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Sharp va être racheté par le taïwanais Hon Hai/Foxconn

Hon Hai et plusieurs de ses filiales, dont Foxconn, vont détenir 65,91% de Sharp en acquérant les nouvelles actions que Sharp va émettre à leur attention.

Sharp, un des fleurons de la cité industrielle d'Osaka, est tombé dans une situation financière catastrophique à cause d'une concurrence féroce.

Crédits: AFP

Le groupe d'électronique japonais Sharp a annoncé jeudi qu'il allait passer sous la coupe du géant taïwanais Hon Hai/Foxconn, confirmant ainsi des informations révélées plus tôt par les médias.

"C'est la première fois qu'un grand électronicien nippon va devenir une filiale d'un industriel étranger", se sont émus les médias locaux, à commencer par la chaîne publique NHK.

"Nous pensons améliorer notre compétitivité grâce à la relation complémentaire que nous allons établir", a justifié le conseil d'administration de Sharp dans un communiqué.

"Sharp a une vraie force dans la recherche et Hon Hai a une expertise de la production et la capacité commerciale d'attirer de gros clients comme Apple", pour qui sa filiale Foxconn assemble les iPhone et iPad notamment, a commenté pour l'AFP Yukihiko Nakata, de l'université Ritsumeikan Asia Pacific.

Sharp, un des fleurons de la cité industrielle d'Osaka (ouest), est tombé dans une situation financière catastrophique à cause d'une concurrence féroce que ses technologies de pointe dans les écrans à cristaux liquides (LCD) n'ont pas suffi à combattre après la crise financière de 2008-2009. Un redressement par ses propres moyens était de son propre aveu devenu impossible.

Durant des semaines, ses dirigeants ont été placés devant un choix cornélien: passer sous pavillon taïwanais avec Hon Hai, ou être démantelé par un fonds semi-étatique japonais qui proposait de le fusionner en partie avec une autre entreprise de LCD, Japan Display, qu'il a lui-même créée en 2012.

Finalement, entre coups de bluff du patron de Hon Hai, Terry Gou, affirmant avant l'heure que la partie était gagnée, et méfiance de Sharp envers un interlocuteur qui n'a pas toujours tenu ses promesses (des tractations ont précédemment échoué), les négociations ont été laborieuses.

Elles ont néanmoins fini par trouver une issue ce jeudi au terme d'un énième conseil d'administration consacré à ce dossier.

La proposition de Hon Hai/Foxconn a été préférée par l'assemblée des 13 administrateurs de Sharp à celle, concurrente, du fonds INCJ qui a pris acte du choix de l'entreprise.

"Je souhaite que Sharp prospère et que soit assuré le développement de l'emploi et de l'économie régionale", a déclaré de son côté aux médias le ministre de l'Industrie, Motoo Hayashi.

Promesses d'investissements massifs

Dans des documents transmis à l'Agence des services financiers (FSA) et consultés par l'AFP, Hon Hai et plusieurs de ses filiales, dont Foxconn, vont détenir 65,91% de Sharp en acquérant les nouvelles actions que le groupe va émettre à leur attention pour un montant de 484,3 milliards de yens (3,8 milliards d'euros).

Cette somme devrait être complétée par une reprise de dettes, selon la presse qui évoque un montant total de 660 à 700 milliards de yens (de 5,1 à 5,5 milliards d'euros).

Resteront ensuite au tour de table, mais avec des parts amoindries, les actuels actionnaires de Sharp que sont deux sociétés d'assurances, les banques Mizuho et Mitsubishi UFJ Financial Group, et la firme américaine de conception de puces Qualcomm.

L'argent ainsi levé sera utilisé pour divers investissements dans les technologies et moyens de production. Quelque 200 milliards de yens iront par exemple dans les techniques d'écrans organiques (OLED ou OEL), 100 milliards vers ceux à cristaux liquides (LCD), 50 milliards vers la bureautique et plusieurs dizaines d'autres milliards dans la recherche pour la connectivité des objets à internet (IoT) et l'intelligence artificielle (AI).

Sharp et Hon Hai exploitent déjà ensemble une usine de dalles-mères LCD de grandes dimensions au Japon, à Sakai.

A ceux qui avertissent que Sharp risque de laisser filer dans les mains d'étrangers ses technologies, la direction du groupe japonais répond que celles de ce site commun situé près d'Osaka sont restées bien protégées et que la confiance existe.

L'annonce a en revanche plongé dans la stupeur les actionnaires de Sharp à la Bourse de Tokyo, donneurs d'ordres qui avaient spéculé tant et plus sur ce rachat au gré des rumeurs.

Car la transaction choisie dilue leur part: résultat, le titre a chuté de 14,4% à 149 yens jeudi à la fermeture du marché.

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