Bilan

Siemens monte au front pour le rachat d'Alstom

Siemens, qui s'est finalement lancé dans la bataille pour la conquête d'Alstom, tente de rallier l'Etat, les administrateurs et les salariés du groupe industriel français à sa proposition.

"Nous pensons que le projet proposé à Alstom est supérieur aux autres", a renchéri Joe Kaeser, le patron de Siemens, lors d'une conférence de presse.

Crédits: AFP

Siemens, qui s'est finalement lancé dans la bataille pour la conquête d'Alstom, ne négligeait aucun moyen mardi pour tenter de rallier l'Etat, les administrateurs et les salariés du groupe industriel français à sa proposition et mettre hors jeu son concurrent américain General Electric, qui n'a cependant pas dit son dernier mot.

"Nous avons bâti avec Mitsubishi une grande alliance industrielle qui offrira un nouvel avenir à Alstom, au lieu de consacrer son démantèlement", a ainsi affirmé le président du conseil de surveillance du groupe munichois, Gehrard Cromme, sur le perron de l'Elysée.

"Nous pensons que le projet proposé à Alstom est supérieur aux autres", a renchéri Joe Kaeser, le patron de Siemens, lors d'une conférence de presse convoquée dans la foulée, tandis que son alter ego de Mitsubishi, Shunichi Miyanaga, a estimé avoir remis "une offre particulièrement intéressante".

Dans la matinée, après avoir rencontré les organisations syndicales d'Alstom, les dirigeants de Siemens et MHI ont été reçus, à leur demande, par le président français François Hollande. En fin d'après-midi, ils iront défendre leur projet devant la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.

Longtemps attendue, l'offre du groupe munichois, qui a sorti du chapeau la semaine dernière le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI) pour faire le poids, s'adresse autant au conseil d'administration d'Alstom, qui a clairement affiché sa préférence pour la proposition concurrente avancée par GE, qu'au pouvoir politique.

Ainsi, même si le Premier ministre, Manuel Valls, a affirmé que le gouvernement n'avait "aucune préférence", le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, semble privilégier depuis le début un partenariat préservant l'intégrité de l'ex-champion tricolore au lieu d'un rachat pur et simple: message reçu, puisque Siemens et Mitsubishi Heavy Industries ont décidé de jouer à fond la carte de l'alliance.

Ainsi, quand GE propose de racheter la totalité du pôle énergie d'Alstom (70% de son chiffre d'affaires) pour 12,35 milliards d'euros, Siemens est prêt à ne reprendre que l'activité de turbine à gaz, pour 3,9 milliards d'euros, avec garantie de l'emploi.

S'agissant des autres activités du groupe français dans l'énergie, MHI a privilégié l'option de la société commune, qui permettra à Alstom de rester majoritaire. C'est notamment le cas dans les turbines à vapeur, utilisées dans les centrales nucléaires d'EDF: en ne rachetant que 40% de cette activité, MHI répond à une inquiétude des autorités sur le contrôle des activités nucléaires.

Sortant leurs calculettes, Siemens et MHI ont avancé mardi que leur offre valorisait le pôle énergie d'Alstom à 14,2 milliards d'euros, à comparer avec les 12,35 milliards d'euros mis sur la table par GE. "Regardez le delta, nous sommes plus compétitifs", a fait valoir M. Kaeser lors de la conférence de presse.

- le temps presse -

Sur la question de l'emploi, hautement sensible pour un gouvernement qui n'arrive pas à faire baisser le chômage, le tandem germano-nippon n'a pas non plus lésiné: il a promis de créer plus de 1.000 postes en France, s'alignant ainsi sur une promesse faite.... par General Electric.

En outre, il a l'intention de fournir un millier de places d'apprentis dans l'Hexagone. Enfin, Alstom resterait un groupe français coté sur la place de Paris.

Après avoir écarté le ferroviaire (l'autre grande activité d'Alstom, le père du TGV), en subordonnant toute discussion sur le sujet à la conclusion d'un accord sur l'énergie, le groupe allemand l'a remis au centre du jeu, là aussi semble-t-il pour répondre aux attentes du gouvernement, au premier chef du ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, chaud partisan d'un Airbus du rail ou de l'énergie.

"Dans les transports, nous sommes absolument déterminés à créer un champion européen du ferroviaire. Pour cela, Siemens est disposé à apporter à Alstom l'ensemble de ses activités ferroviaires", a ainsi affirmé M. Cromme, semblant revenir sur la condition posée la veille: on discutera du transport seulement si on s'entend sur l'énergie.

Quant au conglomérat américain General Electric, pressé par le gouvernement d'améliorer encore son offre, il a affirmé qu'il n'allait pas s'engager dans une guerre des prix.

Toutefois, selon une source proche du dossier, GE travaille bien à rendre sa proposition plus attractive, même s'il n'est pas question pour lui de renchérir. Le groupe du Connecticut étudierait notamment la possibilité de créer une coentreprise dans le transport avec Alstom et, comme le propose MHI, une alliance industrielle dans les turbines à vapeur.

Le dernier mot reviendra à Alstom. Le conglomérat français a indiqué que la proposition de Siemens-MHI serait examinée par le comité d'administrateurs indépendants du groupe, présidé par Jean-Martin Folz, "puis soumise au conseil d'administration dans les jours qui viennent".

Le temps presse car l'offre de GE expire lundi.

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