Bilan

Säuberlin & Pfeiffer a su évoluer pour survivre

Le premier numéro de «Bilan» s’interrogeait sur des fluctuations anormales du cours de l’action en bourse de l’imprimeur romand. S’il a connu des difficultés depuis lors, il a totalement revu son modèle.

Dominique Bosio, directeur. Le groupe emploie plus de 150 personnes, contre 200 en 1989.

Crédits: Darrin Vanselow

Le destin de Säuberlin & Pfeiffer demeurait incertain en 1989. L’envolée spectaculaire en bourse du titre de l’imprimeur veveysan avait fait couler de l’encre(lire l’encadré). Plusieurs rumeurs de rachat avaient circulé, mais les autorités avaient rassuré quant à la santé de Säuberlin & Pfeiffer. Pour faire échec à toute tentative de reprise, le conseil d’administration avait toutefois préféré verrouiller le capital. Depuis, l’entreprise a parcouru bien du chemin. Si elle a bien changé de propriétaire, ce n’est pas un magnat de l’immobilier qui a sévi, comme le prévoyait l’une des hypothèses, mais les Français d’Autajon. L’entreprise spécialiste des emballages a mis quelques millions sur la table pour acquérir l’imprimeur en 2002. 

Une reprise qui a entraîné, trois ans plus tard, le déménagement de Säuberlin & Pfeiffer, de Vevey (VD) à Châtel-Saint-Denis (FR). «Il n’y avait plus assez de place à Vevey pour se développer dans de bonnes conditions industrielles», explique Dominique Bosio, actuel directeur de l’usine. Elle compte plus de 150 employés, contre 200 en 1989, selon Bilan. L’article évoque une parcelle de 6000 m2, qui a doublé depuis. Le chiffre d’affaires a lui augmenté de 25,6 à 28 millions de francs. 

De nouvelles activités

Les quotidiens et périodiques ont laissé place aux emballages de bouteilles, de chocolat et de stylos. Säuberlin & Pfeiffer a recentré son activité à mesure que l’ère numérique a progressé. Dominique Bosio ne s’en cache pas. «Nous avons abandonné l’imprimerie classique pour nous tourner vers celle de haute valeur ajoutée», résume-t-il. En quoi cela consiste-t-il? Concrètement, l’entreprise imprime désormais des packagings et étiquettes pour des bouteilles de vin. Elle conceptualise des cartons pour des médicaments, des stylos et des boîtes de chocolat. Ses secteurs d’activité principaux sont les cosmétiques, suivis par la confiserie et le café. Säuberlin & Pfeiffer conserve la forme, même si le marché est parfois frileux. «La demande est là, mais les clients ne sont pas forcément prêts à payer le prix», note le patron.

Ses principaux clients, les entreprises de cosmétique, exigent des emballages raffinés. L’imprimeur joue sur les couleurs, le relief ou encore les matières. Parfois, des machines spéciales sont nécessaires. «Nous nous sommes équipés l’an dernier», lance Dominique Bosio, fier de ses machines numériques dernière génération.

PME, elle restera PME

Depuis sa création en 1896, Säuberlin & Pfeiffer a su garder le même esprit. Si l’on parlait de PME «somme toute innocente et banale» en 1989, elle entre encore dans cette catégorie aujourd’hui. Le rachat par un grand groupe est loin d’avoir brisé l’autonomie des Châtelois. «Nous essayons de garder dans nos pratiques la réactivité et la flexibilité», affirme Dominique Bosio. 

Son entreprise remplit aussi le rôle de conseiller marketing et soumet aux clients des solutions d’emballage sur mesure. La volonté d’être innovant et proactif a donné naissance à cette partie de la conception.

D’autres entreprises disposent parfois de leur propre équipe pour cela. Il s’agit alors de leur proposer le produit conforme à leurs valeurs. Le géant agroalimentaire veveysan Nestlé a annoncé vouloir supprimer les emballages plastiques d’ici à 2025, au profit d’emballages écoresponsables. «Le dénigrement du plastique a impacté les coûts des matières premières», observe le directeur de Säuberlin & Pfeiffer, avant de poursuivre: «Le prix du carton a donc augmenté.» 

Les variables en jeu et la vitesse des technologies d’imprimerie ne laissent pas de répit à l’imprimeur. L’entreprise a toujours su s’adapter, et ce depuis 1896. 


«Tempête boursière»

En 1989 Säuberlin & Pfeiffer avait attiré l’attention de Bilan il y a trente ans. L’imprimeur veveysan était pourtant discret concernant sa production et son management. Simplement, son titre en bourse a connu une envolée bien curieuse, qui l’a fait quintupler, passant d’une fourchette de 1000 à 1400 francs à plus de 5000 francs en quelques mois Les raisons étaient 

- et restent - peu claires. Un «raider»? Tentative de rachat? 

Spéculation immobilière? Les autorités de l’époque estimaient que pour cette «PME bien vaudoise», cette fluctuation du titre s’expliquait peut-être par le faible nombre d’investisseurs. 

Les «fauteurs de trouble» n’ont jamais été identifiés. 

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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