Bilan

Sachez reconnaître votre vraie valeur

De nombreux employés ont le sentiment de ne pas mériter leur succès. Que faire pour se libérer de cette modestie pathologique, également appelée syndrome de l’imposteur?

Les personnes souffrant du complexe de l’imposture craignent constamment d’être démasquées.

Crédits: Kara Dillon / Compassionate Eye Foundation / Getty images

Certaines personnes pensent ne pas mériter leurs succès. Aux aguets, persuadées d’être incompétentes et de tromper leur entourage (professionnel, social ou familial), elles craignent en permanence d’être démasquées sur les failles qu’elles se prêtent. Cette modestie pathologique, appelée «complexe de l’imposture» ou syndrome de l’imposteur par les psychologues, est particulièrement représentée dans le monde professionnel. 

Pour illustrer le phénomène, Kevin Chassangre et Stacey Callahan, coauteurs du livre Le syndrome de l’imposteur (Ed. Dunod), citent le cas d’Esmeralda, citoyenne européenne parlant couramment quatre langues dont deux asiatiques, titulaire d’un MBA d’une grande école, ayant travaillé successivement à Hongkong, en Australie, au Pakistan et en Inde, dotée d’une expertise large et approfondie dans son domaine et qui, malgré des succès tangibles, ressent un profond malaise vis-à-vis de l’opinion positive d’autrui et ne veut pas démordre de l’idée qu’elle est un imposteur. 

Incapable d’internaliser son succès, elle l’attribue à des causes externes telles que la chance, le hasard, le fait d’avoir été au bon endroit au bon moment, la surestimation de ses compétences par les autres ou encore l’usage du charme. Si Esmeralda se sent, par moments, fière de ses accomplissements, ce ressenti reste relatif et de courte durée, l’impression de tromper et la peur d’être démasquée reprenant toujours le dessus sur le sentiment d’efficacité personnelle. 

De hauts standards de réussite

D’où vient le sentiment d’imposture? «Dans les cas de succès fulgurant, il arrive que l’estime de soi n’évolue pas au même rythme que les compétences», poursuivent Kevin Chassangre et Stacey Callahan. Le complexe d’infériorité est également le signe que l’on possède une haute échelle de valeurs. Ainsi, par référence à l’idée que l’individu se fait d’une personne accomplie, il a tendance à se sous-estimer, à se critiquer, à se découvrir toutes sortes d’imperfections. Enfin, notre éducation judéo-chrétienne nous force à la modestie et nous conditionne à des comportements inhibants. Célébrer et partager ses victoires et ses réussites n’est pas très chrétien. Pourtant, et comme le souligne avec humour l’écrivain et dandy Frédéric Beigbeder, dire du mal de soi est encore plus prétentieux que dire du bien. «On espère être démenti ou à défaut désamorcer les critiques. Je préfère les vantards à l’endroit qu’à l’envers.»

Comment prendre du recul et se défaire de ce syndrome? «Le premier pas est d’oser en parler à des amis, à des collègues, pour lui ôter de sa puissance qui est entretenue par son aspect secret. Le second est de réapprendre à s’accorder les mérites de ses réalisations, sans les attribuer à des causes extérieures», conseillent Kevin Chassangre et Stacey Callahan. Votre employeur vous paie, non pas pour vous faire plaisir, mais parce que vous avez une valeur. «Autre petit exercice pratique: demandez à 20 personnes ce qu’à leur avis vous savez faire qu’ils ne savent pas, eux, faire. Vous serez surpris du résultat!», assure Luc Becquaert, spécialiste en outplacement (bilans professionnel et personnel). 

Adopter une posture de pouvoir 

S’inspirer des individus qui sont passés maîtres dans l’art du «fake it till you become it» peut également être d’une aide utile. Amy Cuddy, psychologue sociale nord-américaine et professeure à la Harvard Business School, a axé ses travaux sur l’impact de nos postures corporelles sur notre vie. 

Dans son livre Montrez-leur qui vous êtes mais aussi dans sa célèbre conférence TED «Your body langage may shape who you are» (votre langage corporel forge qui vous êtes), elle évoque l’importance des «power poses», ces positions typiques du pouvoir qui, lorsqu’elles sont adoptées, permettraient d’affronter plus sereinement les moments intimidants qui jalonnent nos vies (entretien d’embauche, prise de parole en public, négociation de salaire, présentation d’un projet à des investisseurs). 

Si les résultats de ces travaux ont depuis été remis en question par d’autres études, s’isoler deux minutes avant une situation stressante pour adopter une power pose permet de se sentir davantage en confiance. Effet placebo ou non, l’essentiel est dans le résultat.

La psychologue américaine Amy Cuddy recommande d’adopter des «power poses». (Crédits: Erik Hersman)

S’accepter inconditionnellement

Le complexe d’imposture nous apprend enfin combien la reconnaissance extérieure peut s’avérer sans valeur aucune, lorsqu’on ne se reconnaît pas soi-même d’abord. «Lorsque notre amour-propre dépend de facteurs externes, cela entraîne inévitablement des états dépressifs ou anxieux si l’évaluation est mauvaise ou si les standards sont trop élevés», notent Kevin Chassangre et Stacey Callahan. La clé par conséquent réside dans l’acceptation inconditionnelle de soi. «S’aimer, que ses actions soient ou non réalisées de manière efficace ou correcte, ou que l’on reçoive ou non l’approbation, l’amour ou le respect des autres.» 

Il y a plusieurs siècles, le philosophe Epictète prodiguait déjà le même conseil. Notre amour-propre, disait-il, ne doit pas dépendre de conditions extérieures, puisque celles-ci sont instables et fluctuent. Pour rappel, Epictète est né esclave (son nom signifie «homme acheté»). Son premier maître le rouait de coups et le laissa boiteux à vie. En dépit de ces circonstances, il eut une vie riche et heureuse. Le secret de sa félicité tient en une phrase: «Certaines choses dépendent de nous, d’autres non.» 

A l’instar d’Epictète, il ne tient qu’à nous de dresser la liste de ce que l’on ne contrôle pas (son patron, ses collègues de travail, la situation économique, la mort, les amis, la famille), respectivement de ce que l’on maîtrise (ses pensées, ses croyances, ses décisions, son attitude). «Il y a finalement peu d’aspects de votre vie sur lesquels vous avez le libre arbitre, note Elsa Punset dans Le livre des petits bonheurs. Mais personne ne peut vous forcer à croire ou à penser quelque chose contre votre gré. C’est le seul terrain sur lequel nous pouvons réellement exercer notre liberté.» Et de conclure: «Vous pouvez décider de la façon dont le jugement des autres va vous affecter, vous pouvez choisir l’importance que vous allez lui accorder et la manière dont il va avoir un impact sur vous. Priorité à votre liberté!» 

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est journaliste indépendante. Licenciée en droit et titulaire d'un master en communication et médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail, qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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