Bilan

Sam Stourdzé prône une culture décomplexée

Le directeur du Musée de l’Elysée à Lausanne s’en est allé en septembre reprendre les Rencontres d’Arles, l’un des festivals les plus courus dans le domaine de la photographie. Interview.

Sam Stourdzé, lors de son départ pour la France.

Crédits: Vanessa Cardoso/EOL

Sam Stourdzé a commencé sa carrière comme commissaire d’exposition indépendant, «à une époque où cela ne se faisait pas trop». Désormais à la tête des Rencontres d’Arles, après quatre ans à la direction du Musée de l’Elysée, il va passer de «5 expos par an à 50 sur deux mois et demi dans toute une ville». Rencontre.

Comment a commencé votre vocation d’entrepreneur culturel?

Je me suis toujours senti proche des entrepreneurs, je comprends les modèles d’affaires et les modèles financiers. Même si j’ai une haute idée de la fonction publique, il n’y a pas d’actionnaires, pas d’objectif de rentabilité et tout n’est pas toujours quantifiable. 

Comment concilier les deux approches?

Au Musée de l’Elysée, nous devions éduquer le public à l’image, c’est une formidable mission! En parallèle à cela, nous devons nous inscrire dans le tissu économique et social pour trouver plus de moyens et créer une dynamique collective. Nous ne pouvons pas être décorrélés de la réalité du marché et du monde.

Il y a trois curseurs dans un musée: 1) la compétence scientifique – il faut toujours être à la pointe; 2) le public qui nous demande, au fond, de passer d’expos populaires à d’autres plus pointues, si possible au même moment dans le même espace, comme lorsque nous avons montré Salgado et Woods en même temps; 3) la complémentarité entre activité culturelle mais aussi économique et sociale pour avoir un ancrage dans la communauté. Il faut jouer sur les trois.

Argent et culture sont-ils conciliables?

Quand un partenaire financier souhaite soutenir une exposition, ce n’est pas parce qu’il est à la pointe de la photographie mais qu’il adhère à l’enveloppe globale du musée qu’il voit comme un lieu de représentation, où il faut se montrer et être vu. Je n’ai pas de problème avec cela. Et si, en parallèle, ces moyens récoltés nous permettent d’accueillir des handicapés, alors je peux vous dire que nous pouvons bien dormir, la mission est accomplie.

Vous pouvez faire tout cela en dépoussiérant l’image du musée, en créant un café pour apporter une certaine convivialité. Au final, on doit venir au musée sans même savoir ce qu’il y a sur l’affiche car on fait confiance à vos choix. 

Qu’est-ce qui changera pour vous aux Rencontres d’Arles?

Je passe d’une toute petite entreprise avec moins de 50 collaborateurs à une jolie PME qui emploie 350 personnes de mai à octobre! L’idée, c’est, le temps d’une saison, partir à la conquête de la ville. Il faut d’abord établir une stratégie avec les 15 permanents puis livrer la bataille de la photo. Il faut 100 personnes pour montrer les œuvres et 200 gardiens, tous des chômeurs de longue durée qui reçoivent une formation de deux mois et, à l’issue du festival, un diplôme. Le chômage baisse de 5% à Arles dans une région très touchée. Là aussi, c’est important d’avoir un rôle dans sa communauté.  

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Lui écrire

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Du même auteur:

«Les concentrations dans la presse ne font que débuter»
Comment la Silicon Valley écrit un nouveau chapitre de l’histoire: les cleantechs

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."