Bilan

«Si je dérange, ça m’est égal»

Rencontre avec l’entrepreneur hyperactif Abdallah Chatila, fondateur et dirigeant du groupe m3.

  • «J’ai attrapé le Covid-19 il y a quelques semaines. (..) Confiné à la maison, j’ai continué à travailler et à foisonner d’idées.»

    Crédits: Marianne Meyer
  • Genève, le 14 avril: réception des masques, blouses, gants, lunettes commandés par m3.

    Crédits: Lindsay Photography

L’homme d’affaires Abdallah Chatila est sur tous les fronts, de l’immobilier à la restauration, en passant par la sécurité, le ménage ou encore les laboratoires médicaux. Il vient par ailleurs d’investir plus de 100 millions de francs afin d’importer de Chine des masques, gants, lunettes et thermomètres, vendus sur les sites MyStore et DeinDeal. Une production de masques et de blouses est également prévue en Bretagne avec la reprise d’un site industriel historique. Interview.

Comment vivez-vous le confinement?

Je le vis très bien. J’ai attrapé le Covid-19 il y a quelques semaines, mais en tant qu’hyperactif, confiné à la maison, j’ai continué à travailler et à foisonner d’idées.

Rappelez-nous le nombre d’employés du groupe m3 et combien sont aujourd’hui au chômage partiel?

Avec l’intégration de GPA, nous allons approcher les 1000 collaborateurs. 20% sont en RHT.

Avez-vous bénéficié de l’aide offerte par les banques aux entreprises suisses?

Nous avons fait la demande d’un prêt de 500 000 francs pour toutes nos sociétés, mais nous ne l’avons pas utilisé.

Vous évoquiez le fait que vous pourriez-être 3000 collaborateurs d’ici à 2022. Est-ce toujours le cas?

Oui, malgré le Covid-19, nous allons garder le cap de la croissance.

Vous avez racheté de nombreux restaurants ces derniers mois, secteur le plus touché pendant cette crise. Le regrettez-vous?

Je ne le regrette pas du tout. A vrai dire, j’ai plutôt eu de la chance car je devais acquérir plusieurs établissements et engager 1000 personnes de plus une semaine avant le début du confinement. Comme nous n’étions pas d’accord sur le prix avec les vendeurs, le deal ne s’est pas réalisé. Et aujourd’hui, avec le service de livraison que nous avons mis en place avec tous nos restaurants, nous perdons un peu d’argent, mais rien de catastrophique.

Quelle baisse de chiffre d’affaires prévoyez-vous pour 2020?

Pour l’instant, je ne prévois rien du tout. Je compte néanmoins continuer à acheter des restaurants à l’avenir. Je suis plus que jamais convaincu que nous allons devenir le plus grand groupe de restauration à Genève.

Vous êtes aussi très actif dans l’immobilier, un secteur également fortement impacté. L’avenir financier de votre groupe pourrait-il être compromis par cette crise?

Le groupe est très diversifié, c’est ce qui nous aide. Les cycles compliqués m’ont d’ailleurs toujours aidé, car je suis quelqu’un qui prend des décisions rapidement. J’ai, par exemple, très vite mis en place la vente de masques en Suisse. Au niveau de l’immobilier, le groupe a fait un très bon début d’année. En fait, je ne ressens pas d’impact négatif réel. Financièrement, notre bilan est assez sain pour pouvoir traverser cette crise le mieux possible, tout en gardant une grande réactivité.

Cette crise va-t-elle modifier le développement des projets du groupe m3?

Au contraire, nous serons encore plus présents. J’avais tendance à surpayer certaines entreprises, aujourd’hui je payerai le prix juste. Une dizaine de restaurants qui ne voulaient pas vendre avant la crise m’ont déjà contacté pour savoir si je voulais toujours les acheter. Je continue à acheter les sociétés qui en valent la peine. Le groupe va investir 150 millions de francs au total ces deux prochaines années.

Vous avez acquis le centre commercial de Meyrin (GE) alors que son chiffre d’affaires semble inexorablement en baisse, comme la majeure partie des centres commerciaux. Pour quelle raison?

Je l’ai acquis, car j’aimerais le transformer et l’agrandir afin qu’il devienne un véritable centre de vie, avec des médecins, un fitness, des boutiques. Nous avons prévu pour 30 millions de travaux. Je n’exclus pas d’acheter d’autres centres commerciaux sur Genève.

Vous venez aussi d’acquérir GPA. Pourquoi?

La sécurité, le ménage, l’hôtellerie, la restauration, les taxis sont des services à la personne que nous voulons offrir à nos clients. Nous allons proposer la relocation avec tous les services inclus. GPA est un service de sécurité pour les entreprises, c’était donc tout à fait logique que nous le rachetions.

Et quelle logique répond au lancement de laboratoires médicaux avec m3 Sanitrade?

Nous allons concentrer les laboratoires pour servir les entreprises, donc la création de m3 Sanitrade va dans le sens d’offrir un service B2B.

Après avoir vendu des centaines de milliers de masques importés de Chine, vous ambitionnez de relocaliser leur production en Europe…

Oui, car mon expérience chinoise me conforte dans l’idée qu’il faut produire de manière locale uniquement. Nous ne pouvons plus être dépendants d’un pays lointain. Je le constate en ayant actuellement pour plusieurs millions de marchandises bloquées dans un hangar en Chine. Je préfère, ainsi, payer un peu plus que d’économiser quelques centimes en produisant en Chine. Je me suis engagé à reprendre le site industriel de masques de Plaintel en Bretagne afin de relocaliser la production en Europe. Et nous ouvrirons une petite usine à Plan-les-Ouates (GE)pour la R&D avec l’idée de produire des objets de qualité en fonction de la morphologie du visage des utilisateurs.

Vous avez montré durant cette crise que vous êtes aussi un grand philanthrope, avec des donations de masques et de respirateurs…

Cela fait dix ans que la Fondation Sesam existe et a déjà versé 15 millions de francs à des associations à Genève. Je pense cependant que c’est dans les périodes de crise qu’il faut donner plus. Et j’espère qu’en médiatisant mes actions, j’ai motivé d’autres personnes à donner plus.

Quel message souhaitez-vous passer à vos détracteurs?

Je n’ai jamais été inquiété de plaire. Si certains pensent que je dérange, ça m’est égal. Je veux faire les choses bien et je tente au maximum d’aider les autres. Je suis un entrepreneur très sensible aux enjeux sanitaires pour notre population.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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