunération future du conseil d'administration à 66,46% des voix. Depuis un an, ce dernier ne perçoit plus d'argent pour son travail.

"Pas dans l'intérêt de Sika"

Dans un long discours, le président du conseil d'administration Paul Hälg a rappelé les raisons qui motivent les membres du conseil d'administration indépendants et la direction de la firme basée à Baar (ZG) à refuser la transaction. A ses yeux, il n'existe jusqu'à présent aucune garantie au niveau du maintien des emplois. Il réfute aussi l'argument de Saint-Gobain selon lequel un accord entraînerait de précieuses synergies.

"Cette transaction n'est pas dans l'intérêt de Sika", martèle-t-il. Selon lui, l'opération enrichit uniquement la famille Burkhard, héritière du fondateur de la firme zougoise. Elle permet aussi la prise de contrôle du groupe par Saint-Gobain, qui utiliserait cette supériorité à son avantage, explique-t-il.

Le directeur général de Sika Jan Jenisch a, par ailleurs, affirmé que l'exécutif soutenait le conseil d'administration indépendant. Il a précisé qu'aucun senior manager n'avait démissionné ces 16 derniers mois, soit depuis le début de la lutte pour la prise de contrôle de l'entreprise zougoise.

"Squatteurs déchaînés"

L'héritier du fondateur de Sika et membre du conseil d'administration, Urs Burkard, a, quant à lui, à nouveau défendu la position de la famille héritière, représentée par la holding SWH. "Le conseil d'administration n'a aucun droit dans cette opération. Il s'agit d'une affaire privée", signale-t-il.

Il a été soutenu par le conseiller national UDC Hans-Ueli Vogt. Ce dernier a indiqué que les conseils d'administration ne peuvent pas être indépendants des décisions de justice.

Le conseiller national UDC Roger Köppel se range également du côté des héritiers du fondateur de Sika. Selon lui, les opposants du groupe à la prise de contrôle de Saint-Gobain se comportent comme des "squatteurs déchaînés".

Mais la majorité des orateurs, dont la conseillère nationale libérale Doris Fiala, se sont prononcés contre la transaction. Leurs discours ont été accueillis par des applaudissements. Dominique Biedermann de la fondation Ethos s'est également opposé à cette opération. De nombreux employés ont enfin fait part de leur mécontentement à ce sujet.

Contestation en justice

La décision de restreindre les droits de vote de SWH était attendue de manière générale. Une telle proposition avait déjà été adoptée lors des deux dernières assemblées générales de l'entreprise.

Le conseil d'administration se base sur les statuts de la firme pour procéder à une telle limitation. Mais le tribunal cantonal de Zoug doit encore se prononcer sur la légalité de la démarche. Sa décision est attendue cet été.

Le conflit qui l'oppose au géant français des matériaux de construction a déjà coûté 13,4 millions de francs à Sika. Près de la moitié (6,45 millions de francs) de ce montant a été octroyé à des conseillers juridiques.

Pour rappel, en décembre 2014, Saint-Gobain avait conclu un contrat proposant 2,75 milliards de francs aux membres de la famille Burkard, héritière du fondateur de Sika, pour racheter leurs parts. Celles-ci, détenues via la holding familiale SWH, se montent à 16,1% du capital. Mais elles représentent 52,4% des droits de vote.

Sika a également profité de son assemblée générale mardi pour publier ses résultats au premier trimestre. Le groupe y a réalisé un chiffre d'affaires record de 1,27 milliard de francs, en hausse de 6,6% sur un an.

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